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«On n’humilie pas les Algériens» : Abdelmadjid Tebboune critique de nouveau Emmanuel Macron

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a éloigné la perspective d'un rapprochement entre Paris et Alger, déclarant notamment : «Aucun Algérien n’accepterait que je reprenne contact avec ceux qui ont formulé ces insultes.»

Dans un entretien réalisé à Alger le 26 octobre et publié par le magazine allemand Der Spiegel le 5 novembre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a affiché son pessimiste quant à un éventuel réchauffement des relations entre la France et l'Algérie. Il a en effet qualifié de «très graves» les propos tenus par Emmanuel Macron questionnant l’existence de la nation algérienne avant la colonisation française, et a souligné qu'il ne serait pas «le premier à faire le pas», sinon il «perd[rait] tous les Algériens».

Nous n’étions pas un peuple de sous-hommes [...] avant que les Français viennent

Selon une traduction proposée par Le Monde, Le président de la République algérienne s'est exprimé en ces termes : «Aucun Algérien n’accepterait que je reprenne contact avec ceux qui ont formulé ces insultes.» «C’est un problème national, ce n’est pas un problème du président de la République», a-t-il précisé, affirmant qu'Emmanuel Macron avait «blessé la dignité des Algériens». «Nous n’étions pas un peuple de sous-hommes, nous n’étions pas des tribus nomades avant que les Français viennent», a-t-il poursuivi.

A la question du Spiegel lui demandant s’il existait une possibilité que la crise bilatérale prenne bientôt fin, Abdelmadjid Tebboune a répondu sans ambages : «Non.» 

Les propos de Macron, reliquat de «la vieille haine coloniale» ?

Le président algérien a ensuite estimé que les propos de son homologue français faisaient «partie de la vieille haine coloniale», tout en admettant qu'Emmanuel Macron était «loin de la haine coloniale». Avant les déclarations du président français, les deux hommes entretenaient de bonnes relations et ont même échangé publiquement des compliments en 2020, comme le rappelle le média algérien TSA.

Il a repris le même discours que tient le journaliste et auteur Eric Zemmour depuis longtemps

Pourquoi ce changement d'attitude de la part d'Emmanuel Macron? «Il l’a dit pour des raisons électoralistes», a analysé Abdelmadjid Tebboune, en affirmant que le chef de l'Etat avait «repris le même discours que tient le journaliste et auteur Eric Zemmour depuis longtemps», à savoir que «l’Algérie n’était pas une nation et que c’est la France qui en a fait une nation ». «Malheureusement, M. Macron s’est placé du côté de ceux qui justifient la colonisation en disant cela», a regretté l'homme d'Etat algérien.

Si les Français veulent aller au Niger ou au Mali, ils vont mettre neuf heures et non plus quatre comme avant

Interrogé sur la réconciliation mémorielle préconisée par le rapport Stora et sur la question d’éventuelles excuses réclamées à la France, Abdelmadjid Tebboune a en outre déclaré que «l’Algérie n’a pas besoin des excuses de M. Macron pour quelque chose qui s’est passé entre 1830 ou 1840, mais d’une pleine et absolue reconnaissance des crimes coloniaux». Selon le président algérien, Emmanuel Macron «reconnaît les faits, il a déjà dit en 2017 que la colonisation était un crime contre l’humanité». «La seule chose que nous voulons, c’est que la France reconnaisse les crimes qu’elle a perpétrés», a lancé celui qui fut ministre de la Défense. 

«On n’a plus à coopérer ensemble», affirme Tebboune

Concernant l'interdiction du survol du territoire algérien par les avions militaires français opérant au Mali, Abdelmadjid Tebboune a fait savoir que la décision était définitive. «Si les Français veulent aller au Niger ou au Mali, ils vont mettre neuf heures et non plus quatre comme avant», a confirmé l'ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika. «Bien sûr, on va toujours rendre possible de rapatrier des blessés, mais sur le reste, on n’a plus à coopérer ensemble [...] Peut-être que c’est simplement fini maintenant», a-t-il conclu.

Le 2 octobre, l'Algérie avait rappelé son ambassadeur à Paris en réaction à des propos d'Emmanuel Macron rapportés dans un article publié par le journal Le Monde. Le président français avait estimé qu'après son indépendance en 1962, l'Algérie s'était construite sur «une rente mémorielle», entretenue par «le système politico-militaire». Emmanuel Macron, qui s'exprimait en recevant des descendants de protagonistes de la guerre d'Algérie, évoquait aussi «une histoire officielle», selon lui, «totalement réécrite [qui] ne s'appuie pas sur des vérités [mais sur] un discours qui repose sur une haine de la France».

Dans son échange, le chef d'Etat français assurait par ailleurs avoir «un bon dialogue avec le président [algérien, Abdelmadjid] Tebboune», ajoutant toutefois : «Je vois qu'il est pris dans un système qui est très dur.» Selon les médias locaux, c'est bien un autre passage des déclarations d'Emmanuel Macron qui a particulièrement provoqué l'ire des autorités algériennes. «Est-ce qu'il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c'est la question», s'était ainsi interrogé le président français, en rappelant qu'il y avait eu «de précédentes colonisations».