La France refuse de se réformer pour reprendre le souffle

Défilé à l’occasion du 1er mai à Marseille Source: Reuters
Défilé à l’occasion du 1er mai à Marseille

Alors que la France, pays où le chômage est à son plus haut niveau depuis plusieurs années, célèbre la fête du Travail, Thierry Gobet, politologue français explique pourquoi l’économie française n’arrive pas à reprendre son souffle.

RT France : C’est la fête du travail en France. En revanche, l’heure n’est pas à la fête avec les dernières révélations selon lesquelles le chômage est à son plus haut niveau depuis ces dernières années en France. Comment pouvez-vous commenter la situation actuelle de l’emploi en France ?

Thierry Gobet : On sait qu’il y a une mille chômeurs de plus par jour. Ce qui est intéressant, c’est que j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques semaines en privé un ancien directeur du FMI, c’est quelqu’un qui connaît quand même bien les problèmes économiques et il m’a dit, je cite : «dans les conditions actuelles, l’économie ne peut pas repartir en France».

C’est-à-dire que la France aurait besoin de réformes libérales, et dans les conditions actuelles, c’est absolument impossible. Je vais vous donner un exemple, en Allemagne, l’ex-chancelier Schröder - avec la mondialisation, tous les pays sont en compétition - et le chancelier a baissé les impôts de société. La chancelière Merkel, à son tour, est allée dans la même voie.

Eh bien en France on vient d’augmenter les impôts de société qui étaient déjà beaucoup plus élevés qu’en Allemagne. On est le pays où les prélèvements obligatoires, c’est-à-dire charges et impôts sont les plus élevés de l’OCDE, c’est-à-dire les 30 pays industrialisés les plus riches du monde.

RT France : Oui, effectivement Monsieur Gobet, François Hollande ne se lasse pas de répéter que la reprise est là, en revanche, on ne voit pas vraiment la reprise et pire encore, on voit que la situation ne fait que se détériorer. Qu’est-ce que la France doit faire pour reprendre l’élan, pour reprendre le souffle ?

Thierry Gobet : il y a 156 pays au monde, ça permet un petit peu de comparer les pays qui marchent et les pays qui ne marchent pas. Les recettes, c’est un petit peu comme dans le sport, par exemple, on compare les pays qui gagnent, les méthodes d’entraînement.

A partir du moment où vous avez un pays et des entreprises qui sont en compétition avec les autres pays et où les investisseurs, avec la globalisation financière, peuvent investir dans tous les pays du monde, pourquoi voulez-vous qu’ils investissent dans pays où il y a une taxation du capital, une taxation des revenus, une taxation des revenus financiers qui est la plus élevée au monde. Avec 47% de prélèvements obligatoires par rapport au PIB, on est le pays le plus taxé et où le droit du travail empêche d’embaucher. Tous les jours, il y a des entreprises qui partent à l’étranger, je vais vous donner un chiffre quand même qui est très important : l’industrie par rapport au PIB dans les années 80 représentait 24 % du PIB en France.

Aujourd’hui, elle représente 11 %, contre 16 % en Italie et aux Etats-Unis et 27 % en Allemagne. Il y a deux fois plus de chômeurs en France qu’en Allemagne, et alors, dans les jeunes, là j’ai des chiffres, j’ai recherché des chiffres très importants, le chômage des jeunes, c’est-à-dire en-dessous de 25 ans, on est à 7,6% en Allemagne et on est à 25,3 en France. C’est catastrophique.

RT France : Monsieur Gobet, vous avez évoqué tout à l’heure un autre côté de ce problème qui est effectivement l’austérité qui est préconisée d’une manière ou d’une autre par le gouvernement français mais c’est aussi l’austérité à laquelle l’Union européenne, par la voie de la Commission européenne, appelle la France à faire des économies, notamment ces fameux 50 milliards d’économie : est-ce c’est possible et envisageable de parler d’un redressement dans une telle conjoncture ?

Thierry Gobet : Oui, mais la conjoncture, elle est la même pour tous les pays. En France, on parle beaucoup de l’euro, «l’euro est trop fort, l’euro est trop fort», mais les Allemands ont le même euro et ils s’en sortent très bien. Alors, ce qu’on appelle l’austérité, ça veut dire moins de dépenses publiques.

A partir du moment où l’Etat dépense moins, les investisseurs, les entrepreneurs seront moins taxés, et à partir du moment où les entrepreneurs seront moins taxés, paieront moins d’impôts, ils auront plus de possibilités d’investir dans l’entreprise et de relancer l’activité, si vous voulez. Donc, c’est ça ce qu’on appelle l’austérité. La France refuse de se réformer. La solution, elle est assez simple, c’est une question de volonté et aussi de compréhension. Ce monsieur que j’ai rencontré qui était directeur du FMI m’a dit que les hommes politiques ne savent pas tous, il y a qui savent mais il y a un manque de courage, et il faut un certain courage pour prendre certaines mesures.

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