Les Etats-Unis poignardent - encore - dans le dos leur «allié» saoudien en l’accusant de terrorisme

© Kevin Lamarque Source: Reuters

Le président Barack Obama a accusé l'Arabie Saoudite du chaos qui règne au Kosovo, en Syrie, au Yémen et en Irak, des conflits dont les principaux responsables sont en réalité les Etats-Unis, dénonce le journaliste Finian Cunningham.

Cela fait maintenant plusieurs mois que les relations entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite se détériorent. Le dernier coup porté vient des Etats-Unis. Ces derniers ont accusé l’allié arabe d’avoir fait du Kosovo un «terreau de l’extrémisme».

Dans un article du comité de rédaction du New York Times publié la semaine dernière intitulé «Le monde récolte ce que les Saoudiens ont semé», l’importante publication américaine a fustigé les dirigeants saoudiens pour avoir «promu le Wahhabisme, la forme radicale du sunnisme qui a inspiré les terroristes du 11 septembre et qui maintenant enflamme l’Etat islamique.»

[Le New York Times] a accusé l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe persique d’avoir transformé le Kosovo en Etat en déliquescence

C’est une incroyable bordée de condamnations, formulées avec un mépris palpable à l’égard des dirigeants saoudiens. «L’Arabie saoudite a frustré les responsables politiques américains pendant des années», déplore amèrement l’édito.

L’auguste «journal de référence» américain, qui peut être considéré comme un baromètre de ce que pense Washington, a accusé l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe persique d’avoir transformé le Kosovo en Etat en déliquescence.

Et ce parce que les Saoudiens ont financé des «clercs extrémistes» qui «encouragent un djihad particulièrement violent», créant ainsi un «terreau fertile de recrutement de radicaux».

Le fait que le Kosovo soit devenu le foyer du radicalisme islamique  et du recrutement de jeunes militants qui partent rejoindre les rangs de l’Etat islamique en Syrie et en Irak et d’autres groupes terroristes n’est pas la question.

Tout comme le fait que les Saoudiens et d’autres Etats arabes du Golfe aient envoyé des millions de dollars dans les Balkans pour promouvoir leur version du fondamentalisme islamique – le wahhabisme –liée à des groupes extrémistes n’est ici pas un sujet.

C’est Washington qui a créé l’Etat en déliquescence qu’est le Kosovo, quand les Etats-Unis ont demandé sa sécession de la Serbie en 2008

Tout ça est vrai. Mais l’élite américaine va un peu trop loin en rejetant toute la faute des misères du Kosovo sur ses alliés arabes.

Après tout, c’est Washington qui a créé l’Etat en déliquescence qu’est le Kosovo, quand les Etats-Unis ont demandé sa sécession de la Serbie en 2008. La Russie et plusieurs autres gouvernements, dont certains sont membres de l’Union européenne, n’ont jamais reconnu la république autoproclamée du Kosovo, arguant que la sécession de la province albanaise majoritairement musulmane de la Serbie a été faite sans mandat démocratique.

Washington et l’Union européenne affirment illogiquement que la sécession de la Crimée de l’Ukraine en 2014 – bien qu’elle ait été faite en accord avec les résultats d’un référendum de la population locale – n’est pas légale selon le droit international, même si ces puissances prennent en compte bien moins de critères pour reconnaître le Kosovo comme Etat souverain.

Washington voulait créer un Etat pro-américain sur ce territoire d’importance stratégique que sont les Balkans, aux portes de la Russie

Dans ce cas, le statut d’Etat en déliquescence du Kosovo était malheureusement prévisible dès le départ, le mouvement de «libération» comprenant l’armée de libération du Kosovo ayant été créé par les Etats-Unis et l’OTAN qui s’en sont servi pour démembrer la Serbie. Sous le président Bill Clinton, les Etats-Unis et l’OTAN ont lancé une campagne de bombardements sur la Serbie en 1999 pour «empêcher l’oppression» du Kosovo par Belgrade.

En réalité, Washington voulait créer un Etat pro-américain sur ce territoire d’importance stratégique que sont les Balkans, aux portes de la Russie. Les Etats-Unis y sont parvenus avec la sécession du Kosovo en 2008 et l’installation du camp de Bondsteel, la plus grande base militaire américaine des Balkans.

Pourtant, l’Etat-province artificiel était intrinsèquement instable. L’armée de libération du Kosovo, adulé par Clinton et son secrétaire d’Etat Madeleine Albright, est connu pour ses connections avec le terrorisme et le crime organisé, du trafic de stupéfiants au trafic d’armes. Son ancien chef, Hashim Thaci, qui est aujourd’hui le président du Kosovo, est accusé d’être un chef de guerre et de superviser des activités criminelles telles que le trafic d’organes. Le Kosovo a depuis gagné le surnom répugnant d’«Etat mafieux».

