Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Les Globalistes sont obnubilés par Vladimir Poutine

Les Globalistes sont obnubilés par Vladimir Poutine Source: Sputnik
Vladimir Poutine [photo d'illustration]
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Le 15 mai, lors d’une réunion en Moldavie de pays du Conseil de l’Europe, la création d’un tribunal contre la Russie, accusée de «crime d’agression» contre l’Ukraine, a été annoncée. Pour Karine Bechet, cet organe initialement partial n’a rien à voir avec la justice et relève davantage de la vengeance contre la Russie.

Il fut annoncé en Moldavie la création, par 36 pays, d’un tribunal pénal international spécial, en dehors des règles de l’ONU, dans le but de condamner — et non de juger — la Russie pour « crime d’agression » contre l’Ukraine. Principalement composé de pays européens, dont la Suisse, qui a définitivement perdu sa neutralité, il comprend également l’Australie et le Costa Rica. Si la diversification géographique est importante pour les auteurs, on peut légitimement se demander ce que le Costa Rica vient faire ici...

La décision est prise, mais sa mise en œuvre n’est pas encore certaine, car les pays signataires doivent encore adapter leur législation nationale à cet OVNI juridique et un budget de fonctionnement conséquent doit être trouvé.

Nous entrons ici réellement dans la zone grise juridique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la création d’un tribunal pénal international fut strictement encadrée. Les tribunaux ad hoc, comme celui-ci, étaient créés par décision du Conseil de sécurité de l’ONU. Sinon, des juridictions permanentes ont été instituées, comme la CPI. Et au niveau régional, notamment européen, la CEDH (au sein du Conseil de l’Europe) jugeait les différends entre les États membres ou entre les citoyens et les États membres.

Or, la Russie possède un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, elle ne reconnaît pas la CPI et elle est sortie du Conseil de l’Europe, ce qui laissait les Globalistes dépourvus de voies légales pour agir contre elle.

Qu’à cela ne tienne, les Globalistes ne s’embarrassent pas des règles de droit qui ne leur conviennent pas et, pour la première fois depuis l’établissement de cet ordre juridique international, ils décident ouvertement de s’en passer et de se doter d’un organe sur mesure, violant au passage le principe fondamental d’impartialité de la justice.

Ainsi, les juges qui composeront cette instance seront de différentes nationalités, dont ukrainienne. Ils représenteront, alors que le conflit est en cours, finalement une seule partie de ce conflit : celle qui l’a déclenché sur le front ukrainien dès 2014 dans sa dimension militaire, tout d’abord contre l’Ukraine puis contre la Russie.

De plus, l’enquête, c’est-à-dire le stade de la réunion des éléments de preuve, a été confiée au Centre international chargé des poursuites pour le crime d’agression contre l’Ukraine (ICPA). Rien que l’appellation ne laisse aucun doute quant à l’orientation prise pour la recherche — voire la fabrication — de preuves contre la Russie. Ce Centre est une cellule spéciale d’Eurojust, donc de l’Union européenne, qui soutient activement, militairement et financièrement, l’armée atlantico-ukrainienne sur le front contre la Russie.

Rien que ces deux éléments soulignent la volonté initiale des fondateurs de ce tribunal, non pas de juger les responsables des crimes commis sur le front ukrainien, mais de condamner la Russie. Car tous les crimes largement documentés, commis par l’armée atlantico-ukrainienne, seront ignorés.

Et, pour être plus précis, il ne s’agit pas que de condamner la Russie, mais son président, Vladimir Poutine, ainsi que la direction militaire du pays. Ce qui est ouvertement assumé dans les médias français : « Ce tribunal vise exclusivement le "crime des crimes" : la décision politique et militaire de déclencher une guerre d'invasion. Il s'attaque donc directement à la tête de l'État russe. »

C’est pour cela que le fondement prévu est celui du crime d’agression, récent en droit international et à la définition assez floue. Ainsi, les accusations d’enlèvements massifs d’enfants ukrainiens ne sont pas documentées, pas plus que les atrocités que l’armée russe aurait prétendument commises lors de la mise en scène de Boutcha — après le retrait de l’armée russe justement.

Si l’on s’interroge sur la notion de crime d’agression et puisqu’il est désormais possible de déroger au système établi de règles internationales en matière de création de juridictions ad hoc, la porte à une réponse symétrique de la part de la Russie s’ouvre.

La notion d’agression en droit international est limitée à une dimension militaire stricte. Or, depuis les années 2000, nous avons vu se développer la pratique d’une agression politique menée par les élites globalistes dans des pays étrangers, lorsque les élites dirigeantes ne leur étaient pas compatibles, se traduisant par des révolutions de couleur.

Si les Globalistes ont besoin de faire commencer l’histoire en 2022, avec la « réponse » militaire de la Russie, et non avec « l’agression », rien n’empêche la Russie, elle, de se souvenir de l’histoire de ce conflit. 2004 et la Révolution orange furent la première agression politique des Globalistes contre l’Ukraine, laquelle a conduit à la destruction de son système politique sous l’égide de l’OSCE et de dirigeants étrangers. 2014 et la Révolution du Maïdan (commanditée, financée et organisée par les Occidentaux) ont achevé le pays, l’ont littéralement détruit et en ont fait un front destiné à combattre la Russie et tout ce qui est russe, dans l’intérêt exclusif de ces élites globalistes.

La boîte de Pandore est ouverte et, si la Russie en a la volonté politique, elle peut parfaitement retourner la situation.

Au-delà de la légalité, se pose également la question de la légitimité, et cela sur trois plans.

Tout d’abord, le conflit est en cours et il semble douteux de pouvoir mettre sur pied un tribunal digne de ce nom, capable d’avoir le recul et la légitimité nécessaires pour conduire un véritable travail. Nous avons vu comment a fonctionné le Tribunal spécial pour l’ex-Yougoslavie : manipulations, refus catégorique d’examiner la responsabilité américaine, « pertes » de documents, témoins-historiens construisant un discours plus qu’ils n’apportaient de preuves, morts suspectes, etc.

Celui-ci sera une parodie grotesque du TPIY, qui était lui-même une triste parodie de justice.

Ensuite, puisque l’histoire de ce conflit n’a pas commencé en 2022 mais en 2004, les agresseurs se trouvent dans la situation de juger le pays et les responsables politiques qu’ils ont agressés par l’intermédiaire de l’Ukraine. Il fallait oser, quand même...

Enfin, certes, les Globalistes sont littéralement obnubilés par Vladimir Poutine et ils contribuent largement à la constitution du mythe. Une figure qu’ils veulent détruire. Or, en droit international, les présidents en exercice bénéficient d’une immunité totale tant qu’ils sont en fonction. Ce principe est reconnu et établi. Il dérange les tenants (comme le CICR) d’une « justice internationale », en réalité « globale », qui soit supérieure aux États, les domine et leur permette d’agir à leur guise contre n’importe quel dirigeant incommode.

Quelle serait alors la légitimité d’un tribunal constitué par les coupables de l’agression incriminée contre l’Ukraine, commettant quotidiennement des crimes de guerre contre la Russie, les Russes et les Ukrainiens récalcitrants, voulant « juger » alors qu’ils ne sont pas en position de force sur le front, pour condamner un président en exercice simplement parce qu’ils ne peuvent le vaincre militairement ?

Aucune.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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