Carrefour dans la tourmente au Brésil après la mort d'un homme noir par deux de ses vigiles

- Avec AFP

Carrefour dans la tourmente au Brésil après la mort d'un homme noir par deux de ses vigiles© Guilherme Bittar Source: AFP
Un magasin du groupe Carrefour tagué du mot «racistes» à Curitiba (Brésil) en marge des manifestations suite à la mort d'un homme noir dans un des supermarchés du groupe.

La mort d'un homme noir battu à l’entrée d’un supermarché du groupe de grande distribution Carrefour a entraîné une vague de protestation et de colère aux quatre coins du Brésil qui célébrait le lendemain le Jour de la conscience noire.

La mort, le 19 novembre 2020 au soir, d'un homme noir battu par des agents de sécurité dans un supermarché du groupe Carrefour à Porto Alegre a déclenché une vague d'indignation au Brésil, alors que le pays célèbre tous les 20 novembre la Journée de la conscience noire.

Un millier de manifestants ont défilé dans le centre-ville de São Paulo jusqu'à un magasin du groupe dans le quartier Jardim Paulista. Une partie d'entre eux ont lancé des pierres contre la façade vitrée et envahit l'établissement, détruisant ou incendiant des marchandises, des vitrines et d'autres installations, selon un photographe de l'AFP. «Les mains de Carrefour sont souillées de sang noir», pouvait-on lire sur l'une des banderoles brandies par des manifestants.

A Porto Alegre, où la victime a succombé à la suite des violences d'agents de sécurité, la police a dispersé une manifestation avec des grenades lacrymogènes et assourdissantes, selon la télévision locale. «Carrefour, il peut fermer, il a tué notre frère, ça ne peut plus continuer !», scandaient des dizaines de jeunes portant des banderoles et des masques avec le slogan «Black Lives Matter».

Le PDG de Carrefour réagit sur Twitter

Des manifestations ont également eu lieu à Brasilia, Belo Horizonte et Rio de Janeiro, où un groupe a empêché des clients d'arriver aux caisses. Le drame, qui a indigné le pays, a été médiatisé par une vidéo enregistrée par un témoin, diffusée par les médias et sur les réseaux sociaux. Elle montre le moment où João Alberto Silveira Freitas, 40 ans, est maintenu au sol et frappé de multiples coups de poing au visage par un des agents.

Sur d'autres images, on peut voir les secours qui effectuent un massage cardiaque à l'homme allongé devant l'entrée du supermarché. Selon la police, la victime aurait menacé un employé du supermarché avant d'être frappée à mort par les vigiles. Les deux hommes ont depuis été arrêtés.

L'un d'eux est un policier militaire qui travaille pour une compagnie de sécurité privée en dehors de ses heures de service. Un ami de la victime, témoin du passage à tabac, a déclaré au portail d'informations G1 que Silveira Freitas «a crié qu'il ne pouvait plus respirer» lors du drame. Une phrase qui évoque le décès de George Floyd, l'afro-américain étouffé à mort par la police en mai à Minneapolis aux Etats-Unis, déclenchant des mobilisations massives dans tout le pays et dans le monde. La filiale brésilienne du groupe Carrefour a regretté la «mort brutale» du client de l'enseigne et a déclaré qu'elle prendrait «les mesures appropriées pour tenir responsables les personnes impliquées dans cette affaire criminelle».

Dans une série de tweets en portugais, le patron français de Carrefour, Alexandre Bompard, a exprimé ses condoléances après cet «acte horrible» et estimé que les images postées sur les réseaux sociaux étaient «insupportables». «Des mesures internes ont immédiatement été prises par le groupe Carrefour Brésil, principalement au sujet de l'entreprise de sécurité sous contrat. Ces mesures sont insuffisantes. Mes valeurs et les valeurs de Carrefour ne concordent pas avec le racisme et la violence», a-t-il indiqué sur le réseau social.

Le PDG de Carrefour a également demandé «une revue complète des actions de formation des salariés et des sous-traitants en matière de sécurité, de respect de la diversité et des valeurs de respect et de refus de l'intolérance».

En revanche, le vice-président brésilien, Hamilton Mourão, a assuré qu'il ne s'agissait pas d'un acte raciste, tout en qualifiant de «regrettable» le meurtre perpétré, selon lui, par «un agent de sécurité non préparé à l'activité». «Pour moi, au Brésil, il n'y a pas de racisme. C'est quelque chose qu'ils veulent importer ici au Brésil. Cela n'existe pas ici», a déclaré ce général à la retraite dans des propos rapportés par l'AFP.

En tant que président, je suis daltonien

Pour sa part, le président Jair Bolsonaro, sans mentionner la mort de Silveira Freitas, a affirmé sur Twitter que les problèmes du pays «vont au-delà des questions raciales» et que le «grand mal» du Brésil reste «la corruption morale, sociale et politique». «En tant que président, je suis daltonien : ils sont tous de la même couleur. Il n'y a pas de meilleure couleur de peau que les autres. Il y a des hommes bons et des hommes mauvais», a clamé le président conservateur.

Au Brésil, le dernier pays des Amériques à avoir aboli l'esclavage en 1888, plus de la moitié des 212 millions d'habitants sont noirs ou métis. Selon l'Atlas de la violence paru en août dernier, le nombre des meurtres de noirs a augmenté de 11,5% entre 2008 et 2018.

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