«Les ennemis d’Assad pourraient être dépeints comme des opposants, mais il combat des terroristes»

A la veille de la 70ème Assemblée Générale de l'ONU, Vladimir Poutine a accordé une interview au journaliste américain Charlie Rose pour les chaînes CBS et PBS. RT publie sa première partie où le président russe expose son avis sur la Syrie et Daesh.

Ch. Rose : Vous allez prendre la parole à l’ONU pour la première fois depuis de nombreuses années. Qu’allez vous dire à l’ONU, aux États-Unis et au monde entier ?

V. Poutine : Comme notre interview sera diffusée juste avant mon discours, je pense qu’il serait inopportun d’exposer aujourd’hui tout ce que je prévois de  dire.

Mais dans les grandes lignes, bien sûr, je rappellerai l’histoire de l’Organisation des Nations Unies. Je peux déjà vous dire que la décision de créer l’ONU a été prise justement dans notre pays, en Union Soviétique lors de la conférence de Yalta. L’Union Soviétique et la Russie en tant que successeur de l’Union Soviétique, est donc un pays fondateur de l’Organisation des Nations Unies et membre permanent du Conseil de sécurité.

L’ONU doit s’adapter à un monde en mutation

Bien sûr, il sera nécessaire d’évoquer le présent, de parler des développements de la situation internationale et de rappeler que l’ONU reste l’unique organisation internationale universelle appelée à maintenir la paix partout dans le monde. Et dans ce domaine, il n’y a aujourd’hui aucune alternative.

Il est également certain que l’ONU doit s’adapter à un monde en mutation; nous en discutons en permanence. Comment l’Organisation doit-elle changer, à quel rythme et qu’est-ce qui doit être amélioré.

Bien sûr, il faudra dire et pas seulement dire, mais surtout utiliser cette tribune internationale pour présenter la vision russe des relations internationales d’aujourd’hui, ainsi que du futur de cette organisation et de celui de la communauté internationale.

La présence russe en Syrie se présente aujourd’hui sous forme de livraisons d’armes au gouvernement syrien, de formations effectuées auprès de son personnel et d’aide humanitaire au peuple syrien

Ch. Rose : On s’attend à ce que vous parliez de la menace que constitue Daesh et de la présence russe en Syrie, car ces deux choses sont liées. Quel est le but de votre présence en Syrie et son rapport avec la lutte contre Daesh ?

V. Poutine : Je pense, je suis même certain, que presque tous ceux qui prendront la parole à l’ONU vont parler de la nécessité de lutter contre le terrorisme. Et moi, je ne pourrai pas m’abstenir d’évoquer ce sujet. C’est naturel, car il s’agit d’une menace très sérieuse pour nous tous et c’est un défi pour tout le monde.

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Actuellement le terrorisme menace un grand nombre d’États et beaucoup de gens en souffrent ; des centaines de milliers, des millions de personnes. Et nous avons tous un objectif : mettre fin à ce mal commun.

En ce qui concerne la présence russe en Syrie, comme vous dites, elle se présente aujourd’hui sous forme de livraisons d’armes au gouvernement syrien, de formations effectuées auprès de son personnel et d’aide humanitaire au peuple syrien.

D’après l’interprétation de certains de nos partenaires internationaux, c’est une opposition qui lutte contre Bachar el-Assad. Mais en vérité, réellement, l’armée d’Assad se bat contre des organisations terroristes

Nous nous basons sur ce qui dit la Charte des Nations Unies, c’est-à-dire les principes fondamentaux du droit international contemporain, selon lesquels une aide, quelle que soit la forme qu’elle prend, y compris une aide militaire, peut et doit être effectuée uniquement au profit de gouvernements légitimes des pays, avec leur accord, ou à leur demande, ou bien sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU.

En ce moment, il s’agit d’une demande d’aide militaire et technique, formulée par le gouvernement syrien. Et nous fournissons cette aide dans le cadre de contrats internationaux tout-à-fait légaux.

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Ch. Rose : Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a dit qu’il saluait votre soutien concernant la lutte contre Daesh. Mais d’autres considèrent qu’il s’agit d’avions de guerre et de systèmes de missiles anti-aériens qui sont utilisés contre l’armée régulière et non contre des extrémistes.