Envoyer l’argent du djihad de l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes au Kosovo a certainement frayé un chemin pour l’extrémisme au Kosovo ces dix dernières années. Mais accuser les Saoudiens et les autres d’être responsables du chaos et de la criminalité qui règnent au Kosovo est une façon bien audacieuse pour les Etats-Unis de se laver les mains.

Obama a accusé l’Arabie saoudite de déstabiliser l’Irak, la Syrie et le Yémen 

C’est particulièrement audacieux quand on sait que plusieurs djihadistes kosovars se battant en Syrie et en Irak sont passés par le camp américain de Bondsteel. L’un d’entre eux, Lavdrim Muhaxheri, désormais un des chefs de l’Etat islamique, est devenu célèbre après la publication d’une vidéo dans laquelle il décapite une victime.

Reporter la responsabilité pour le Kosovo sur les Saoudiens n’est qu’un aspect du nouveau discours que tient Washington. Un discours qui cherche à reporter la responsabilité du terrorisme international, de l’instabilité et du conflit sur les alliés arabes des Etats-Unis.

Le président américain Back Obama a agacé des dirigeants saoudiens déjà irrités en les qualifiant de «cavaliers seuls» dans une interview publiée en avril, suggérant que le royaume de l’or noir comptait beaucoup trop sur la puissance militaire américaine. Dans la même interview, Obama a également accusé l’Arabie saoudite de déstabiliser l’Irak, la Syrie et le Yémen.

Les déclarations d’Obama ont scandalisé les Saoudiens. La Maison Blanche a ensuite essayé de faire marche arrière vis-à-vis des critiques du président, mais tout le monde a pu remarquer l’accueil assez froid qu’a reçu Obama à son arrivée en Arabie saoudite le mois dernier pour un sommet avec les dirigeants du Golfe persique. 

La palme de la responsabilité revient à Washington pour superviser l’agenda des changements de régimes au Moyen-Orient

Depuis, les relations n’ont fait qu’empirer. Suite à l’adoption au Congrès de la loi qui permet aux citoyens américains de poursuivre en justice l’Etat saoudien pour dommages des attentats du 11 septembre, les dirigeants saoudiens ont prévenu qu’ils allaient riposter en bradant les bons du trésor américains.

Les politiciens américains ainsi que les experts dans les médias réclament la déclassification des 28 pages du rapport du Congrès de 2002 sur les attentats du 11 septembre, qui feraient référence à l’implication de l’Arabie saoudite et à son financement des terroristes qui ont pris en otage les avions qui se sont écrasés le 11 septembre 2001.

Le président Obama a dit qu’il mettrait son véto à la loi controversée et à la publication des informations classées secrètes. Cependant, les dirigeants saoudiens sont furieux [de ce vote au Congrès], qu’ils voient comme un coup de couteau dans le dos asséné par leur allié américain. Une alliance vieille de 70 ans qui remonte à Franklin Delano-Roosevelt et au premier roi saoudien Ibn Saud.

Comme le souligne l’écrivain américain [et sous-secrétaire au trésor de l’administration Reagan] Paul Craig Roberts, les derniers rebondissements de la controverse du 11 septembre montrent que les Etats-Unis s’efforcent de faire des Saoudiens le dindon de la farce.

C’est un bon moyen de détourner l’attention de la politique cachée des Etats-Unis dans les années 70 et 80 en Afghanistan

Cela vaut aussi pour la déclaration d’Obama dans laquelle il accuse l’Arabie saoudite de déstabiliser l’Irak, la Syrie et le Yémen. Oui, bien sûr les Saoudiens alimentent la violence et le sectarisme dans ces pays et dans d’autres. Mais là encore, la palme de la responsabilité revient à Washington pour superviser l’agenda des changements de régimes au Moyen-Orient.

Quant aux affirmations selon lesquelles les Saoudiens et les autre pays du Golfe persique ont financé l’extrémisme islamique, c’est un bon moyen de détourner l’attention de la politique cachée des Etats-Unis dans les années 70 et 80 en Afghanistan, où les planificateurs américains comme Zbigniew Brzezinski se sont servi des terroristes d’Al Qaïda comme d’intermédiaires pour se battre contre l’Union soviétique.

Ces accusations ne sont qu’un coup de couteau en plus de Washington. Pas étonnant que cette dernière manœuvre des Américains laisse les dirigeants saoudiens livides. Washington fait porter le chapeau aux dirigeants saoudiens pour un tas de maux dont les Etats-Unis sont en réalité beaucoup plus responsables.

La question est: combien d’accusations les Saoudiens peuvent-ils encaisser – avant qu’une goutte d’eau ne fasse déborder le vase ?

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