Un diplomate saoudien mis en cause par le FBI dans les attentats du 11 septembre

Un diplomate saoudien mis en cause par le FBI dans les attentats du 11 septembre© Henry Ray Abrams Source: AFP
Cliché pris le 11 septembre 2001, lors de l'attentat mené contre le World Trade Center, à New York (image d'illustration).

Après avoir commis une erreur dans la déclassification d'un document sur le rôle des Saoudiens dans les attentats de 2001, le FBI a révélé le nom d'un diplomate du royaume : Mussaed al-Jarrah. Il est soupçonné d'avoir aidé plusieurs pirates de l'air.

Presque vingt ans après le drame, la nouvelle pourrait totalement relancer les différentes enquêtes à propos des attentats menés sur le sol américain le 11 septembre 2001. En effet, nos confrères de Yahoo News outre-Atlantique ont révélé le 13 mai le nom d’un diplomate saoudien suspecté d’avoir apporté son soutien à deux des pirates de l’air de ce funeste mardi : Mussaed Ahmad al-Jarrah.

Fonctionnaire du ministère saoudien des Affaires étrangères, affecté à l’ambassade du Royaume aux Etats-Unis entre 1999 et 2000, l’homme est mis en cause dans une déposition devant la Cour fédérale, sous serment, et datée du 13 avril, de Jill Sanborn, directrice adjointe de la division antiterroriste du FBI.

Cette révélation intervient alors que des familles de victimes mènent un combat acharné contre l’administration américaine afin de déclassifier des documents prouvant, selon elles, le rôle de soutien du Royaume wahhabite aux pirates de l’air, membres de l'organisation terroriste al-Qaïda, dont 15 sur 19 étaient saoudiens.

Une gaffe du FBI

Repéré par un journaliste de Yahoo News, le nom d’al-Jarrah n’aurait jamais dû apparaître dans la version déclassifiée de la déclaration. Systématiquement caviardée, l’identité du Saoudien n’est révélée qu’à un seul endroit, à la page 7, sans doute un oubli des avocats de Jill Sanborn.

Evoquant un rapport d'enquête partiellement déclassifiée du FBI datant de 2012 sur les liens entre Fahad al-Thumairy, employé du ministère des Affaires islamiques, Omar al-Bayouni, soupçonné en 2003 par le FBI d’avoir été un «possible» agent «du gouvernement saoudien», et deux des pirates de l’air, Khalid al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, la haute fonctionnaire américaine a dévoilé l’identité du troisième homme cité dans le document de l’époque.

«Tous les documents [dont le rapport de 2012] faisant référence à la ou les personnes(s) ayant "chargé al-Thumairy et al-Bayoumi d’assister les pirates de l’air" […] se réfèrent à [Mussaed Ahmad al-]Jarrah», a-t-elle fait savoir devant la cour.

«Cela montre qu’il y a une dissimulation complète par le gouvernement de l’implication saoudienne», a de son côté réagi Brett Eagleson, un porte-parole des familles du 11 septembre dont le père est décédé dans les attentats, auprès de Yahoo News, ajoutant : «Cela montre qu’il y avait une hiérarchie de commandement établie depuis l’ambassade saoudienne vers le ministère des Affaires islamiques [à Los Angeles] puis vers les pirates de l’air.»

L’Arabie saoudite toujours soupçonnée par les familles de victimes

Si ni le FBI, ni le département américain, ni aucun officiel saoudien n’ont souhaité faire de commentaire, ce n’est toutefois pas la première fois que le nom d’al-Jarrah apparaît dans l’enquête. Dans une précédente déposition devant la Cour fédérale de Catherine Hunt, ancienne agent du FBI basée à Los Angeles, datée du 26 septembre 2018, elle expliquait : «En 1999-2000, al-Jarrah […] était responsable des affectations au sein du ministère des Affaires islamiques […] Le FBI croit que al-Jarrah "soutenait" [...] al-Thumairy durant l’enquête sur le 11 septembre.»

Ces liens entre des officiels du royaume wahhabite et les terroristes responsables de la mort de 2 977 personnes sont de plus en plus récurrents. Dans une déclaration devant la Cour fédérale datée du 15 septembre 2017, Stephen Moore, ancien agent du FBI venant en aide aux familles de victimes, avait clairement mis en cause l’Arabie Saoudite : «Après avoir recueilli des preuves durant notre enquête, j’ai conclu que le corps diplomatique et les services de renseignement du Royaume d’Arabie saoudite a sciemment apporté un support matériel aux deux pirates de l’air du 11 septembre et ainsi préparé le terrain. Mes collègues en sont également parvenus à la même conclusion.»

En janvier dernier, le New York Times et ProPublica avaient rendu publique l’existence d’une enquête menée par les services de renseignement américain, baptisée «Operation Encore», qui visait les activités des deux pirates de l’air mais également leurs liens avec al-Thumairy, al-Bayoumi et d’autres complices présumés. D’après Stephen Moore, al-Thumairy «était le premier point de contact pour Hazmi et Mihdhar à Los Angeles».

Un ancien officiel du FBI désirant conserver l’anonymat fait valoir auprès de Yahoo News qu’à l’époque, l’administration n’avait «pas assez de preuves» pour arrêter le petit groupe de terroristes.

La bataille des familles contre l’administration

Si des informations continuent d'être déclassifiées, c’est principalement grâce à l’abnégation des familles de victimes, qui mènent une lutte de chaque instant contre l’administration américaine. Le 11 septembre dernier, alors qu’il se trouvait à la Maison Blanche, Brett Eagleson explique, cité par Yahoo News, avoir dit au président Donald Trump : «S’il vous plait Monsieur le Président, aidez-nous, déclassifiez les documents. Notre gouvernement couvre le rôle des Saoudiens.»

Une demande qui aurait été exhaussée puisque le lendemain, le département de la Justice avait révélé aux familles le nom de Mussaed Ahmad al-Jarrah, à la condition qu’elles ne le divulguent pas. Elles n’en auront pas eu besoin.

Ironie du sort, la déposition de Jill Sanborn devait avoir pour but d’abonder dans le sens du procureur général William Barr, qui a plusieurs fois invoqué des «secrets d’Etat» qui pourraient «nuire à la sécurité nationale» afin de ne pas déclassifier les documents en question.

Selon lui, la divulgation de telles informations révélerait des sources de renseignement ainsi que les méthodes de collecte de données employées par l’agence américaine.

De son côté l'Arabie saoudite a toujours clamé son innocence, assurant n'être en aucun cas liée aux attentats du 11 septembre.

Si ce nouvel élément devait donc aider ceux qui cherchent encore à faire toute la lumière sur cet événement tragique, qui a participé à redéfinir la dynamique des relations internationales au début du XXIème siècle, il pourrait tendre encore plus les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés historiques saoudiens.

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