La société française Nexa Technologies mise en examen pour «complicité d'actes de torture»

- Avec AFP

La société française Nexa Technologies mise en examen pour «complicité d'actes de torture»© Michel Euler Source: AP
Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi s'exprime lors d'une conférence de presse organisée à l'Elysée à Paris le 7 décembre 2020.
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Nexa Technologies a été mise en examen pour «complicité d'actes de tortures». La société est accusée d'avoir vendu au pouvoir égyptien du matériel de cybersurveillance qui lui aurait permis de traquer des opposants.

Accusée d'avoir vendu au gouvernement du président Al-Sissi en Egypte du matériel de cybersurveillance  qui lui aurait permis de traquer des opposants, la société française Nexa Technologies avait été mise en examen à Paris en octobre dernier pour «complicité d'actes de torture et de disparitions forcées». Environ quatre mois après les mises en examen de quatre dirigeants et cadres de la PME, la société Nexa a également été mise en examen le 12 octobre, cette fois-ci en tant que personne morale. L'information a été révélée par l'AFP citant une source proche du dossier. Contacté par l'agence de presse, l'avocat de Nexa Technologies, François Zimeray, n'a pas souhaité faire de commentaires. 

Une information judiciaire avait été ouverte en 2017 à la suite d'une plainte de la FIDH et de la LDH déposée avec le soutien du Cairo Institute for Human Rights Studies. Celle-ci s’appuyait sur une enquête du magazine Télérama révélant la vente en 2014 d'«un système d'écoute à 10 millions d'euros pour lutter – officiellement – contre les Frères musulmans», l'opposition islamiste en Egypte. Appelé «Cerebro», ce programme permet de traquer en temps réel les communications électroniques d'une cible, à partir d'une adresse mail ou d'un numéro de téléphone par exemple. Les ONG accusaient ce logiciel d'avoir servi la vague répressive contre les opposants d'Abdel Fatah al-Sissi.

L'enquête menée par le «pôle crimes contre l'humanité» du tribunal judiciaire de Paris doit ainsi notamment déterminer si un lien entre l'utilisation de la surveillance et la répression peut être établi.

Les liaisons dangereuses de Nexa Technologies

Nexa est dirigée par d'anciens responsables d'Amesys, une société de services en ingénierie, visée par une autre information judiciaire ouverte en 2013. La société française est accusée d'avoir vendu à la Lybie de Mouammar Kadhafi entre 2007 et 2011 un logiciel appelé à l'époque «Eagle» – ancêtre de «Cerebro» – et qui aurait servi à arrêter des opposants libyens. Dans cette enquête, la société Amesys et celui qui fut son PDG jusqu'en 2010 ont également été mis en examen en juin dernier.

Par ailleurs, selon une source proche du dossier confirmant une information de Libération, les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH) soupçonnent Nexa d'avoir voulu vendre un système tactique d'interception cellulaire baptisé «Alpha Max» au maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est de la Libye. Dans un rapport de synthèse dont l'AFP a eu connaissance, les enquêteurs indiquent qu'un des dirigeants mis en examen dans le volet égyptien avait reconnu en audition «cette vente entre Nexa et l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar». 

Des documents contractuels entre Advanced Middle East System, autre entité de droit émirati créée en parallèle à Nexa Technologies en 2012, et le ministère libyen des communications et de l'information technologique de Benghazi, ont été saisis en perquisition. La Libye est depuis 2011 sous le coup d'un embargo de l'ONU sur les armes et matériels assimilés et l'Armée nationale libyenne n'est pas reconnue par la communauté internationale.

Pour les enquêteurs, ces faits pourraient relever de l'«association de malfaiteurs en vue de commettre des tortures ou des actes de barbarie» même si pour l'instant, selon une source proche du dossier, le parquet national antiterroriste n'a pas élargi l'information judiciaire à ces faits. Un porte-parole du parquet a expliqué à l'AFP que ce dernier se positionnerait «par rapport à ces infractions au regard des investigations qui sont en cours».

Une «société sœur de Nexa Technologies» en cause ?

Dans un communiqué, Nexa Technologies a démenti avoir «contracté, de quelque façon que ce soit, avec la Libye». Elle a expliqué que c'était Advanced Systems, «société sœur de Nexa Technologies de droit émirati», qui avait signé en septembre 2020 «un contrat d’intermédiation avec plusieurs fabricants européens – sous condition suspensive de l’obtention de toutes les autorisations d’exportation (européennes, américaines et émiraties) – et avec une autre société émiratie pour le ministère des Télécommunications et de l’Information de l’Est de la Libye». 

Un contrat dont la «finalité était "l’antiterrorisme et la lutte contre la criminalité organisée", dans le strict respect des droits de l'Homme», a-t-elle précisé. Mais «les autorisations d'exportation n’ayant pas été délivrées, ce contrat n'a pas pris effet» et l'acompte a été retourné au client, a indiqué Nexa, assurant que «l'ensemble des documents confirmant ces éléments» seraient communiqués à la justice.

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