V. Poutine : Il n’y a qu’une seule armée régulière et légitime là-bas, celle du président syrien Bachar el-Assad. D’après l’interprétation de certains de nos partenaires internationaux, c’est une opposition qui lutte contre lui. Mais en vérité, réellement, l’armée d’Assad se bat contre des organisations terroristes. Vous devez être mieux au courant que moi des auditions qui ont eu lieu au Sénat américain, si je ne me trompe pas, pendant lesquelles des militaires du Pentagone ont présenté le bilan de leur activité devant les sénateurs, liée à la préparation des unités armées de l’opposition.

Le but était tout d’abord de préparer 5 000 ou 6 000 combattants, puis 12 000. En fin de compte, on n’a formé que 60 personnes et quatre ou cinq seulement sont armées et combattent, alors que les autres ont tout simplement rejoint Daesh avec des armes américaines. Ça c’est la première chose.

Nous proposons une coopération aux pays de la région, nous essayons de mettre en place une structure de coordination. J’en ai personnellement informé le président de la Turquie, le roi de Jordanie et l’Arabie Saoudite

Deuxièmement, à mon avis, le fait de fournir une aide militaire à des structures non-légitimes ne répond ni aux principes du droit international contemporain ni à la Charte de l’ONU. Nous soutenons uniquement les structures gouvernementales légales.

Par conséquent, nous proposons une coopération aux pays de la région, nous essayons de mettre en place une structure de coordination. J’en ai personnellement informé le président de la Turquie, le roi de Jordanie et l’Arabie Saoudite. Nous en avons également informé les États-Unis et monsieur Kerry, dont vous avez cité le nom, a eu une conversation circonstanciée avec monsieur Lavrov, notre ministre des Affaires étrangères. Les militaires russes et américains sont également en contact et discutent de ce sujet. Nous serons ravis de trouver une plate-forme commune pour des actions coordonnées contre les terroristes.

Ch. Rose : Vous êtes prêts à rejoindre les États-Unis dans leur lutte contre Daesh et c’est pour cela que vous êtes présents en Syrie ? D’autres pensent que votre but est en partie de maintenir au pouvoir l’administration d’Assad, car il est en train de perdre du terrain et que la guerre prend un tournant défavorable pour son gouvernement. Est-ce que le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir est le but de la présence russe en Syrie ?

V. Poutine : C’est juste, c’est bien le cas. J’ai déjà dit deux fois pendant notre conversation, et je peux le répéter à nouveau, que nous accordons un soutien au pouvoir légitime de la Syrie. De plus, je suis profondément convaincu qu’en agissant dans un autre sens, celui de la destruction du pouvoir légitime, nous pouvons provoquer une situation similaire à celle qu’on observe actuellement dans d’autres pays de la région, ou dans d’autres régions du monde, en Libye par exemple, où toutes les institutions étatiques se sont désintégrées.

Seul le peuple syrien est en droit de décider dans son pays, qui et comment, selon quels principes, doit diriger le pays

Malheureusement, on observe la même situation en Irak. Il n’y a pas d’autre solution au problème syrien que celle du renforcement des structures étatiques légales existantes en les aidant à combattre le terrorisme, ce qui doit, bien sûr, être accompagné d’un encouragement au dialogue positif avec la partie non-radicalisée de l’opposition et à l’application de réformes politiques.

Ch. Rose : Comme vous le savez, certains membres de la coalition veulent d’abord qu’Assad renonce au pouvoir. Et c’est seulement après qu’ils seront prêts à soutenir le Gouvernement.

V. Poutine : Je leur conseillerais ou recommanderais d’adresser cette suggestion au peuple syrien et non au président Assad lui-même. Seul le peuple syrien est en droit de décider dans son pays, qui et comment, selon quels principes, doit diriger le pays.

Ch. Rose : Vous soutenez le président Assad. Et est-ce que vous soutenez ce qu’il fait en Syrie et ce qui se passe avec ces Syriens, ces millions de réfugiés, ces centaines de milliers de personnes qui sont mortes et dont une grande partie a été tuée par ses gens ?

V. Poutine : Et à votre avis, ils ont raison, ceux qui soutiennent l’opposition armée et surtout les organisations terroristes dans le seul but de renverser Assad sans se préoccuper du sort de ce pays après la destruction totale de toutes les institutions étatiques dans ce pays ?

