Yves de Kerdrel est directeur de la publication de Valeurs Actuelles et directeur des publications du groupe Valmonde. Editorialiste au Figaro, chroniqueur à I-Télé et à Radio-Classique.

Face à la crise agricole, levons les sanctions contre la Russie

Les éleveurs français se rassemblent à côtés de palettes en feu pour protester contre la baisse des prix près d’un péage sur l'autoroute à Ancenis, le 27 janvier 2016© Stéphane Mahé Source: Reuters
Les éleveurs français se rassemblent à côtés de palettes en feu pour protester contre la baisse des prix près d’un péage sur l'autoroute à Ancenis, le 27 janvier 2016

Aujourd'hui, une seule politique peut sortir l’agriculture française de l'impasse : rétablir des relations commerciales avec la Russie.

La France agricole traverse une grave crise. «Ca va pêter un jour ou l’autre» nous déclarait hier Gérard Larcher, président du Sénat et grand connaisseur du monde rural. Il y a dix ans, l’agriculture française était encore la première d’Europe. Depuis, elle a été doublée par l’Allemagne, les Pays-Bas, voire l’Espagne. Le fameux «or vert» qui faisait la fierté française et contribuait à une balance commerciale excédentaire est devenu du plomb. Si bien qu’il n’y a plus un seul jour où les éleveurs, les producteurs de lait et même certains céréaliers ne manifestent leur colère dans la France entière, ne bloquent des routes et n'affichent leur désespoir, sans que l’Etat se montre capable de leur apporter un début de solution.

L’absurde réglementation européenne a compliqué les conditions d’existence des fermiers français

Il y a aujourd’hui deux points de crispation importants dans le monde rural. Le premier est la chute du prix du lait qui ne permet plus aux producteurs de vivre, puisqu’ils vendent leur marchandise à perte. Le second concerne les éleveurs de porcs qui ont vu s’écrouler d’un tiers le prix des bêtes qu’ils engraissent. Le prix du kilo de viande de porc, qui était encore de 1,43 euro l’été dernier et ne permettait déjà pas aux éleveurs de vivre, est tombé aujourd’hui à 1,06 euro. Tout cela sans que les pouvoirs publics affichent la moindre réaction. Sauf l’éternel pis-aller de promettre un chèque aux éleveurs, qui savent bien que ce n’est pas là une solution pérenne à leurs problèmes.

Bien sûr, comme pour toute crise, on ne saurait y trouver qu'une seule cause principale. Bien sûr, l’absurde réglementation européenne a compliqué les conditions d’existence des fermiers français. Bien sûr, ils se heurtent à un véritable dumping pratiqué par d’autres pays dont les exploitations sont beaucoup plus importantes. Mais sans l'embargo décrété par la Russie, les choses seraient beaucoup moins compliquées aujourd’hui, à la fois pour les éleveurs de porcs et les producteurs de lait.

La Russie représente à elle seule 10 % des exportations totales agricoles européennes

Tout vient des procédures de sanctions décrétées par l’Union Européenne – sous la forte pression de Barack Obama – à l’égard de la Russie après le déclenchement du conflit diplomatique lié à l’Ukraine. Ces sanctions imposées par Bruxelles ont obligé la Russie à mettre en place le 6 août 2014, en représailles et de manière très légitime, un embargo sur certains produits alimentaires européens. Le problème est que ces sanctions, dont tout le monde, y compris des ministres de gauche comme Emmanuel Macron, s’évertue à dire qu’elles sont stupides, affectent l’un des clients les plus fidèles de notre agriculture. La Russie représente à elle seule 10 % des exportations agricoles européennes.

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A elle seule, la France a exporté vers la Russie des produits agroalimentaires pour 750 millions d'euros en 2013, l’année précédant la mise en place des sanctions. Les secteurs les plus touchés sont ceux des fruits et légumes (notamment des pommes), des viandes et des produits laitiers. Naturellement, la levée des sanctions ne règlera pas tous les problèmes. Mais elle permettrait aux agriculteurs de retrouver enfin des débouchés qui se sont fermés pour des raisons qui les dépassent largement. C’est ce qui a récemment amené Xavier Beulin, le président de la FNSEA, le syndicat des agriculteurs à déclarer : «Aujourd'hui, une seule politique peut nous sortir de l'impasse : rétablir des relations commerciales avec la Russie ! Je ne peux pas imaginer un futur proche sans la Russie». Même le Ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, pourtant très proche de François Hollande a déclaré il y a quelques jours : «Bien sûr, je souhaite une levée des sanctions».

Pourtant rien ne change. Voilà ce qui met les agriculteurs français à bouts de nerfs. Comment comprendre aujourd’hui que cette population, qui contribue à faire vivre nos campagnes, meurt à petit feu à cause de sanctions incompréhensibles à l'égard de la Russie, alors qu’il y a quelques jours, la France a mis sans difficulté un terme à son embargo avec l’Iran? C’est ce désarroi que le monde rural va continuer à exprimer, jour après jour, et avec sans doute de plus en plus de violence.

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