Haut-Karabagh : en France, l'Azerbaïdjan hausse le ton

Haut-Karabagh : en France, l'Azerbaïdjan hausse le ton© LUDOVIC MARIN / AFP Source: AFP
Emmanuel Macron avec Ilham Aliyev, le président d'Azerbaïdjan le 20 juillet 2018

Alors qu'un accord a mis fin aux combats dans le Haut-Karabagh, Bakou entend bien remporter la bataille du récit. Ces derniers jours, son ambassade en France, où réside une importante communauté arménienne, multiplie les accusations de partialité.

Le 13 novembre dernier, au micro de Beur FM, l'ambassadeur d'Azerbaïdjan à Paris Rahman Mustafayevaccusait la France d'entretenir un parti pris pour l'Arménie dans le cadre du conflit dans le Haut-Karabagh. A la suite de cette prise de position forte et de deux récents communiqués de presse, l'ambassade multiplie les initiatives visant à contrer un récit qu'elle dénonce comme pro-arménien chez certains politiques et médias français.

Le premier de ces communiqués, à destination des journalistes français, les interpelle afin qu'ils cessent d'utiliser les appellations arméniennes au profit des noms azerbaïdjanais des villes, villages et régions que le pays considère «avoir libérées». Un texte dénoncé par le journaliste du Figaro Jean-Christophe Buisson. Celui-ci, très engagé dans le soutien à la cause arménienne, assure que lui et son journal ne respecteront «pas leur demande».

Le quotidien a d'ailleurs fait l'objet de critiques virulentes par l'ambassadeur dans le mensuel Causeur. Pour le diplomate, «Le Figaro donne le champ libre à l’expression d’une seule et unique opinion, celle des Arméniens» et lui aurait même refusé la publication d'une tribune. 

Le Sénat et le Conseil de Paris appellent à la reconnaissance du Haut-Karabagh

Dans son deuxième communiqué, l'ambassade faisait part de sa vive opposition au vote par le Conseil de Paris, présidé par Anne Hidalgo, d'un appel à la reconnaissance par le gouvernement français du Haut-Karabagh. Après l'adoption de ce vœu ce 18 novembre, la maire de Paris s'est félicitée sur Twitter : «Le Conseil de Paris a voté plusieurs mesures venant en aide aux Arméniens du Haut-Karabagh, terriblement éprouvés après des semaines de conflit, en formant le vœu que la République d'Artsakh soit reconnue. Une aide supplémentaire de 50 000 € sera versée via le Fonds arménien de France.»

D'autres initiatives similaires pourraient voir le jour très prochainement puisque le Sénat va voter ce 19 novembre sur un projet de résolution non-contraignante sur le Haut-Karabagh, co-signé par les deux principales composantes de la majorité sénatoriale de droite et les trois groupes de gauche, demandant notamment au gouvernement «la reconnaissance de la République du Haut-Karabagh».

Pour l'ambassade d'Azerbaïdjan, le vœu formulé par le Conseil de la capitale française «est contraire aux engagements internationaux, européens, bilatéraux et au Droit national et international». Une tribune des Azerbaidjanais de France, publiée par Médiapart, évoque même à ce propos un «vœu illégal, partisan, inconstitutionnel et surtout flattant les plus bas instincts nationalistes arméniens» ainsi qu'une «hystérie anti-azerbaïdjanaise».

La «neutralité française» mise à mal, selon Bakou

Dès le 8 novembre auprès de l'agence de presse turque AA, l'ambassadeur azerbaïdjanais avait déjà critiqué ce qu'il considère comme une campagne menée par certains parlementaires français pour que l'Arménie obtienne le soutien de l'Etat français : «Ceci montre une fois de plus que la rhétorique officielle de "neutralité française" ne correspond pas aux actions réelles de la diplomatie française. Les députés de la coalition au pouvoir LREM et MODEM [...] sont en fait engagés dans des activités hostiles à l'Azerbaïdjan, qui sont contraires aux engagements internationaux et bilatéraux de la France.»

Des tentatives de la diplomatie azerbaidjanaise à Paris qui montrent que la bataille du récit quant à ce conflit aux multiples ramifications se joue également en France, où réside une importante communauté arménienne, estimée à environ 600 000 personnes dans tout le pays. Ainsi, ces dernières semaines, de multiples rassemblements et manifestations de la communauté arménienne ont eu lieu dans le pays afin notamment de protester contre les bombardements de Bakou et de réclamer l'indépendance de la région. Ankara soutenant l'Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabagh, des heurts ont parfois éclaté avec des membres de la communauté turque en France. Cette dernière s'est en effet également mobilisée, allant parfois jusqu'à mener des expéditions punitives et à proclamer des appels à la violences contre les Arméniens de France, comme le 28 octobre en région lyonnaise.

Le 17 novembre, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a salué l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu conclu entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, qui s'est traduit par l'arrêt des combats dans le Haut-Karabagh. «Ce cessez-le-feu là était indispensable pour sauver des milliers de vie [...]. Mais il y a des ambiguïtés», avait nuancé le chef de la diplomatie française à l'Assemblée nationale. «Il faut lever les ambiguïtés sur les réfugiés, sur la délimitation du cessez-le-feu, sur la présence de la Turquie, sur le retour des combattants [étrangers], sur le début de la négociation sur le statut du Haut-Karabagh», avait-il poursuivi avant de préciser que ces points seraient abordés lors d'une réunion des coprésidents du groupe de médiateurs dit de Minsk (France, Russie et Etats-Unis) le 18 novembre à Moscou.

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