Exercices de l'OTAN : une tentative US de montrer sa préparation à une guerre contre la Russie

L'exercice anti-sous-marin «Dynamic Mangoose» en mer du Nord, au large des côtes norvégiennes© Marit Hommedal Source: Reuters
L'exercice anti-sous-marin «Dynamic Mangoose» en mer du Nord, au large des côtes norvégiennes

Les exercices de l'OTAN sont une tentative de montrer à la Russie et au monde que les Etats-Unis sont prêts à risquer une guerre mondiale pour défendre leur droit à renverser des gouvernements, selon l’analyste politique Dan Glazebrook.

La Norvège accueille le plus grand exercice militaire annuel de l'Europe sous le nom de code Cold Response. Quelque 15 000 soldats des pays de l'OTAN y seront impliqués.

Le scénario va suivre la trame d’un conflit militaire avec les forces armées d’un pays froid fictif. Pendant ce temps, l’actuel rapport norvégien sur la sécurité (lui tout à fait réel) inclut la Russie comme l'une des principales menaces. Des responsables de l'OTAN, cependant, prétendent que les deux évènements n’ont aucun lien.

L’OTAN entoure et encercle la Russie avec ses troupes, menace la Russie avec ce type d’exercices

RT : C'est l'un des plus grands exercices du genre qui se déroule, avec le déploiement par les Etats-Unis de bombardiers stratégiques, mais l'OTAN dit que cela n'a aucun rapport avec la Russie. Que pensez-vous de cela ?

Dan Glazebrook : Il faut observer l'histoire récente du militarisme américain et des agressions de l'OTAN. Cette dernière est profondément impliquée dans des opérations de changement de régime par procuration – plusieurs desquelles ne se sont pas bien passées, par exemple en Syrie et en Ukraine. L'OTAN n'a pas réussi à assurer le succès de ses dernières opérations de changement de régime… Elle ne veut pas les voir échouer. Or, l'une des raisons de ces échecs est le refus de la Russie de se soumettre et de permettre aux Etats-Unis de mettre des Etats en faillites les uns après les autres. Donc, la Russie inspire une profonde aversion à de nombreux éléments à l'intérieur de l'establishment militaire américain parce qu'elle est une épine dans le pied de la machine militaire américaine à renverser des régimes.

Nous devons avoir en tête que les pays de l'OTAN et les Etats-Unis conduisent déjà une guerre économique contre la Russie à travers les sanctions et la politique d’encouragement aux Saoudiens pour baisser les prix du pétrole. Cela n'a pas marché. On en vient par conséquent à un militarisme pur et simple, cela fait partie d’un tout. Et puis, nous avons vu un membre de l'OTAN, la Turquie, attaquer et abattre un avion russe, nous avons vu depuis quelques semaines la Turquie et l'Arabie Saoudite préparer une invasion de la Syrie… Tout cela fait partie des tentatives systématiques de démontrer au monde que les Etats-Unis sont prêts, capables et désireux de se lancer dans une guerre mondiale, potentiellement avec la Russie. Pas seulement de se battre contre la Syrie ou la Libye, mais, de fait, de risquer une guerre mondiale contre la Russie pour défendre leur droit à mener des changements de régimes illégaux, de créer des Etats en faillite et de faire plonger de paisibles pays dans un bain de sang. Voilà ce dont il s’agit.

C’est une situation très dangereuse qu’on voit se développer ici

RT : Dans les jeux de guerre, on trouve un rôle d’agresseur et un rôle de défenseur. Pensez-vous qu’il y ait une nuance stratégique ou c’est tout simplement une manière pour l’Otan de manifester sa puissance militaire ?

D.G. : Il y a des éléments stratégiques. Il y aura des guerres stratégiques pour les ressources de l’Arctique, et ils se préparent pour les mener... Rappelez-vous la stratégie américaine de domination complète annoncée après la fin de la Guerre froide : l’idée était qu’il ne devait pas y avoir un centimètre sur la planète qui échapperait réellement au contrôle militaire américain... Mais je continue à penser qu’ils ont avant tout besoin de convaincre la planète, de montrer au monde qu'ils sont prêts à entrer en guerre avec la Russie. Cela peut être du bluff, mais ils ont besoin de convaincre le monde que ça n’en est pas un et qu’ils sont capables de mener cette guerre. Et bien sûr, il y a des éléments dans l’establishment militaire américain qui seraient prêts à y aller, et pour qui ça n’est pas un bluff. Donc, c’est une situation très dangereuse qu’on voit se développer ici.

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RT : L’OTAN dit qu’il n’y a pas de raison pour la Russie de considérer ces exercices et l’ensemble de son activité dans la région comme une menace. Pensez-vous que ces déclarations soient crédibles ?

D.G. : Ces pays [membres de l’OTAN] ont souvent ce genre d’analyse, mais ils marchent sur la tête. Qui se déplace dans le monde entier en mettant des Etats en faillite ? Si on observe les actions de la Russie, celles-ci ont été défensives. Par exemple, en Ukraine, où leur implication a été, en fait, assez minime : ils ont surtout tenté de défendre les peuples de l’Est de l’Ukraine de l’attaque de forces néo-nazis déchaînées par l’opération de changement illégal de régime soutenue par les Etats-Unis. En Syrie, ils ont été invités par le gouvernement syrien pour empêcher la chute du gouvernement syrien face à l’attaque de l’escadron de la mort sponsorisé par les Etats-Unis, par la Grande-Bretagne et encore d‘autres. Cette tentative de définir cela comme une agression russe alors qu’en réalité les Russes ne font que se défendre face une agression illégale se déroulant partout dans le monde et menée par les Etats-Unis... c’est le monde à l’envers.

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C’est un fait, observable, empirique, que l’OTAN entoure et encercle la Russie avec ses troupes, menace la Russie avec ce type d’exercices. Nous savons aussi, par expérience, qu’il ne faut pas faire confiance aux leaders des pays de l’OTAN lorsqu’ils «rassurent» la Russie. Par exemple, George Bush senior disait que l’OTAN n’avancerait pas d’un centimètre vers l’Est, mais tous les pays de l’Est qui ont rejoint l’Union européenne sont par la suite devenus membres de l’OTAN. Les assurances de l’OTAN ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites. Peu importe ce que dit l'OTAN, ce qui compte, c’est ce qu’elle fait.

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