Le directeur général exécutif de Saint-Gobain : «Vladimir Poutine a eu une oreille très attentive»

Le président russe Vladimir Poutine rencontre les représentants du business français Source: Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine rencontre les représentants du business français

Claude Imauven, directeur général exécutif du géant mondial de la construction a rencontré le président russe le 25 mai lors d'une réunion qui avait pour but de faire le point sur les activités en Russie des grandes entreprises françaises.

RT France : Comment s’est passée votre rencontre avec Vladimir Poutine ? De quoi avez-vous discuté ?

Claude Imauven (C. I.) : Cela s’est très bien passé. Des délégations de haut niveau, les patrons de l’industrie des services français ont été reçus pendant une heure à une heure vingt, par le président, entouré de quelques proches collaborateurs, ministres et conseillers. J’ai trouvé que le président était très attentif à ce qu’on lui disait, qu’il connaissait bien les dossiers et qu'il a manifesté le souhait de voir les choses progresser concrètement sur les différents points que nous avons pu être amenés à soulever. Dans l’ensemble nous avons les uns et les autres décrit nos activités, montré notre attachement à la Russie et exprimé, quand cela était nécessaire, nos priorités ou les points sur lesquels on pourrait améliorer les choses ici pour nos affaires. Vladimir Poutine a eu une oreille très attentive, entouré de ses collaborateurs et a esquissé des pistes pour chacun des points que nous avons abordés. Je pense personnellement que c’était une excellente réunion.

Le président connaissait bien les dossiers et a manifesté un grand souhait de voir les choses progresser concrètement

RT France : Pensez-vous que cela va améliorer les conditions pour les entreprises françaises en Russie ?

C. I. : Oui. Les choses prennent toujours du temps pour être ensuite concrétisées, mais je pense que cela ne peut qu’améliorer la situation. D’ailleurs, j’ai compris que le président n’était pas indifférent à l’idée de pérenniser ce type de réunions, peut-être à la fréquence d’une fois par an ou autre, pour s’assurer de pouvoir suivre lui-même dans le détail les progrès qui sont réalisés dans les thèmes qui ont été évoqués.

RT France : En tant qu’investisseur étranger, quel jugement portez-vous sur les conditions actuelles du marché russe ?

Malheureusement, à cause de la crise actuelle, les chantiers ont beaucoup baissé et donc nous sommes obligés de ralentir un peu nos ventes

C. I. : Nous sommes présents dans près de 70 pays et partout nous sommes implantés localement. En Russie notre taux de localisation est supérieur à 90%, je crois qu’il est de 92%. Nous produisons localement pour vendre localement. Nous ne sommes donc pas trop sensibles à l’ambiance internationale, nous sommes sensibles à la macro-économie. Nous sommes présents en Russie depuis plus de 20 ans. Le premier investissement a été fait en 1993. Nous suivons notre marché. Notre marché, c’est le marché de la construction. Nous constatons que malheureusement, à cause de la crise actuelle, les mises en chantier, les chantiers de rénovation, les chantiers de logement neufs ont beaucoup baissé et par conséquent, nous sommes obligés de ralentir un peu nos ventes. Mais je peux vous assurer que le groupe Saint-Gobain, lorsque le marché le nécessitera, suivra la demande et que nous continuerons à investir dans ce pays où nous avons toujours été présents, avec une grande constance depuis plus de 23 ans maintenant.

RT France : Beaucoup d’entreprises françaises font face à des problèmes de financement à cause des sanctions, avez-vous ce problème ?

C. I. : Ce n’est pas notre cas. Nous comptons d'ailleurs Openbank comme partenaire minoritaire au sein du capital de notre holding russe. Ce qui nous limite, c’est le marché lui-même, c’est la croissance, la macro-économie.

RT France : L'Europe s'interroge sur les sanctions contre la Russie. Pensez-vous qu’il faille les lever ou les prolonger ?

Les sanctions n’améliorent rien, mais j’ai l’impression que ce n’est pas l’élément essentiel dans les problèmes que connaît actuellement l’économie russe

C. I. : Je ne suis pas un macro-économiste mais j’ai l’impression qu’entre les sanctions et le prix du pétrole, ce qui est du premier ordre c’est le prix du pétrole. Aujourd’hui, dans l’économie russe, avec la dévaluation du rouble etc., les problèmes viennent essentiellement du prix du pétrole. Les sanctions n’améliorent rien, mais j’ai l’impression que ce n’est pas l’élément déterminant dans les problèmes que connaît actuellement l’économie russe, en tout cas en ce qui nous concerne, c’est-à-dire une entreprise qui produit localement pour le marché russe.

RT France : Comment qualifieriez-vous les relations franco-russes à l’heure actuelle ? Pensez-vous que la longue relation qui unit les deux pays permettra de surmonter les tensions actuelles ?

On est ici pour construire une relation dans la durée

C. I. : J’en suis absolument persuadé, encore une fois, il faut qu’il y ait des efforts de part et d’autre. Mais je suis persuadé que cette relation privilégiée qu’il y a depuis très longtemps entre la nation française et le peuple russe ne peut que perdurer. Ce qui m’a frappé, c’est de voir que toutes les entreprises qui étaient représentées à haut niveau au cours de cet entretien ont toutes une longue histoire en Russie, de 20, 30, 40 ans ou plus. Avec des personnels importants, avec de grands engagements en matière de développement des personnes, de leurs idées. On est ici pour construire une relation dans la durée et je dirais que l’affinité à la fois culturelle et historique que la France a toujours entretenue avec la Russie est un atout pour le futur.

RT France : Et en ce qui concerne vos projets d’investissements en Russie ?

Lorsque le marché repartira nous serons prêts à le suivre

C. I. : Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de nouvelles capacités, car nos capacités existantes ne sont pas utilisées à plein. Nous avons huit usines dans la construction et dans d’autres domaines. Nous sommes donc plutôt en surcapacité mais nous n’avons pas besoin d’investir. On a investi pour préparer le futur notamment en ouvrant un centre de développement dans le domaine des mortiers industriels qui est unique en son genre en Europe. Nous avons investi aussi à travers une académie à Moscou qui montre un peu l’état de l’art en matière de maîtrise de l’énergie et de confort, tous types de confort, acoustique, esthétique etc. Nous investissons donc pour le futur mais malheureusement nous n’avons pas actuellement besoin de capacités compte tenu du marché. Mais je peux vous assurer que lorsque le marché repartira nous serons prêts à le suivre. 

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