Migrants : le naufrage européen

La garde côtière fait revenir un migrant illégal à Tripoli Source: Reuters
La garde côtière fait revenir un migrant illégal à Tripoli

La mort en Méditerranée de près de 800 migrants le 19 avril 2015 a immédiatement suscité une multitude de déclarations de la part des responsables européens. Le publiciste Matthieu Buge décrypte la situation pour RT France.

Tout en se retrouvant face à leurs contradictions, les technocrates de l’Union Européenne esquivent habilement la question des causes profondes de ce drame, et arrivent même à le récupérer au risque de sombrer dans la dérive autoritaire. 

L’ineffable Bernard-Henri Lévy, caution «philosophique» de Nicolas Sarkozy, faux humaniste, vrai va-t-en-guerre, a expliqué sur France Inter qu’il fallait sauver ces gens, tout le reste n’étant que discussions stériles. Il est évident qu’il faut sauver ces gens. Mais il est tout aussi évident que, lorsque l’on porte la responsabilité du drame, il vaut mieux tout faire pour éviter la discussion. Car si les autorités italiennes indiquent que 85% des migrants sauvés en 2014 venaient des côtes libyennes, cela est loin d’être un hasard.

Le représentant en chemises de chez Charvet qu’est «BHL» voulait entrer dans l’Histoire en accompagnant l’Occident pour faire tomber Kadhafi et «instaurer la démocratie» en Libye. Il y sera entré comme celui qui a aidé à instaurer le chaos en Libye et à faire sauter le dernier verrou qui retenait des millions de pauvres hères de toute l’Afrique croyant encore naïvement que l’Europe allait leur offrir une vie meilleure.  Le drame du 19 avril, loin d’être le premier depuis l’aventure libyenne de 2011, n’est qu’une énième conséquence des politiques étrangères occidentales.

Les responsables de l’Union Européenne se sont empressés d’aller de conférences de presse en conférences de presse, éludant l’origine de cette nouvelle crise pour insister sur l’aspect émotionnel de la tragédie. Tous usant du même vocable, et a priori sans se rendre compte qu’ils avaient dit exactement la même chose deux ans plus tôt lors d’une crise similaire, ils ont donc expliqué qu’il fallait «agir». «Nous n’avons plus d’alibi», s’est exclamée la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. «Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, c’en est trop», a-t-elle lancé en introduction d’une réunion de ministres européens à Luxembourg. Il ne manque que les violons. Le fait est que, jusqu’à présent, les autorités européennes se sont montrées très prudentes, craignant qu’une amélioration du dispositif de sauvetage ne ferait qu’encourager le flux migratoire. On ne saurait le leur reprocher. Il est plus qu’évident qu’un des fonds de commerce de l’Occident réside en ces «valeurs» que ses émissaires ne cessent d’invoquer (tout en les piétinant), mais l’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde. Les peuples d’Europe le savent pertinemment.

Et pourtant. Au lendemain du naufrage du 19 avril, la virulence de la médiatisation de ce nouveau naufrage annonçait de nouvelles décisions. La très humaniste Union Européenne envisagea un instant des actions militaires ciblées sur les côtes libyennes pour éliminer les réseaux de trafiquants.

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Mais, rapidement, on est revenu sur cette idée, expliquant que c’est une option délicate, qui nécessite en premier lieu un «feu vert» de l’ONU. Cet apparent respect du droit international ne dupe personne, l’Occident passant outre l’ONU quand bon lui semble. En réalité, le plus remarquable se trouve dans la conjugaison de l’hypermédiatisation du drame, destinée à émouvoir le grand public, et du tournant un peu plus autoritaire pris par les responsables européens. 

Le président de la commission européenne Jean-Claude Junker, qui ne dispose d’aucune légitimité populaire, veut désormais, comme il l’a déclaré mercredi 13 mai, obliger les Etats membres à prendre en charge les migrants selon un système de quotas, par «solidarité» avec les pays du sud de l’Europe. Junker manipule donc le concept de solidarité pour faire passer des décisions sans que les peuples d’Europe ne soient consultés une seule seconde. Ainsi, bientôt, des pays déjà surchargés par l’immigration devront accepter plus de migrants quand les pays encore très peu touchés par ce phénomène comme les pays Baltes, la Hongrie, etc... auront à faire face à cette nouvelle problématique d’intégration économique et culturelle. Ce que Junker entend donc concrétiser par «humanisme» n’est ni plus ni moins que la destruction de la souveraineté des Etats-Nations européens en matière de politique migratoire.

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Insister sur une nécessaire entraide internationale pour mieux piétiner la volonté des populations locales. Voilà un tour de force désormais classique des autorités européennes, qui se jouent volontiers de la naïveté des citoyens qu’elles dirigent. Pourtant, il ne faut pas chercher très loin pour comprendre ce qui se trame derrière la manoeuvre de Junker.

Le commissaire européen Carlos Modéas, s’unissant à la voix de son maître, a récemment expliqué sur Europe 1: «Il faut plus d’immigration en Europe. L’immigration est essentielle à la croissance en Europe. Si nous avions plus de gens, nous pourrions avoir plus de croissance. Mon message est d’ouvrir nos portes». Il faut être assez culotté pour dire cela à des citoyens dont la préoccupation principale est le chômage de masse qui gangrène le vieux continent. De toute évidence, la médiatisation du drame du 19 janvier est uniquement destinée à faire passer sans remous des décisions politiques qui vont venir offrir un peu plus de main d’oeuvre bon marché aux multinationales et réduire encore davantage le niveau de vie des populations européennes.

Au même moment, les journalistes se déchaînent sur l’insignifiant maire de la petite ville de Béziers, Robert Ménard. Au centre d’une polémique totalement inconséquente, l’élu local se voit quasiment traiter de nazi parce qu’il aurait commis le crime d’avoir fiché des élèves en fonction de leurs religions. Mais ces mêmes journalistes ne réalisent pas que les pontes de l’Europe usent sans cesse des prétextes humanitaires (ou humanistes, c’est selon) pour véritablement abuser de la population. On a les dirigeants qu’on mérite. C’est d’autant plus ironique que le tournant auroritaire pris par l’Union Européenne avec cette mise en place de quotas ne pourra se faire sans, précisément, ficher la population. Si Jean-Claude Junker arrive à ses fins, la récupération politique du naufrage du 19 avril n’aura été qu’une étape de plus vers le naufrage européen, naufrage orchestré par ses élites.     

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