Vous dites sans cesse, avec une persévérance qui pourrait être mieux utilisée, que l’armée syrienne se bat contre son propre peuple. Mais regardez qui contrôle 60% du territoire syrien ! Où est cette opposition modérée ? 60% du territoire syrien est contrôlé soit par Daesh, soit par d’autres organisations terroristes, telles que le Front al-Nosra ou d’autres encore, reconnues comme organisations terroristes par les États-Unis entre autres États, ainsi que par l’ONU.

Ch. Rose : Etes-vous prêts à envoyer des troupes russes en Syrie si dans le cadre de la lutte contre Daesh cela se révèle nécessaire ?

V. Poutine : La Russie ne participera à aucune opération militaire sur le territoire de la Syrie ou sur celui d’autres États. En tout cas, nous ne l’envisageons pas aujourd’hui. Mais nous songeons aux possibilités d’intensification de notre travail avec le président Assad et avec nos partenaires d’autres pays.

Ch. Rose : Que faut-il faire encore ? Comme vous savez, beaucoup de gens pensent que ce que fait Assad fait le jeu de Daesh et que ce traitement horrible que le régime réserve au peuple syrien, avec tous ces bombardements et autres actions malfaisantes n’est rien d’autre qu’une aide à l’Etat islamique. Par conséquent, si Bachar el-Assad part, il y aura une période transitoire, qui aidera à lutter contre Daesh.

V. Poutine : En employant le langage des services secrets, je peux dire qu’une telle connotation n’est rien d’autre qu’une initiative active des ennemis d’Assad. C’est de la propagande anti-syrienne.

Ch. Rose : C’est très vaste comme expression. De plus, cela peut signifier que la Russie va faire de nouveaux efforts pour récupérer le leadership au Proche-Orient et que cela représente votre nouvelle stratégie. Est-ce vrai ?

V. Poutine : Non, on a déjà parlé des faits qui nous poussent à accorder un soutien de plus en plus important au gouvernement Assad et à réfléchir aux perspectives de la région.

La Russie ne participera à aucune opération militaire sur le territoire de la Syrie ou sur celui d’autres États

Je vous ai déjà répondu. Vous avez posé la question et je vous ai répondu. Plus de 2 000 combattants de l’ex-URSS se trouvent sur le sol syrien. La menace de les voir revenir en Russie existe. Alors, au lieu d’attendre leur retour, il vaut mieux aider Assad à les combattre sur le territoire de la Syrie. Voilà la motivation principale de notre soutien au président syrien.

En gros on ne veut pas, bien évidemment, que la situation dans la région se «somalise».

Ch. Rose : Vous êtes fier de la Russie et cela signifie que vous voulez qu’elle joue un rôle plus important à l’échelle mondiale. Et cela en est un bon exemple.

V. Poutine : Ce n’est pas un but en soi. Je suis fier de la Russie. Il y a de quoi être fier. Mais nous ne sommes pas obsédés par l’idée d’imposer un leadership russe sur la scène internationale.

Ch. Rose : Mais la Russie fait partie des principales puissances, car vous avez des armes nucléaires. Vous êtes une force à prendre en considération.

V. Poutine : J’espère bien, sinon à quoi bon disposer de ces armes ?

Quant à l’Ukraine, il s’agit d’une situation à part, même pour nous. L’Ukraine est le pays qui nous est le plus proche. Nous avons toujours considéré l’Ukraine comme un pays frère et c’est toujours le cas. Ce n’est pas seulement un peuple slave, c’est le peuple qui est le plus proche des Russes. Nos langues et nos cultures sont très similaires. Nous avons une histoire et une religion en commun, etc.

Nous ne sommes pas obsédés par l’idée d’imposer un leadership russe sur la scène internationale

Qu’est-ce que je trouve absolument inacceptable pour nous ? Que des questions, y compris des questions controversées, relevant de la politique interne des anciennes républiques de l’URSS soient réglées par des révolutions dites «de couleur», par le renversement des pouvoirs en place par des moyens non-constitutionnels. Ça c’est absolument inacceptable. Nos partenaires aux États-Unis n’ont pas caché qu’ils soutenaient ceux qui étaient contre le président Ianoukovitch.

Ch. Rose : Vous pensez que les États-Unis sont liés au renversement de Viktor Ianoukovitch, quand il a dû s’enfuir en Russie ?

