Libye : «Les dirigeants européens se laissent entraîner vers de nouvelles guerres»  

Le président américain Barack Obama Source: Reuters
Le président américain Barack Obama

Le président américain Barack Obama a confié dans une interview récente que la plus grande erreur de sa présidence avait été de ne pas avoir préparé l’après-Kadhafi. L’écrivaine politique Diana Johnstone commente cet aveu du président américain.

La plus grande erreur, c’est la guerre elle-même. Mais cinq ans après avoir détourné la résolution du Conseil de sécurité autorisant une zone d’exclusion aérienne censée protéger les civils afin de provoquer un changement de régime et de plonger la Libye dans le chaos, Washington a trouvé sa ligne : ce n’est pas que nous en avons trop fait, non, c’est que nous n’en avons pas fait assez.

«Yes we can !» C’était le slogan de la première campagne d’Obama. Oui, nous pouvons mais que pouvons-nous ? Nous pouvons tout ! L’idée que violer le droit international puisse poser problème n’effleure jamais l’esprit d’un président américain.

C’était le slogan d’Obama : Oui, nous pouvons.  Nous pouvons quoi ? Nous pouvons tout ! Jamais l’idée que violer le droit international poserait problème n’effleure l’esprit d’un Président américain. L’Amérique peut tout faire, elle peut refaire le monde à son image, il faut seulement oser ! C’est en fait plutôt le slogan de Hillary Clinton, la candidate la mieux placée pour prendre la succession d’Obama.

En ce moment Washington et Paris parlent d’intervenir une nouvelle fois en Libye, ce qui peut conforter la candidature de l’ex-Première dame, en laissant croire qu’on avait raison mais qu’il faut aller plus loin

Il est généralement admis qu’Hillary Clinton a poussé Obama à faire cette guerre alors que ce dernier hésitait. Mais aujourd’hui, il lui donne raison en plein milieu de sa campagne électorale. C’est grave et c’est dangereux. Les e-mails de l’ex-secrétaire d’Etat révèlent qu’elle et ses conseillers comptaient utiliser la victoire contre Kadhafi précisément comme argument électoral. Il y aurait une «Doctrine Clinton» de changement de régime. Le chaos libyen a momentanément écarté cet argument. Mais maintenant, avec la déclaration d’Obama, il revient.

A Washington, on prétend donc avoir eu raison de bombarder la Libye, de tuer Kadhafi et de renverser le régime, mais qu’il aurait fallu faire plus. Comme en Irak, évidemment, envahir le pays, mettre en place le gouvernement de notre choix. Et combattre les inévitables ennemis du régime de notre choix en faisant comme à Falloujah, en rasant la ville, ou comme à Abu Graïb, en «interrogeant» les prisonniers. D’accord, nous avons mal choisi le gouvernement installé à Baghdad. Mais la prochaine fois nous ferons mieux. Nous sommes toujours des apprentis… sorciers.

En ce moment Washington et Paris parlent d’intervenir une nouvelle fois en Libye, ce qui peut conforter la candidature de l’ex-Première dame, en laissant croire qu’on avait raison mais qu’il faut aller plus loin.

Washington soutient Israël pour des raisons idéologiques et l’Arabie saoudite pour les achats faramineux d’armes nécessaires au complexe militaro-industriel

Hillary Clinton prône la même procédure en Syrie. Contre l’opinion de Barack Obama, elle n’a cessé de recommander l’installation d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie pour «aider les rebelles modérés» à renverser Assad, même au risque d’une confrontation avec la Russie. Après la Syrie, elle partage avec Netanyahou et avec l’Arabie saoudite une hostilité envers l’Iran qui pourrait aller dans le même sens.

Hillary Clinton aspire à être la reine des changements de régime – pour apporter au monde «la démocratie du marché libre», la free market democracy, comme on dit aux Etats-Unis. C’est pour cela que je lui ai donné le titre de Reine du Chaos dans mon livre du même nom. Car toutes ces interventions plongent les pays dans le chaos et suscitent la rage des habitants ciblés par cette mission civilisatrice très particulière. La forme la plus connue que cette rage a prise jusqu'à maintenant s’appelle Daesh, une organisation qui prospère d’autant plus que ses combattants sont parfois aidés et armés précisément par les Etats-Unis pour écraser leurs autres ennemis du moment.

La clé de cette politique insensée réside peut-être dans la double alliance de Washington au Moyen Orient : avec Israël et l’Arabie saoudite, qui pour des raisons différentes veulent éliminer les mêmes ennemis, à savoir la Syrie, l’Iran, le Hezbollah (et le Liban avec). Les contradictions sont inhérentes à cette alliance contre nature. Washington soutient Israël pour des raisons idéologiques et l’Arabie saoudite pour les achats faramineux d’armes nécessaires au complexe militaro-industriel. Hillary Clinton est particulièrement attachée à cette alliance par ses actes, ses paroles et les contributions financières versées à sa campagne, ainsi qu’à la Fondation Clinton.

Les dirigeants européens se laissent facilement entraîner vers de nouvelles guerres, pendant que les médias européens évitent d’en parler.

LIRE AUSSI : Contrebande d’armes : des armes légères et lourdes vendues sur Facebook par des militants libyens

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales