Cessez-le-feu : Et si le partage de la Syrie avait déjà commencé ?

© Alaa Faqir Source: Reuters

Au forum de discussion sur le Moyen-Orient à Moscou, Shlomo Brom, chercheur à l'Institut d'études pour la sécurité nationale israélienne, a émis l'hypothèse que la partition de l'Irak et de la Syrie a déjà commencée.

Lors du Forum de discussion Valdaï à Moscou qui s'intitule «Moyen-Orient : de la violence à la sécurité», RT a interrogé Shlomo Brom, chercheur à l'Institut d'études pour la sécurité nationale israélienne (INSS) à propos du cessez-le-feu en Syrie.

RT : Pensez-vous qu'une partition de la Syrie et de l'Irak en territoires sunnite, chiite et kurde est possible ?

Shlomo Brom (S.B) : De facto, on pourrait dire que cela est déjà en cours. Vous avez une certaine autonomie kurde dans le nord, des régions gouvernées par des entités sunnites, d'autres par le gouvernement syrien, d'autres encore par de nombreux groupes divers et variés, y compris l'Etat islamique. Mais ce n'est pas réellement une partition réalisée sur des critères ethniques. 

RT : Et qu'est-ce qui rendrait possible une partition ethnique de la Syrie ?

S.B : Il y a un grand nombre de sunnites dans les zones contrôlées par le gouvernement syrien à Damas, sur la côte, à Lattaquié. Ceux qui veulent une partition ethnique du pays devront se livrer à un véritable nettoyage ethnique, massif et qui violerait toutes les conventions des droits de l'Homme qui existent, chose que, bien entendu, je ne leur recommenderais pas.   

RT : A qui profiterait une Syrie divisée ?

S.B : Si vous me demandez si une Syrie divisée profite à Israël et que je choisis de vous répondre de façon égoïste, je vous dirais que la situation profite à Israël, car ses ennemis potentiels s'en trouvent affaiblis. Mais en vérité, cela n'est absolument pas important, puisque Israël n'a absolument aucune influence sur la situation actuelle en Syrie. 

RT : Un cessez-le-feu durable permettra-t-il de lutter efficacement contre Daesh ?

S.B : Si le cessez-le-feu tient, ce sera une première étape dans l'établissement d'un consensus et/ou d'une vision commune de la Syrie qui sera très utile pour combattre efficacement l'État islamique. C'est une drôle de guerre dans tous les cas. Elle me fait penser à la première phase de la Seconde Guerre Mondiale, entre l'Allemagne d'un côté et la France et le Royaume-Uni de l'autre, qui ne se battaient pas vraiment. ici, c'est un peu pareil. Personne ne s'investit vraiment dans cette guerre contre l'Etat islamique, car chacun a ses propres intérêts à défendre - qui n'ont rien à voir et qui sont bien plus importants. 

Si une certaine stabilité voit vraiment le jour dans les parties de la Syrie qui ne sont pas sous contrôle de Daesh, alors la Russie, la coalition menée par les Etats-Unis, et même l'Arabie Saoudite et la Turquie seront en mesure de travailler de manière coordonnée dans la lutte contre Daesh. Et là, ce serait vraiment la fin pour Daesh. Mais la fin de l'intervention armée n'est pas à mon sens la vraie fin d'une guerre. Si les parties ne trouvent pas de consensus, la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement va perdurer, à savoir un conflit avec un Etat islamique qui s'affaiblit, mais très lentement.

RT : Daesh est, lui, présent également en Libye. Les frappes américaines contre les camps libyens de Daesh sont-elles légales au niveau juridique ?

S.B : Je ne suis pas un homme de loi, mais je pense que chaque nation possède le droit fondamental d'agir en état de légitime défense. Si un groupe ou une organisation est une menace pour votre sécurité nationale, vous avez le droit d'agir en état de légitime défense, même ailleurs que sur votre territoire.

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