Gérard Bapt, député socialiste : «il va y avoir de gros problèmes d’explication interne» au PS

Partisans de Marine Le Pen, chef de file du Front national à Hénin-Beaumont le 6 décembre dernier Source: Reuters
Partisans de Marine Le Pen, chef de file du Front national à Hénin-Beaumont le 6 décembre dernier

Le député socialiste de la Haute-Garonne, Gérard Bapt, explique à RT France que la gauche doit se remobiliser et essayer de convaincre des électeurs déçus par la politique du gouvernement.

RT France: A votre avis, comment le succès du Front national (FN) a-t-il été rendu possible ?

Gérard Bapt : La montée du Front national vient de loin. Le problème c’est que depuis l’attentat du 13 novembre le FN a gagné deux ou trois points sous le coup de l'émotion. Mais son succès d’hier vient de très loin parce qu’ils n’a cessé depuis des années de monter progressivement, à cause de la crise sociale, à cause des problèmes de terrorisme, à cause des problèmes de coexistence entre les populations, notamment celles qui viennent du Maghreb et qui ont des modes de vie différents. Tout cela explique que le FN monte progressivement et a obtenu hier ce résultat.

RT France : Est-ce que, à votre avis, une alliance de toute la gauche est possible pour le deuxième tour des élections régionales ? 

Gérard Bapt : L’alliance de toute la gauche se fait dans certains cas. Par exemple, dans ma région, à Toulouse, elle s’est faite. Mais on peut penser qu’elle risque néanmoins d’avoir quelques pertes au passage, parce qu’il y a une césure au sein de la gauche entre la politique menée actuellement et ce que souhaitent les gens qui sont plus ancrés dans une politique économique plus à gauche. Donc, elle peut se faire, mais sous l'angle de la nécessité, sans pouvoir à coup sûr rallier tous les électeurs.

RT France: En ce qui concerne l’alliance avec la droite dans certaines régions, pensez-vous que ça peut marcher ?

Gérard Bapt : Il ne s’agit pas d’une alliance, c’est un retrait de listes dans certaines régions pour montrer, qu'à nos yeux, l’adversaire principal c’est le Front national. Il aurait fallu montrer en Syrie que l’adversaire principal c’était Daesh par rapport à Bachar el-Assad. Mais là, c’est une démonstration disant «on ne sera pas accusés d’avoir fait le jeu du Front national», y compris vis-à-vis de nos adversaires politiques de la droite. 

RT France : En ce qui concerne le Parti socialiste, vous avez déjà évoqué ses désaccords internes concernant la politique à mener. Comment explilquez-vous que les résultats du PS soient de plus en plus mauvais, au fil des années ?

Gérard Bapt : Ça s’explique par le fait que nous n'arrivons pas vraiment à nous attaquer au chômage, parce qu’on est pris un peu en tenaille entre la croissance qui reste très molle et qui ne permet pas beaucoup de création d’emplois et les contraintes budgétaires, le déficit et la réglementation européenne sur le plan budgétaire. Nous sommes donc coincés entre les deux. Là, le PS a quand même fait de meilleurs résultats, parce qu’il y a eu une certaine remobilisation autour du gouvernement et du président de la République face au danger terroriste. Dans certaines régions, nous n’avons pas fait de mauvais résultats. Mais il reste que dans d'autres régions, où le Front national est très fort parce qu'il a vraiment mordu dans l’électorat populaire, nous avons eu de très mauvais résultats. Je pense à la région de Marseille et de Nice, la région PACA, et puis au Nord-Pas-de-Calais, à Lille.

RT France : Y a-t-il un moyen de réconcilier le PS, pour que le parti soit plus mobilisé, pour qu’il n’y ait plus de désaccords internes ?

Gérard Bapt : En ce moment, nous sommes en phase électorale. Il faut donc être disciplinés parce qu’il y a le deuxième tour, mais je pense qu’à partir de la semaine prochaine, il va y avoir de gros problèmes d’explication interne.

RTFrance : Avez-vous un pronostic pour le deuxième tour ?

Gérard Bapt : Je crains fort malheureusement que trois régions passent au Front national, même si ce n’est pas encore fait, mais je le redoute beaucoup. Pour nous, la nécessité c’est d’avoir une remobilisation des abstentionnistes entre les deux tours. Il y a 50% d’abstentionnistes et si, parmi eux, on retrouvait des déçus de la gauche, on pourrait encore inverser certains résultats.

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