À la surprise générale, la présidente de la Commission européenne a proposé au Canada de devenir le premier «membre associé» de l’UE. Pour Karine Bechet, il est difficile de mieux illustrer le caractère non européen et globaliste de cette organisation.
Dans son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen, Ursula von der Leyen a pris l’initiative de proposer au Canada, pays hautement européen s’il en faut, d’intégrer les mécanismes de l’Union européenne. Devant le Premier ministre canadien, présent à Strasbourg, elle a ainsi proposé au Canada le statut, pour le moins très flou, de « membre associé ».
Ursula von der Leyen l’a formulé ainsi : « Je souhaiterais ouvrir la voie pour que le Canada devienne le premier membre associé de l’Union européenne. (...) Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique. »
Le Canada, pour des raisons géographiques évidentes, ne peut être invité à devenir membre à part entière. Or, jusqu’à présent, les États membres n’étaient pas favorables à l’instauration d’un statut intermédiaire. La boîte de Pandore avait déjà été ouverte par l’Allemagne pour l’Ukraine lorsque, il y a quelques mois, la même proposition avait été avancée.
Le Canada suit, en quelque sorte, la digne voie ukrainienne ; nous ne pouvons que l’en féliciter.
Ce statut de membre associé reste très flou. Il permettrait de participer à certaines réunions du Conseil européen, de disposer d’un commissaire européen « associé », sans portefeuille, ainsi que de députés européens « associés », dépourvus de droit de vote. Il ne saurait y avoir de véritable pouvoir décisionnel puisque le pays n’est pas membre. Mais nous sommes ici dans le soft power réciproque.
Cette annonce a été précédée d’une campagne médiatique dans les médias anglo-saxons, notamment dans le Wall Street Journal, où il était affirmé que le Premier ministre canadien pourrait envisager un rapprochement stratégique avec l’UE sur fond de guerre commerciale avec les États-Unis, pouvant justement aller dans le sens d’un statut de « membre associé », sans pour autant déboucher sur une adhésion à part entière.
La réaction de Donald Trump ne s’est pas fait attendre : il a qualifié l’idée de stupide et d’acte hostile à l’encontre des États-Unis, menaçant d’une augmentation des droits de douane et d’un arrêt complet du commerce avec l’Europe — ce qui ne semble guère réaliste non plus.
Mais Ursula von der Leyen ne s’arrête pas en si bon chemin. Comme elle le souligne : « Nous sommes solidaires : sur l’Ukraine, sur la défense, sur les matières premières et les chaînes d’approvisionnement. » Elle propose donc au Canada d’entrer dans le futur Conseil européen de sécurité.
La présidente de la Commission européenne a proposé, dans la foulée, la création d’un « Conseil européen de sécurité », devant associer l’UE, le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni. L’idée n’est pas nouvelle : le président français l’avait notamment avancée il y a une dizaine d’années. Mais le moment n’était pas venu. Désormais, avec la remilitarisation de l’Europe, elle pourrait devenir réalité.
Et même si elle prétend que ce projet n’est dirigé « contre personne », il faut surtout comprendre qu’il ne serait pas dirigé contre les États-Unis. En revanche, l’intensification de la militarisation et la question de l’Arctique sont clairement affichées : « Nous créerons une alliance technologique. Nous intégrerons nos bases industrielles de défense. Nous ferons de l’Arctique un projet commun phare. »
Il s’agit bien, derrière les déclarations d’Ursula von der Leyen, de tenter une union des élites globalistes contre leur ennemi commun, la Russie, d’autant que la position de Trump est souvent instable et incompréhensible pour elles.
Il y a effectivement peu de chances que l’intégration du Canada aboutisse : les Européens sont objectivement trop faibles pour cela, à moins que les États-Unis ne donnent leur accord — ce qu’ils feront s’ils y trouvent un avantage. Le Conseil de sécurité élargi, en revanche, pourrait voir le jour.
L’idée elle-même est significative. À l’origine, après la Seconde Guerre mondiale, la construction européenne a été vendue comme un projet de paix sur le continent européen. Elle s’est transformée en relais des élites globalistes atlantistes, , guerrières, qui ont fini par dominer les États membres, tant au niveau national que global. Et la volonté d’intégration du Canada, dans le contexte de la guerre sur le front ukrainien et de la désignation de la Russie comme ennemi, n’est donc pas anodine.
Le Canada a joué un rôle important, à travers sa diaspora ukrainienne, dans l’organisation de la Révolution orange de 2004 en Ukraine, quand il a fallu annuler le résultat des élections présidentielles, qui ne convenaient pas aux Globalistes. Mais le Canada ne s’est pas arrêté à l’agression politique de l’Ukraine : après le Maîdan en 2014, il a lancé l’opération UNIFIER dès 2015.
Comme il est possible de le lire sur le site officiel canadien de l’opération, c’est une « mission d’instruction militaire, de professionnalisation et de renforcement des capacités menée par les Forces armées canadiennes (FAC) en soutien à l’Ukraine ». Et cette mission a été renforcée à partir de 2022 et prolongée jusqu’en 2029, comme les Canadiens le reconnaissent eux-mêmes.
Ce programme n’est pas négligeable car, selon les données officielles (et elles peuvent être minimisées par rapport à la réalité), déjà plus de 49 000 militaires ukrainiens ont été ainsi formés dans différents domaines : infanterie, génie de combat, stratégie, déplacement des forces armées, etc. Évidemment, ce programme fonctionne en coordination avec l’OTAN dans le cadre du NSATU, qui coordonne le soutien au front ukrainien et le renforcement stratégique d’une armée ukrainienne.
Afficher la volonté de renforcer le partenariat entre le Canada et l’UE revient, dans ce contexte, à faire exploser le cadre formellement européen de l’Union pour la revendiquer comme l’un des centres de la Globalisation. Ce qui est encore renforcé avec un Conseil de sécurité élargi, augmentant ainsi la dimension militaire d’une organisation désormais entièrement orientée vers la défense des intérêts atlantistes.
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