V. Poutine : Je le sais avec certitude.

Ch. Poutine : Comment le savez-vous ?

V. Poutine : C’est très simple. Nous sommes en contact et en relation avec des milliers de personnes en Ukraine. Et nous savons qui, où et quand a rencontré et a travaillé avec ces gens qui ont renversé Ianoukovitch. Nous savons quel soutien leur a été accordé, combien ils ont été payés et comment ils ont été entrainés. Nous savons sur quels territoires et dans quels pays ces entrainements ont eu lieu et qui étaient les formateurs. Nous savons tout.

Proprement dit, nos partenaires américains ne s’en cachent plus.

Ch. Rose : Respectez-vous la souveraineté de l’Ukraine ?

V. Poutine : Bien sûr. Mais nous voudrions que les autres pays respectent également la souveraineté des autres Etats, y compris de l’Ukraine. Respecter la souveraineté veut dire ne pas admettre de coups d’état, d’actions anticonstitutionnelles et de renversement illégal d’un pouvoir légitime.

Ch. Rose : Comment ce renversement du pouvoir légitime s’est-il passé ? Et quel rôle s’attribue la Russie dans la rénovation du pouvoir en Ukraine ?

V. Poutine : Mais la Russie n’entreprend pas, n’a jamais entrepris et n’entreprendra jamais d’actions visant à renverser un pouvoir légitime.

Ch. Rose : Mais était-il nécessaire d’utiliser la force militaire pour arriver à cette fin ?

V. Poutine : Bien sûr que non.

Ch. Rose : Beaucoup de gens parlent de la présence militaire russe aux frontières de l’Ukraine et certains disent même qu’il y a des troupes russes sur le territoire du pays voisin.

V. Poutine : Vous avez une présence militaire en Europe ?

Ch. Rose : Oui.

V. Poutine : N’oublions pas que des armes nucléaires tactiques américaines s’y trouvent. Qu’est-ce que cela signifie ? Que vous auriez occupé l’Allemagne ou bien auriez décidé de ne pas en finir avec l’occupation de l’Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale en transformant tout simplement les forces d’occupation en forces armées de l’OTAN ? Et si nous avons des troupes sur notre territoire près de la frontière d’un État, vous considérez que c’est déjà un crime ?

Ch. Rose : Comme vous le savez, on parle beaucoup de vous aux États-Unis.

V. Poutine : Vous n’avez rien d’autre à faire ?

Ch. Rose : Peut-être qu’ils sont tout simplement curieux ? Peut-être que vous êtes quelqu’un d’intéressant, peut-être que c’est pour cela ? Mais ils vous perçoivent, tout d’abord, comme un dirigeant fort. Ils savent que vous avez travaillé au KGB et que vous avez bâti votre carrière politique à Saint-Pétersbourg en devenant l’adjoint au maire, et que vous avez déménagé à Moscou. Il est à noter qu’ils vous voient sur des photos torse nu, sur un cheval au galop, et ils se disent : c’est un homme qui se crée une image d’homme fort.

Vous aimez votre travail et je sais que vous avez travaillé dans le renseignement extérieur. Je comprends que c’est votre métier de «lire» les gens.

V. Poutine : C’était mon travail. Mais aujourd’hui j’ai un autre travail et cela, depuis déjà bien longtemps.

Ch. Rose : Quelqu’un en Russie m’a dit : «Il n’y a pas d’ex-agent du KGB».

V. Poutine : Vous savez, aucune étape de notre vie ne se passe sans laisser de trace. Peu importe notre occupation, peu importe ce que nous faisons ; ces connaissances, cette expérience resteront en nous pour toujours et nous les amenons avec nous par la suite ; nous les utilisons d’une certaine manière. Dans ce sens, alors oui. C’est vrai.

Ch. Rose : Un jour, un agent de la CIA m’a dit que vous aviez été formé de façon importante. Vous pouvez charmer les gens et vous réussissez bien dans ce domaine. Vous exercez une sorte de séduction sur eux. 

V. Poutine : Si on vous a dit ça à la CIA, alors c’est probablement vrai. Ces gens sont de bons professionnels.

Ch. Rose : Je pense que votre cote de popularité en Russie est enviée par n’importe quel homme politique dans le monde. Qu'est-ce qui vous rend si populaire?

