«Le PS et Les Républicains se protègent de la montée de la société civile dans l’opinion française»

Assemblée nationale française Source: Reuters
Assemblée nationale française

La «modernisation» des règles de la présidentielle 2017, adoptée le 24 mars par l’Assemblée nationale est un déni de démocratie, selon Claude Posternak, fondateur du site L’important.

RT France : Vous avez publié une tribune sur le site la-transition.fr où vous dénoncez la loi qui modifie les règles de la présidentielle. Pourquoi êtes-vous indigné ?

Claude Posternak : On peut employer le terme «indigné» à deux niveaux. D’abord, au niveau de la forme. Il faut savoir que les règles qui ont été dictées pour conduire les actes de candidature à la présidentielle ont été votées par l’ensemble des Français en 1962 par un referendum. Donc ce qui est vraiment choquant, c’est de changer ces règles en catimini la veille d’un premier long weekend en France (celui de Pâques), alors qu’à l’Assemblée étaient présents vingt députés, sur ces vingt députés onze députés socialistes ont voté, appuyés par l’abstention de deux députés des Républicains. En fin de compte, c’est le parti socialiste qui a eu l’initiative de ce texte, soutenu implicitement par les Républicains, puisque les deux grands partis français – le PS et les Républicains – aujourd’hui se protègent de la montée de la société civile dans l’opinion française.

Le Parti socialiste, aidé par les Républicains, cadenasse le système

C’est choquant dans la démarche : onze députés français choisissent pour quarante-cinq millions d’électeurs ! Sur le fond, c’est tout aussi choquant, puisqu’il y a deux dispositions qui vont permettre d’écarter peu à peu soit les candidats des petits partis, soit les candidats de ce qu’on appelle la «société civile» qui deviennent de plus en plus importants. Dans ma tribune je reprends une étude qui prouve que 78% des Français sont totalement prêts, aujourd’hui, à voter pour un candidat à la présidentielle qui ne soit pas issu ou soutenu par un parti politique. Aujourd’hui il n’y a que 8% des Français qui ont confiance dans les partis politiques. Il y a quelque chose de profond en train de se passer dans la société française. Et, pour éviter ce courant profond dans la société française, le Parti socialiste, aidé par les Républicains, cadenasse le système.

RT France :Comment ?

Claude Posternak : Le premier niveau, c’est un changement de procédure dans la nomination des 500 candidatures, puisque aujourd’hui pour se présenter à la présidentielle il faut avoir 500 parrainages. Ce système des 500 parrainages aujourd’hui changent, puisque ce ne sera plus au candidat de récupérer ses mandats, ce serait directement à l’élu de l’envoyer. Il faut protéger absolument les élus puisque, à 90% aujourd’hui, ces élus n’étaient pas dans l’obligation de révéler qui ils soutenaient. Ça c’est la démocratie : une personne est plutôt marquée à gauche peut donner un parrainage à droite, estimant que c’est là un respect de la démocratie. C’est ce qui a permis au Front national de pouvoir être présent aux présidentielles dans le sens où certaines personnes qui n’étaient pas d’accord avec le parti pensaient que le FN méritait d’être à la présidentielle. Donc le premier problème est une question de fond.

Il y a un transfert thématique – on passe d’égalité à équité 

Le deuxième problème est la remise en cause d’un principe même de la République Française, l’égalité. C’est-à-dire qu’il y a un transfert thématique : on passe d’égalité à équité avec un temps de parole des candidats défini en fonction de leur «importance». Donc on considère qu’il y aurait des candidats dits «sérieux», qui auraient droit à un grand temps de parole, et d’autres candidats à la présidentielle «non-sérieux», qui n’auraient pas droit à ce temps de parole. Or, ce sont les candidats sérieux qui ne tiennent pas leurs engagements. Il serait beaucoup plus important de donner la parole aux personnalités du monde civil, en qui vous avez confiance aujourd’hui pour nous sortir de la crise. C’est unique, c’est un cheminement anti-démocratique, c’est pour ça que j'exprime cette colère. Et je ne suis pas le seul.

RT France : Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’écho dans les médias sur cette loi ?

Claude Posternak : D’abord pour une raison objective, c’est le moment du weekend de Pâques, les journaux ne travaillent pas. Et puis, c’est vrai que le système médiatique aujourd’hui est bien dans le confort d’un rapport classique de droite et de gauche. On peut avoir des tonnes d’émissions à la télévision, on va expliquer : «Vous comprenez, les Français attendent autre chose, ils veulent plus de société civile». Ils vont en discuter, les médias. Mais regardez le nombre d’invités de la société civile qui viennent en parler : il n’y en a pas. Donc, il y a ce décalage entre un système global qui cadenasse et de l’autre côté une société civile qui dit : il faut transformer ce pays, ce pays ne peut pas continuer de la façon dont il fonctionne, on ne peut pas continuer avec 6 millions personnes inscrites au Pôle Emploi, en disant qu’on a tout fait pour l’éviter.

Le peuple a toujours raison, que ça plaise ou pas

RT France:  Pensez-vous que, au regard de cette loi, ce soit perdu pour les «petits candidats» qui se présentent à la présidentielle 2017 ?

Claude Posternak : Il y a déjà une mobilisation qui se fait contre ce projet de loi, on va voir ce que cela va donner. Et puis, le peuple a toujours raison. Que ça plaise ou non, on ne peut pas aller contre le peuple. A un moment donné, le peuple se fait entendre. Donc, il faut que la société civile fasse comme elle l’avait fait au sein du Conseil national de la Résistance : des gens de droite et de gauche réunis au sein du Conseil national ayant élaboré un compromis. Il faut créer un nouveau compromis. Il faut créer un nouveau partage de la société française, comment on repense, avec des données qui sont extrêmement simples – la mondialisation et tous les sujets liés à l’insécurité, liés à l’identité etc. 

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