«On pourra véritablement tirer des leçons de cet Euro 2016 une fois qu’il sera terminé»

Source: AFP

Il est excessif de dire que les manifestations contre la loi travail ont «gâché la fête» de l'Euro, estime Carole Gomez, chercheur à l’IRIS, chargée des questions liées à l’impact du sport sur les relations internationales.

RT France : Que dire de l'organisation de l'Euro 2016 ? Peut-on considérer qu'elle marque une amélioration dans l'organisation des évènements sportifs de manière générale ? 

Carole Gomez (C. G.) : C’est sûr que l’Euro 2016 est un évènement extrêmement important dans la sphère des événements sportifs, c’est le troisième grand événement sportif après la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques. L’Euro 2016 en soi était particulièrement important parce qu’on passait de 16 équipes à 24 équipes, ce qui voulait dire qu’il y avait encore plus d’organisation à prévoir d’un point de vue logistique évidemment avec la gestion des matchs, mais aussi d’un point de vue de la gestion des supporters, de l’organisation qui était derrière.

On pourra véritablement tirer des leçons de cet Euro 2016 une fois qu’il sera terminé. On est vraiment au début de la compétition qui a eu un certain nombre de chocs qui se sont déroulés et qui doivent, pour faire une bonne analyse, être mis en perspective pour avoir la réponse la plus adéquate possible.

Le contexte politique, social et économique actuel de la France n'est pas vraiment propice pour que la compétition se passe dans les meilleures conditions

RT France : Le président du comité d’organisation de l'Euro 2016, Jacques Lambert a estimé avant même le commencement de l’Euro que la fête était déjà gâchée en raison des différents mouvements sociaux qui frappent le pays. Est-ce le cas ?

C. G. : C’était la déclaration un peu choc de Jacques Lambert. Ce qui est sûr, c’est que le contexte politique, social et économique actuel de la France n'est pas vraiment propice pour que la compétition se passe dans les meilleures conditions. Parce qu’il va y avoir des manifestations qui vont empêcher la bonne circulation des personnes, il va y avoir des grèves qui vont du coup perturber l’acheminement des supporters vers les stades, les fans zones etc. Donc, ce n’est pas forcément la fête qui a été gâchée, c’est plutôt qu’il y a une organisation qui se veut la plus simple possible pour les supporters, pour donner une image plutôt positive de la France. C’est quelque chose qui a complexifié la tâche. Après, gâcher la fête, c’est peut-être un peu trop fort et trop tôt de le dire.

RT France : Il y a eu également des débordements et des manifestations de hooliganisme en marge des matchs. Les forces de l’ordre arrivent-elles à gérer les risques sécuritaires ?

C. G. : Cette question était prépondérante dans la préparation de l’Euro à deux égards. Le premier est que les forces de l’ordre avaient une forte inquiétude concernant le risque terroriste, des mesures ont été mises en place, une collaboration avec différentes institutions politiques et policières dans les différents pays d’Europe et à travers le monde. Concernant la question du hooliganisme, il y a eu la direction au sein du ministère de l’Intérieur qui s’appelle la DNLH, Direction nationale de lutte contre le hooliganisme, qui avait pour mission de faire un point avec l’ensemble des cellules dans les autres pays de l’UE afin de faire en sorte d'intercepter de supporters violents et de hooligans avant leur arrivée en France ou une fois qu’ils arrivent en France, pour les neutraliser et qu’ils ne puissent pas créer de débordements.

En 1998 lors de la Coupe du monde il y avait déjà eu des problèmes avec les hooligans anglais à Marseille

On l’a vu avec l’effort de Marseille, c’était un petit peu compliqué, puisque les forces de l’ordre étaient débordées, mais ça s’est plutôt traduit par des bagarres sur le Vieux-Port alors même qu’il y avait un certain nombre d’alertes lancées sur le fait que, en 1998 lors de la Coupe du monde, il y avait déjà eu des problèmes avec les hooligans anglais à Marseille, lors d’un match contre la Tunisie, des débordements, des violences assez importantes. Pourtant, cela n’a pas véritablement empêché ces débordements de se produire le weekend dernier à Marseille. Se pose la question de savoir quels étaient les protagonistes présents. Il a été dit qu’il y avait trois groupes différents de hooligans anglais, russes et aussi des supporters marseillais qui se sont affrontés dans les rues de Marseille.

Les débordements montrent qu’il y a eu quelque chose qui n’a pas fonctionné

RT France : La DNLH chargée de repérer les hooligans n’est donc pas efficace à 100% ?

C. G. : Ce n’est pas quelque chose qui a été pris à la légère d’une part. D’autre part, c’est quelque chose qui a été anticipé bien en amont puisque cela fait à peu près trois ans que cet organisme travaille avec les différents responsables des autorités des autres pays européens. C’est donc un travail de fond qui a été mené depuis trois ans pour essayer de repérer les hooligans parmi les supporters et leurs moyens de locomotion. Toutefois les débordements montrent que quelque chose n’a pas fonctionné. Les personnes travaillant dans la sécurité considèrent qu’il n’y a pas forcément eu de dysfonctionnement dans leur système puisqu'ils ne pouvaient finalement pas prévoir que des supporters russes, des hooligans russes, interviennent de façon beaucoup plus importante que ce qui aurait dû être le cas. 

L'annulation de l'Euro n’est pas du tout envisagée

RT France : Il y a eu plusieurs appels à l’annulation de l’Euro à la suite des débordements en marge de la manifestation du 14 juin. Faut-il annuler l’Euro ?

C. G. : C’est une question assez régulière. Les appels à l’annulation de l’Euro interviennent de façon extrêmement fréquente puisqu’il était déjà question d’annuler l’Euro à cause de la menace terroriste, à cause des grèves et de la situation sociale actuelle en France. Si la situation a été un petit peu compliquée à Marseille - c’est le moins que l’on puisse dire - la question n’est pas du tout prise au sérieux aujourd’hui ni par Euro SAS, qui est la société qui organise l’Euro par la voie de Jacques Lambert, ni par les politiques ni par la Fédération française de football. Ce n’est pas du tout quelque chose que l’on entend aujourd’hui et pour lequel ils vous répondront avec les mêmes arguments qui avaient été avancés dans le cadre de la menace terroriste et dans le cadre de la tension politique et économique. Ce n’est donc pas du tout envisagé. On est encore au début de l’Euro, la situation peut évoluer. 

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