Censurés par Twitter, les conservateurs américains lancent un mouvement pour changer de plateforme

Censurés par Twitter, les conservateurs américains lancent un mouvement pour changer de plateforme© Pool New Source: Reuters
Le sénateur républicain Ted Cruz.

Dénonçant la censure de Twitter, et plus largement des Big tech, qui «façonnent ce que les Américains voient, entendent, et [donc] pensent», de proéminents conservateurs appellent à rejoindre Parler, réseau social qui défend la liberté d'expression.

Le réseau social Twitter va-t-il devenir un entre-soi de la gauche aux Etats-Unis ? Une plateforme où le débat entre des idéologies différentes n'existerait plus vraiment, faute de présence des représentants de l'une d'elle ? Encore impensable il y a quelques mois, l'hypothèse est en train de prendre de l'ampleur : plusieurs têtes d'affiche du camp conservateur américain ont en effet lancé sur Twitter un mouvement – qui s'est répandu comme une traînée de poudre – exhortant les utilisateurs à migrer vers le réseau social Parler, qui a fait de la liberté d'expression sa valeur cardinale.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la suspension définitive par Twitter du compte de Carpe Donktum, le pourvoyeur de mème favori du président américain. Le réseau social lui reproche d'avoir enfreint ses conditions d'utilisation concernant la propriété intellectuelle, en diffusant un montage vidéo.

Dans celui-ci, un jeune enfant blanc court après un jeune enfant noir dans une rue. Reprenant un bandeau de la chaîne d’information CNN, Carpe Donktum avait écrit «un bambin terrifié fuit un bébé raciste». Un mème à l'humour acéré rapidement devenu viral, retweeté par Donald Trump lui-même, et presque aussi rapidement supprimé par Twitter, qui a donc quelques jours plus tard banni Carpe Donktum.

Censurés par Twitter, les conservateurs américains lancent un mouvement pour changer de plateforme© Capture d'écran Twitter@realDonaldTrump

«Ils ont une capacité inégalée de façonner ce que les Américains pensent»

Après avoir courbé l'échine relativement docilement pendant des mois, subissant sans vraiment se défendre la censure de Twitter qui touche désormais régulièrement Donald Trump, de proéminents conservateurs américains ont donc finalement décidé de dire stop. Dans un message qui approche le million de vues, le sénateur républicain Ted Cruz a contre-attaqué en appelant les utilisateurs de Twitter à rejoindre la plateforme concurrente Parler, qui «comprend ce que signifie la liberté d'expression».

«[Les Big tech] sont dirigées par des milliardaires de gauche de la Silicon Valley. Ils ont une capacité inégalée de façonner ce que les Américains voient, entendent, et en fin de compte pensent. Ils utilisent ce pouvoir pour faire taire les conservateurs et promouvoir leur idéologie radicale de gauche», explique-t-il, soulignant que ces entreprises sont sont «hors de contrôle» et «menacent non seulement [la] liberté d'expression, mais aussi [l']élection et [la] démocratie.»

Dans le sillage du sénateur, l'influent membre du Congrès Devin Nunes, ou encore les très populaires commentateurs politiques Dan Bongino (qui a précisé détenir des parts dans l'entreprise) et Jesse Kelly ont également annoncé avoir rejoint Parler. D'après le média américain Mediaite, le réseau social a vu 500 000 nouveaux utilisateurs affluer sur sa plateforme depuis ces annonces, portant son total à 1,5 million. Des chiffres encore évidemment loin de ceux de Twitter, qui revendique 320 millions d'utilisateurs actifs. Mais le mouvement est lancé, et la création d'un espace de discussion publique parallèle aux Big Tech semble désormais inéluctable.

Parler est d'ailleurs loin d'être le seul réseau social à avoir vu le jour en réponse aux pratiques des géants de l'internet. En 2019, Bill Ottman, le patron de Minds, une autre plateforme qui mise sur la liberté d'expression, expliquait à RT France pourquoi : «Les Big tech ont perdu la confiance de la planète. Les algorithmes restrictifs, le secret, la surveillance, la démonétisation [consistant à priver de revenus les chaînes YouTube jugées politiquement incorrectes], la censure et la centralisation excessive infectent le Web. [...] Nous pensons que les libertés d'expression et d'opinion sont essentielles à l'humanité et que ces libertés doivent s'étendre à tout le spectre idéologique, plutôt qu'à ceux dont les idées sont considérées comme "conformes à la norme".»

Frédéric Aigouy

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