Présidentielle américaine : l'enthousiasme en faveur de Donald Trump, un élément clé ?

Présidentielle américaine : l'enthousiasme en faveur de Donald Trump, un élément clé ?© JONATHAN ERNST Source: Reuters
Le président américain Donald Trump lors d'un meeting à Sanford en Floride, le 12 octobre 2020.

Aux foules massives à chaque meeting de Donald Trump répondent les rassemblements minimalistes de Joe Biden qui plaide les précautions sanitaires. Mais l'enthousiasme des pro-Trump suffira-t-il à lui faire remporter le scrutin ?

A moins d'un mois du scrutin, comment prendre le pouls de la campagne des candidats, et déterminer celui qui a le plus de chances de l'emporter ? Si l'ancien vice-président démocrate Joe Biden dispose d'une avance considérable dans les sondages, la fiabilité de ces derniers, comme en 2016, pose question à plusieurs égards.

Il est donc intéressant de se pencher sur d'autres indicateurs, en premier lieu desquels l'enthousiasme que suscitent les candidats. Pour s'en faire une idée, les républicains insistent sur une donnée quantifiable : l'affluence aux meetings respectifs des deux candidats.

Il faut dire qu'à ce jeu, le président Donald Trump sort vainqueur par K.O. Depuis le début de la campagne, chacun de ses meetings est un succès populaire indéniable, drainant des foules considérables. Dernier exemple en date, le rassemblement du locataire de la Maison Blanche à Sanford en Floride le 12 octobre, quelques jours après avoir été guéri du Covid-19.

A titre de comparaison, les meetings de son adversaire Joe Biden sont nettement plus minimalistes... et ses adversaires ne manquent pas de le souligner. Pour son premier rassemblement en compagnie de sa colistière Kamala Harris le 8 octobre à Phoenix dans l'Arizona, une journaliste de la branche locale de la chaîne conservatrice Fox News constatait, images à l'appui : «Il n'y a pas grand chose à voir ici. C'est assez ennuyeux, ce n'est pas un événement de campagne classique. Nous ne voyons pas de gens faire campagne à l’extérieur. Nous ne voyons pas de signes, ou pas grand-chose de ce qui se passe.»

Ces faibles affluences sont une constante depuis des mois pour le candidat démocrate, comme en témoigne son dernier déplacement, le 12 octobre dans l'Ohio. A cette occasion, quelques supporters de Donald Trump parviendront même à couvrir l'intervention de Joe Biden par des chants en faveur du président américain.

Néanmoins, pour les démocrates, cet indicateur n'a qu'une valeur relative. Le parti explique en effet qu'il s'agit d'une volonté de Joe Biden de ne participer à aucun grand rassemblement, mettant en avant la nécessité de respecter les consignes des autorités sanitaires. Selon un membre de l'équipe de campagne de Joe Biden, ni l'heure ni le lieu exact n'ont par exemple été annoncés lors de son rassemblement à Phoenix.

L'ancien vice-président avait d'ailleurs fait part de ses intentions en juin dernier : «Je vais suivre les consignes du médecin, pas juste pour moi mais pour le pays. Et cela veut dire que je ne vais pas organiser de meetings.» Menant essentiellement campagne depuis chez lui, il a ensuite opté pour une stratégie différente du chef d'Etat en organisant des rencontres en présence de quelques personnes seulement. Selon le parti démocrate, les écarts d'affluence entre les événements organisés par les deux candidats ne seraient donc pas un indicateur de leur popularité mais refléteraient simplement leurs approches différentes sur la façon de mener campagne pendant une épidémie.

Les républicains, quant à eux, Donald Trump en tête, y voient un indicateur réel de la dynamique des deux campagnes. «Presque personne n'est venu au "meeting" de Joe Biden l'endormi dans l'Ohio. Les articles de presse et les sondages sont une arnaque des médias : des fausses nouvelles. Nous avons même plus de soutien et d'enthousiasme qu'en 2016», a ainsi jugé le chef d'Etat sur Twitter, ajoutant dans un autre message, que c'était l'enthousiasme qui faisait gagner les élections.

Résultats «historiques» de Trump aux primaires

Il n'en demeure pas moins que le déficit d'enthousiasme de Joe Biden se retrouverait... dans les sondages. D'après une étude menée par Associated Press en juillet dernier, 42% des partisans de Donald Trump se disaient excités à l'approche de l'élection, contre 31% pour les supporters du candidat démocrate. Plus inquiétant encore pour ce dernier, selon un sondage réalisé la Harvard Kennedy School Institute of Politics en septembre, 56% des partisans de Donald Trump affirmait être «très enthousiastes» à l'idée de voter pour lui, un état d'esprit qui ne se retrouvait que chez 35% des supporters de Joe Biden.

A cela une explication simple : contrairement à Donald Trump, qui est parvenu à rassembler le parti républicain derrière lui, Joe Biden est un candidat de consensus pour les démocrates. L'aile gauche de son parti a soutenu pendant la primaire Bernie Sanders, dont les idées sont très éloignées de celles de l'ancien vice-président sur certaines problématiques, et se range donc derrière ce dernier à contrecœur.

Au-delà des sondages, dont les résultats sont toujours à analyser avec un certain recul, une autre donnée tend à montrer que l'enthousiasme dont bénéficie le chef d'Etat est bien réel. Lors des primaires républicaines, alors que Donald Trump n'avait virtuellement pas d'adversaire en sa qualité de président sortant, les électeurs se sont malgré tout déplacés en masse pour lui apporter leur soutien. Le locataire de la Maison Blanche a ainsi obtenu plus de votes que Barack Obama lorsque celui était dans la même situation en 2012. Dans l'Etat clé du Michigan par exemple, avec près de 640 000 votes, Donald Trump fait plus de trois fois mieux que l'ancien président démocrate (174 000 votes), avant sa réélection quelques mois plus tard. Des chiffres «historiques» que l'on retrouve dans de nombreux autres Etats, note le site spécialisé Politico pour lequel cette participation massive reflète «l'enthousiasme organique des conservateurs» pour Donald Trump.

En tout état de cause, cette donnée semble avoir été intégrée aussi bien par les républicains que par les démocrates. A la seule différence qu'ils en tirent une analyse diamétralement opposée : quand les républicains en font le facteur le plus important de la campagne, les démocrates tentent d'en minimiser la portée.

Peut-être parce qu'ils disposent d'un autre atout dans leur manche : si Joe Biden ne fait pas lever les foules dans son camp, les électeurs démocrates se disent en revanche motivés à faire barrage à la personnalité clivante de Donald Trump. Selon un sondage de l'institut YouGov, 35% disent ainsi vouloir voter pour Joe Biden, alors que 62% affirment vouloir voter contre le locataire de la Maison Blanche. Suffisant pour contrer l'enthousiasme débordant des supporters de Donald Trump ? Réponse le 3 novembre prochain.

Frédéric Aigouy

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