La Grèce adopte une loi contre la pauvreté à la barbe de l’UE

Le parlement grec a approuvé un projet de loi sur «la crise humanitaire» ayant lieu dans le pays, le premier dans le cadre des mesures sociales proposées par le Premier ministre Alexis Tsipras malgré une forte opposition de la Commission européenne.

La proposition de loi qui prévoyait des allocations de logement et de l'aide alimentaire d'urgence pour les grecs les plus pauvres a été adoptée avec le soutien des députes conservateurs du parti de la Nouvelle Démocratie alors que le gouvernement a repoussé les efforts de la Commission européenne visant à la faire échouer.

«S’ils le font pour nous effrayer, la réponse est celle-ci : nous n’avons pas peur. Le gouvernement grec est déterminé à respecter l’accord du 20 février. Nous demandons la même chose à nos partenaires. Qu’ils arrêtent leurs actions unilatérales, dans le respect de l’accord qu’ils ont signé», a déclaré au parlement le Premier ministre grec.

«Que peut-on dire d'autre à ceux qui ont l’audace de déclarer que s’occuper d’une crise humanitaire est une action unilatérale ?» a-t-il ajouté.

Le projet de loi incluait aussi un régime de paiement en 100 fois pour les contribuables afin de les aider à régler leurs dettes envers l’état, ce qui a été qualifié par la Commission de mesure «incomplète» pour résoudre les problèmes de la dette .

Declan Costello, un représentant de la Commission européenne de l’équipe technique en charge de l’observation de la Grèce, s’est prononcé contre ce projet de loi, en indiquant à Athènes que l’adoption de cette loi serait «une décision unilatérale».

Dans une correspondance entre Costello et les autorités grecques, Costello affirme que le projet de loi n’est pas compatible avec l’accord de l'Eurogroupe conclu avec Athènes le 20 février, selon Paul Mason, un journaliste qui a rendu public le contenu de la lettre mardi.

Costello a écrit que les nouvelles lois de finances adoptées par la Grèce devaient être incluses dans un contexte général de promotion des réformes.

«Nous recommandons fortement d’avoir d’abord des consultations politiques appropriées, en particulier sur la cohérence des efforts de réforme. Il y a certaines questions à discuter et nous avons besoin de les examiner dans leur ensemble, de façon cohérente et complète. Agir autrement signifierait agir unilatéralement et de façon incomplète, ce qui est en contradiction avec les engagements pris avec l’Eurogroupe, comme prévu dans le communiqué du 20 février», aurait dit Costello au gouvernement grec.

Mais le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a déclaré que la rencontre la plus récente avec l’Eurogroupe incluait le projet de loi. D’autres membres du gouvernement ont confirmé l’existence du texte de Costello et ont déclaré que certains points devaient être clarifiés.

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Gabriel Sakellaridis, un porte-parole du gouvernement, a affirmé que la décision de la Commission européenne équivalait à un «veto» et ajoutait de la «pression» sur la Grèce dont les dettes s’élèvent à 240 milliards d’euros.

Le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a démenti avoir opposé un veto à ce projet de loi.

«Nous soutenons pleinement l'objectif d'aider les plus vulnérables» et n’opposons pas « un quelconque veto», a annoncé Pierre Moscovici aux journalistes.

L’accord du 20 février entre la Grèce et l’Eurogroupe a vu un compromis être atteint entre les deux parties. La Grèce a obtenu une prolongation du programme actuel de remboursement de dette d’ici à la fin juin.

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Pour le moment, la sortie de la Grèce de la zone euro n’a pas été mentionnée, mais la difficulté de parvenir à un accord soulève la possibilité que des élections ailleurs en Europe dans les mois à venir peuvent provoquer les tentatives d’autres pays tels que l’Espagne de changer la direction des réformes économiques dans la zone euro.

Malgré l’accord du 20 février, la  risque de manquer de liquidités dans quelques semaines alors que le désaccord avec ses créanciers se fait plus grand. Athènes et ses bailleurs internationaux ont commencé les négociations la semaine dernière pour s'entendre sur les détails des réformes du côté grec, mais peu de progrès ont été observés.

Le ministre français des Finances Michel Sapin a déclaré que les gens devaient contrôler leurs paroles et faire tout leur possible pour empêcher que la Grèce sorte de la zone euro.

«La France fera tout pour qu'il n'y ait pas d'accident et, ce que je crois pouvoir dire, c'est que ce que nous allons faire évitera un accident. Mais personne ne peut être catégorique de ce point de vue-là et c'est pour ça qu'il faut que chacun, d'un côté comme de l'autre, maîtrise son langage», a-t-il dit aux législateurs.

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