Gérard Bapt : «La Turquie n’est pas, à l’évidence, un allié fiable»

Le président français François Hollande après la conférence de presse avec son homologue américain Barack Obama Source: Reuters
Le président français François Hollande après la conférence de presse avec son homologue américain Barack Obama

Le fait que la Turquie a abattu un avion militaire russe témoigne de l'attitude ambiguë de la Turquie, estime le député socialiste Gérard Bapt. Il a partage sa vision de la situation avec RT France.

RT France: Nous venons d’écouter la conférence de presse conjointe de François Hollande avec Barack Obama, durant laquelle le président français a qualifié l’incident avec l’avion russe de «grave et regrettable». A votre avis, comment la France doit-elle réagir à cet incident ?

Gérard Bapt : Je pense qu’il est opportun que François Hollande ait qualifié ainsi cet incident, qui est plus qu’un incident. Il est grave parce qu’à l’évidence il s’agit d’un accident délibéré, du moins, à l’heure actuelle il n’est pas exclu, je crois, que les autorités russes prétendent que cet avion se trouvait bien dans l’espace aérien syrien. C’est aussi regrettable parce que malheureusement cela montre une fois de plus, l’attitude très ambiguë de la Turquie. Elle est très certainement opposée au fait qu’on puisse aller bombarder des groupes qui, sans être Daesh, sont pour le moins des groupes terroristes, qui offrent une grande porosité avec des groupes djihadistes de type Al-Nosra ou Daesh.

Le président Erdogan aurait pu créer cette agression pour troubler le mouvement international qui s'oppose aux groupes djihadistes

RT France: La Turquie est souvent accusée d’être complice d’une certaine manière de Daesh, dans la vente de pétrole, le soutien de certains groupes djihadistes. Elle abat un avion au moment où la France est en train de créer une large coalition anti-Daesh et se rapproche de la Russie dans la lutte contre le terrorisme. Est-ce un hasard ?

Gérard Bapt : Je crois qu’il y a deux hypothèses. Soit c’est une initiative de certains pilotes à un certain moment, dans le prolongement de l'état d'esprit de la Turquie, dont on sait bien que l’adversaire n'est pas Daesh mais les groupes kurdes syriens qui s’opposent avec beaucoup de courage et de succès à Daesh. Ou bien, seconde hypothèse, avec le machiavelisme que l’on reconnaît au président Erdogan qui a pu déclencher une nouvelle guerre civile pour gagner des élections législatives, ce dernier aurait pu créer cette agression pour troubler le mouvement international qui, autour de la Russie, des Etats-Unis et auquel se rallierait l’Europe, s'opposant ainsi à une action qui serait beaucoup plus déterminée et déterminante contre les groupes djihadistes en général.

RT France: Etant donné que la France est un allié de la Turquie dans le cadre de l’OTAN, pensez-vous que Paris doit privilégier ses relations avec Ankara dans le cadre de l’Alliance ou la lutte contre le terrorisme à l’échelle internationale ?

Gérard Bapt : Le président Hollande a dit devant le congrès à Versailles la semaine dernière que l’ennemi prioritaire était Daesh et qu’il fallait, pour lutter contre Daesh, réaliser une coalition unique afin de l'abattre. Et à cet égard, cette coalition dépasse le cadre de l’OTAN. Et j’ajouterais, en ce qui concerne la Turquie, qu'elle n’est pas, à l’évidence, au sein de l’OTAN, un allié fiable. Rappelez-vous la façon dont elle a laissé les Kurdes syriens se battre tout seuls contre Daesh, en fermant sa frontière, en empêchant même les blessés d’être accueillis en Turquie par des compatriotes kurdes turcs. La façon aussi dont elle a continué jusqu’à très récemment à commercer, notamment sur le plan du pétrole, avec Daesh et donc à financer cette organisation terroriste.

Il s’agit d’ailleurs de la sécurité européenne que le flux de migrants met en péril, un flux favorisé par la Turquie et qui est malheureusement en train de déconstruire l'Union européenne

RT France: Vous étiez parmi les députés français qui se sont rendus en Syrie à plusieurs reprises. Selon vous, quels pays doivent faire partie de la coalition anti-Daesh ? Le pouvoir actuel syrien doit-il faire partie de cette coalition ?

Gérard Bapt : Je crois que cette coalition doit regrouper les Etats qui donneraient la priorité absolue à la lutte contre Daesh, mais aussi contre le Front Al-Nosra la branche syrienne d'Al-Qaïda. Et à cet égard, l’axe qui est constitué par la Russie avec l’Iran, l’Iraq, l’Etat syrien - qui est un groupe actif sur le terrain - doit joindre ses efforts à tous les autres groupes qu'il s'agisse des Kurdes, mais aussi des membres de la coalition aérienne réunie par les Etats-Unis. Je pense que c’est une réunion d’Etats. Aujourd’hui, ce n’est pas le moment de juger la nature du régime de tel ou tel Etat, autrement, cela nous amène à nous interroger sur la nature de l’Etat saoudien par exemple. Aujourd’hui, l’urgence c’est de vaincre Daesh et ses cousins d’Al-Nosra et d'Al-Qaïda et de faire en sorte que tous les Etats puissent aujourd'hui réunir leurs efforts. Lorsque les Etats disparaissent comme ça s’est passé en Libye, on voit la catastrophe que cela ne manque pas de provoquer. Il s’agit d’ailleurs de la sécurité européenne que le flux de migrants met en péril, un flux favorisé par la Turquie et qui est malheureusement en train de déconstruire l'Union européenne.

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