Frappes américaines ayant tué des milliers de civils : l'US Air Force sommée de faire des efforts

- Avec AFP

Un drone de combat MQ-9 Reaper dans le ciel du Nevada© Haley STEVENS Source: AFP
Un drone de combat MQ-9 Reaper dans le ciel du Nevada, aux Etats-Unis, le 15 juillet 2019 (image d'illustration)
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Confronté à un rapport faisant état de milliers de victimes civiles dans des frappes de l'US Air Force, le secrétaire à la Défense a commandé au Pentagone un plan d'action pour faire de la protection des civils un «impératif stratégique et moral».

Le secrétaire à la Défense des Etats-Unis Lloyd Austin a sommé les militaires de faire plus d'efforts pour éviter les victimes civiles lors de frappes aériennes, après plusieurs bavures meurtrières ayant entaché la réputation de l'armée américaine.

Nous allons [...] reconnaître les dommages infligés aux civils [...] et en incorporer les leçons tirées dans la préparation et l'exécution de futures opérations

Dans un mémo destiné à la chaîne de commandement militaire publié le 27 janvier, Lloyd Austin a déclaré que la protection des civils était un «impératif stratégique et moral». «Nous allons réexaminer la façon dont nous évaluons les incidents qui peuvent avoir causé des dommages aux civils, reconnaître les dommages infligés aux civils [...] et en incorporer les leçons tirées dans la préparation et l'exécution de futures opérations», a-t-il ajouté.

Le secrétaire à la Défense – l'équivalent étasunien du ministre de la Défense – a donné trois mois au Pentagone pour lui remettre un plan d'action afin d'éviter au maximum les victimes civiles, puis trois mois supplémentaires pour élaborer de nouvelles instructions destinées aux opérateurs de drones et à leur chaîne de commandement. Pour rappel, le phénomène a déjà été mis en lumière en 2015 avec la publication par The Intercept des «Drone papers», dont le contenu portait notamment sur le processus d'approbation d'une frappe de drone par l'armée américaine.

Lloyd Austin a en outre annoncé la création d'un «centre d'excellence» pour développer de meilleurs outils capables de réduire les risques pour les civils, et de rassembler sur une base de données unique tous les incidents connus par les divers commandements de l'armée américaine dans le monde, afin d'en tirer les leçons.

Un rapport critiquant notamment la politique de dédommagement des victimes

Ces mesures étaient recommandées par un rapport du centre de réflexion Rand commissionné par le Pentagone à la demande du Congrès. 

Remis en février 2021 au Pentagone mais rendu public le 27 janvier, ce rapport conclut que les divers commandements de l'armée américaine ne partagent pas suffisamment les leçons tirées de leurs bavures et que le ministère américain de la Défense ne dédommage pas les familles des victimes de façon cohérente.

Le Pentagone doit expliquer plus clairement l'objectif de ces paiements

Michael McNerney, l'un des auteurs du rapport, a relevé que l'armée américaine a ainsi accordé beaucoup plus souvent en Afghanistan qu'en Irak des dédommagements ex gratia – c'est-à-dire qu'elle accorde une compensation financière aux familles des victimes sans reconnaître sa responsabilité légale. «Le Pentagone doit expliquer plus clairement l'objectif de ces paiements», a-t-il déclaré à la presse, avant d'interroger : «Sont-ils là pour aider les forces américaines ou les commandants d'unités, comme certains les ont utilisés en Afghanistan, ou devraient-ils servir à reconnaître un tort et à rendre des comptes ?»

Des milliers de victimes civiles, selon plusieurs enquêtes

Ces réformes interviennent après la publication de plusieurs enquêtes du New York Times montrant que les frappes de drones privilégiées depuis 2014 par l'armée américaine dans sa guerre contre les groupes jihadistes en Afghanistan, Irak et Syrie ont fait des milliers de victimes civiles, dont de nombreux enfants.

Le quotidien avait en outre accusé une force spéciale américaine opérant en Syrie – parfois dans le plus grand secret – d'avoir bombardé à trois reprises en mars 2019 un groupe de civils près de Baghouz, le dernier bastion de Daesh en Syrie, tuant 70 personnes dont des femmes et enfants.

La bavure la plus récente de l'armée américaine s'est produite le 27 août à Kaboul, dans les derniers jours du retrait chaotique d’Afghanistan, lorsqu'une frappe de drone a tué par erreur dix civils dont sept enfants.

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