David Miranda : beaucoup de «surprises» dans les prochains documents que dévoilera Edward Snowden

© Ueslei Marcelino Source: Reuters

Le journaliste brésilien David Miranda qui a travaillé avec Glenn Greenwald, ancien reporter du Guardian, sur les révélations d’Edward Snowden en 2013, a confié dans une interview exclusive à RT que «beaucoup de surprises» étaient encore à venir.

RT : La publication digitale Intercept, qui publie notamment les documents qu’Edward Snowden veut rendre publics, a décidé d’élargir l’accès aux «archives d’Edward Snowden». Quelles surprises nous attendent ?

David Miranda (D. M.) : Ces fichiers contiendront beaucoup de surprises. Il y a beaucoup de fichiers que, pour une raison ou une autre, nous n’avons pas encore utilisés. Mais on nous presse constamment [de les publier] ; le contenu de ces fichiers intéresse beaucoup de monde. Ces dernières années nous en avons longuement discuté : est-ce la peine de publier ces informations ? Et voilà, nous avons décidé de le faire. Nous estimons que c’est notre dette envers la société. Les gens doivent connaître le contenu de ces documents.

RT : Combien de documents comptez-vous publier dans les semaines qui viennent ?

D. M. : Je ne peux pas vous donner de chiffre précis maintenant, mais la majorité des documents seront accessibles sur internet. Les journalistes et tous ceux qui sont intéressés pourront les consulter et avoir accès aux informations qu’Edward Snowden nous a transmises en 2013.

Chaque fois que tu essaies de publier quelque chose, les services secrets américains et britanniques se mettent à dire que c’est une menace à la sécurité nationale

RT : Vous ressentez la pression de ceux qui vous demandent de publier ces documents que vous gardez dans vos archives. Mais avez-vous ressenti une pression de la part de ceux qui ne voudraient pas que ces documents soient publiés ?

D. M. : Nous ressentons constamment ce type de pressions. Chaque fois que tu essaies de publier quelque chose, les services secrets américains et britanniques se mettent à dire que c’est une menace à la sécurité nationale etc. En gros, comme d’habitude, ils racontent des salades. Ils bluffent tout le temps, ils disent que nous portons atteinte au pays. Mais pendant tout ce temps, personne n’a souffert à cause de nos publications et personne n’en souffrira. Nous comprenons très bien que c’est une façon pour les autorités de nous intimider.

Nous essayons [...] de publier des documents qui peuvent être utiles à la société et le faire de manière telle que personne n’en souffre

RT: A votre avis, quel type de documents peut-on publier, lesquels constituent-ils une menace pour la sécurité nationale de tel ou tel Etat ? Suivez-vous une procédure particulière [pour décider de la publication ou non des documents] ?

D. M. : Bien sûr. Nous commençons toujours par consulter des experts. Auparavant, Intercept avait sa propre équipe [d’experts]. Elle étudiait les documents et émettait des recommandations sur le fait que ces documents puissent nuire à quelqu’un ou non. Nous sommes journalistes, alors nous comprenons qu’on ne peut pas publier tout d’un coup, cela va de soi. Nous avons donc analysé les documents et nous avons dit : «Ce document peut influencer les relations des Etats-Unis avec tel ou tel pays de manière négative.» D’un autre côté, il est très important pour nous de montrer au grand public ce qu’il se passe réellement dans tel ou tel pays, quand les services secrets pratiquent l’espionnage. Nous essayons donc de publier des documents qui peuvent être utiles à la société et le faire de manière telle que personne n’en souffre. Je crois que jusqu’ici nous avons fait du bon travail.

Je pense que tout le processus de destitution n’a aucune légitimité car ceux qui l’ont initié, soit ceux qui ont voté contre Dilma Rousseff, sont eux-mêmes corrompus

RT : En d’autres termes, quand vous recevez des informations secrètes, vous faites preuve d’une démarche responsable ?

D. M. : Oui, nous agissons toujours de manière responsable. Vous pouvez analyser vous-même tout ce qu’il s’est passé ces trois dernières années, comment nous avons publié ces informations, comment nous avons collaboré avec divers médias. Nous prenons ça très au sérieux. Nous collaborons uniquement avec les journaux les plus reconnus – le New York Times, le Spiegel – et avec des journalistes qui ont déjà mené des enquêtes de ce genre et sur lesquels nous pouvons compter. Nous sommes très consciencieux.

Des temps très durs et de nombreux affrontements nous attendent 

RT : Que pensez-vous de la destitution de la présidente du Brésil Dilma Rousseff ?

D. M. : Le déroulement des événements est de mauvais augure pour le Brésil et pour le monde entier. Je pense que tout le processus de destitution n’a aucune légitimité car ceux qui l’ont initié, soit ceux qui ont voté contre Dilma Rousseff, sont eux-mêmes corrompus. Ils ont lancé ce processus. Ils contrôlent l’opinion publique à l’aide des médias. Je ne dis pas que j’étais d’accord avec la politique du gouvernement de Dilma Rousseff, non. Mais au moins nous avons élu ce gouvernement démocratiquement. Cette destitution a des répercussions négatives sur notre pays et sur sa réputation dans le monde. Le cabinet de ministres [de Michel Temer] n’est composé que d’hommes blancs. A partir de là, on voit quelle direction va prendre le pays ces deux prochaines années. Des temps très durs et de nombreux affrontements nous attendent […]. Ils vont rogner sur le budget et cela créera beaucoup d’affrontements.

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