V. Poutine : Il y a quelque chose qui nous unit, les citoyens de Russie et moi. Ce «quelque chose» en commun, c’est l’amour de la patrie.

Ch. Rose : Lors de la célébration du 70ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque tout le monde commémorait les victimes du conflit, nous avons tous été touchés par l’image suivante : vous aviez les larmes aux yeux et vous teniez la photo de votre père entre vos mains.

V. Poutine : Oui. Ma famille a subi des pertes considérables, ainsi que mes proches d’une manière générale, durant la Seconde Guerre mondiale. C’est vrai. Dans la famille de mon père, ils étaient cinq frères dont quatre sont morts. Du côté de ma mère, c’est à peu près la même chose. De manière générale, la Russie a payé un lourd tribut.

Bien sûr, nous ne pouvons pas et nous ne devons pas l’oublier. Non pas pour accuser quelqu’un, mais pour que rien de semblable ne puisse se reproduire dans l’avenir.

L’amour de la patrie nous unit, les citoyens de Russie et moi

Ch. Rose : Vous avez également dit que la plus grande tragédie du XXème siècle était la chute de l’Union Soviétique. Cependant, certaines personnes regardent l’Ukraine et la Géorgie et disent non pas que vous voulez rétablir l’empire soviétique, mais plutôt la sphère d’influence que la Russie mérite selon vous, à cause de ces relations qui ont existé toutes ces années.

Pourquoi souriez-vous ?

V. Poutine : Vous me réjouissez. On nous prête tout le temps je ne sais quelles ambitions et essaie en permanence de déformer ou de tronquer les faits. J’ai réellement dit que je croyais que la chute de l’Union Soviétique avait été la plus grande tragédie du XXème siècle. Vous savez pourquoi ? C’est avant tout parce que du jour au lendemain, quelque 25 millions de Russes se sont retrouvés hors des frontières de la Fédération de Russie.

Ils vivaient dans un pays et soudain, se sont retrouvés à l’étranger. Vous imaginez le nombre de problèmes que cela a posé ?

Des problèmes d’ordre domestique, la séparation des familles, des problèmes économiques, des problèmes sociaux. Impossible d’en faire la liste complète. Et vous pensez qu’il est normal que 25 millions de personnes, de Russes, se soient retrouvés soudain à l’étranger ? A l’heure actuelle, les Russes constituent la plus grande nation jamais séparée dans le monde. Ce n’est pas un problème ? Ce n’est pas un problème pour vous, mais ça l’est pour moi.

Ch. Rose : De nombreuses personnes en Russie vous critiquent. Comme vous le savez, ils disent que la Russie est plutôt autocratique que démocratique. Les journalistes politiques se retrouvent en prison et se font assassiner. Ils soutiennent que votre pouvoir est sans limite et aussi, que le pouvoir et en particulier un pouvoir sans limite, corrompt tout. Que diriez-vous à ces gens que préoccupe le climat politique en Russie ?

V. Poutine : Il ne peut y avoir de démocratie sans respect de la loi et tous doivent la respecter. C’est un principe de base, une chose essentielle que nous devons toujours avoir à l’esprit et ne jamais oublier.

Quant à ces évènements tragiques, la mort de ces personnes, y compris des journalistes, malheureusement c’est quelque chose qui arrive dans tous les pays du monde. Mais si cela arrive chez nous, nous faisons tout pour que les auteurs de ces crimes soient interpelés, jugés et punis.

Il ne peut y avoir de démocratie sans respect de la loi

Nous allons agir ainsi dans toutes les directions. Mais ce qui est le plus important, c’est que nous allons continuer à travailler au perfectionnement de notre système politique, afin que les gens puissent sentir, afin que toute personne puisse sentir qu’elle joue son rôle dans la vie de l’État et de la société, qu’elle influe sur le pouvoir et que le pouvoir sente sa responsabilité vis-à-vis des gens qui lui ont accordé leur confiance, ainsi qu’aux autorités pendant les campagnes électorales. 

Ch. Rose : Si vous, en tant que dirigeant de ce pays, insistez sur la suprématie de la loi et de la justice, alors il pourrait y avoir des progrès considérables dans l’inversion de cette perception négative.

