David Desgouilles : «Christiane Taubira n'a pas souhaité "manger son chapeau"»

Christiane Taubira Source: Reuters
Christiane Taubira

La ministre de la Justice a annoncé sa démission le 27 janvier, elle est remplacée par le député du Finistère, Jean-Jacques Urvoas, fidèle du Premier ministre Manuel Valls. En cause : un différent trop profond sur la déchéance de la nationalité.

RT France : Pourquoi cette démission arrive-t-elle maintenant ?

David Desgouilles : Il y a eu un désaccord avec François Hollande et Manuel Valls à propos de la déchéance de la nationalité. Manuel Valls aurait bien voulu que Christiane Taubira parte fin décembre lorsqu’elle a exprimé son désaccord à la vieille du conseil des ministres lors d’un interview donnée en Algérie. A ce moment là, on s’attendait déjà à une démission mais la ministre de la Justice l’a écartée lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre. On pensait alors qu’elle s’était «rangée» mais elle a réitéré ses propos et affirmé son désaccord il y a une quinzaine de jours.  A partir de là, les dés étaient jetés, c’était très difficile d’avoir une ministre de la Justice qui défende un projet de loi constitutionnelle auquel elle n’adhère pas.

Il y avait alors deux solutions : soit elle restait silencieuse pendant que le Premier ministre défendait le texte, soit elle partait. 

François Hollande n’avait pas beaucoup de choix et seulement deux mauvaises solutions : soit il gardait Christiane Taubira dans son gouvernement, soit il la laissait partir et prenait alors le risque de l’avoir en liberté et incontrôlable. Dans l’optique de l’élection présidentielle à venir cette dernière solution est périlleuse, mais c’était le seul choix viable. La révision constitutionnelle était en péril si elle restait .

RT France :  Est-ce que cela peut nuire à l’image de François Hollande au vu des élections présidentielles de 2017 ?

David Desgouilles : Sur la question de la révision de la Constitution, il a les enquêtes d’opinion de son côté. Son équation politique est rendue difficile, car Christiane Taubira, à tort ou à raison, est un marqueur de gauche de ce gouvernement. Elle représente d’une certaine façon la gauche de la gauche, celle-là même dont François Hollande aura besoin au second tour de l’élection en 2017. Aujourd’hui, le président cherche à gagner son élection au centre. Il aurait préféré garder Christiane Taubira avec lui, mais visiblement elle n'a pas souhaité «manger son chapeau» et continuer dans ces conditions. Pour le moment, on ne sait pas s’il s’agit d’un limogeage ou si c’est elle qui a décidé de partir. 

RT France : Quelles sont les conséquences pour la gauche en général ? 

David Desgouilles : Dans l’hypothèse où elle arriverait à fédérer la gauche de la gauche et à regrouper toutes les personnalités, d’Arnaud Montebourg au Parti communiste en passant par Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot : là, ce serait périlleux pour François Hollande. 

Certains disent qu’elle pourrait incarner un Syriza à la française mais je n’y crois pas beaucoup.

Personne ne connaît les idées économiques de Christiane Taubira. Toute sa popularité et sa notoriété sont basées sur des mesures purement sociétales et notamment, la plus grande d’entre elles, le mariage pour tous. Elle est le symbole du basculement d’une gauche qui s’occupait de l’économie et du social vers une gauche du «tout sociétal». Même en 2002, lorsqu’elle a été candidate à la présidentielle, son discours économique était faible. Elle aurait besoin de clarifier tout ça pour fédérer le plus grand nombre. Rappelons qu’en 1993, elle avait voté l’investiture de Balladur. Cependant, dans son communiqué de départ, elle fonde sa démission sur le problème de la déchéance de la nationalité uniquement et ne fait aucune allusion économique.  

RT France : Si elle expose des positions économiques claires a-t-elle un avenir ? 

David Desgouilles : Si elle donne une direction et que son discours porte à la fois sur le sociétal et sur l’économie, ainsi que sur nos rapports avec l’Allemagne, alors elle peut devenir une candidate.

Et si elle réussit à fédérer des personnalités différentes, elle peut être dangereuse pour François Hollande.

Mais je doute d’un tel scénario, car je ne suis pas sûr que l’économie soit vraiment son domaine. Il faut également rappeler qu’en tant que ministre de la Justice, elle a fait preuve d’une grande fermeté par rapport aux syndicats de Goodyear. C’est difficile d’avoir un discours de sévérité envers des syndicalistes et devenir, 15 jours après, le héros d’un Syriza à la Française !

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