V. Poutine : Beaucoup de choses peuvent être faites. Mais pas tout et pas tout de suite. Prenons l’exemple des Etats-Unis. Combien de temps a pris le processus de développement de la démocratie ? Il dure depuis la création des États-Unis. Et à présent, vous croyez que tout a été fait du point de vue de la démocratie ? Si tout avait déjà été fait, le problème de Ferguson n’aurait pas eu lieu, n’est-ce pas ? Il n’y aurait pas d’autre problème de ce genre. Il n’y aurait pas d’arbitraire policier.

Notre objectif est d’identifier tous ces problèmes à temps et d’agir de manière adéquate. Il en va de même pour la Russie. Nous avons aussi beaucoup de problèmes.

Ch. Rose : Les Etats-Unis vous intéressent-ils davantage que n’importe quel autre État avec lequel vous êtes amené à coopérer ?

V. Poutine : Bien sûr, nous nous intéressons à ce qui se passe aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont une très grande influence sur la situation dans le monde en général.

Ch. Rose : Qu'aimez- vous le plus à propos des États-Unis ?

V. Poutine : Leur approche créative dans la résolution des problèmes auxquels ils sont confrontés, l’ouverture et l’émancipation qui ont permis de faire fructifier le potentiel de la population. Je pense qu’en grande partie c’est grâce à cela que les États-Unis ont pu connaître de si grands succès dans leur développement.

Ch. Rose : Permettez-moi de vous demander ce que vous pensez du président Obama ? Comment le jugez-vous ?

V. Poutine : Je ne me considère pas en droit de juger le président des Etats-Unis. C’est l’affaire du peuple américain.

Ch. Rose : Pensez-vous que son activité dans les relations internationales reflète une faiblesse ?

V. Poutine : Je ne le pense pas du tout. Vous savez, voici la chose. Dans tout pays, y compris aux Etats-Unis, et peut-être même aux Etats-Unis plus qu’ailleurs, les facteurs de politique extérieure sont utilisés dans les débats de politique intérieure. La campagne électorale aura bientôt lieu aux Etats-Unis. Tout le temps, c’est soit la carte russe qui est jouée, soit une autre.

Je ne me considère pas en droit de juger le président des Etats-Unis. C’est l’affaire du peuple américain

Ch. Rose : Permettez-moi de vous poser la question suivante : pensez-vous qu’il vous écoute ?

V. Poutine : Je pense que nous nous écoutons les uns les autres, quand cela ne contredit pas nos propres idées de ce que nous devrions ou ne devrions pas faire.

Ch. Rose : Pensez-vous qu’il considère la Russie d’égal à égal ? Pensez-vous qu’il vous considère d’égal à égal ? Et est-ce que c’est bien le comportement que vous attendez de sa part ?

V. Poutine : Posez-lui donc la question ! Après tout c’est votre président. Comment puis-je savoir ce qu’il pense ?

Ch. Rose : Suivez-vous les débats politiques du Parti républicain ?

V. Poutine : Suivre les débats de manière quotidienne, ça non.

Ch. Rose : Marco Rubio est l’un des candidats au poste de président des Etats-Unis du Parti républicain vous a traité de «gangster» lors des débats politiques.

V. Poutine : Comment puis-je être un gangster alors que je travaillais au KGB ? C’est absolument contraire à la réalité.

Le surnom de «Tsar» ne me convient pas

Ch. Rose : Les gens ont peur de vous en Russie ?

V. Poutine : Je crois que non. Je suppose que la plupart des gens me font confiance, s’ils votent pour moi lors des élections. Et c’est ce qu’il y a de plus important. Cela représente une énorme responsabilité, une responsabilité colossale. Je suis reconnaissant au peuple pour cette confiance, mais bien sûr, je ressens une énorme responsabilité pour ce que je fais et pour le résultat de mon travail.

Ch. Rose : Comme vous le savez, certaines personnes vous qualifient de «Tsar».

V. Poutine : Et alors ? Vous savez, on m’appelle de différentes manières.

Ch. Rose : Ce titre vous correspond-il ?

V. Poutine : Non.Ce qui importe, ce n’est pas comment des sympathisants, des amis ou des adversaires politiques vous appellent. Ce qui compte, c’est ce que l’on pense soi-même de ce que l’on doit faire dans l’intérêt du pays qui vous a confié cette fonction, ce poste, en tant que chef de l’État russe.

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