Même après le conflit, le patrimoine culturel du Yémen ne sera jamais restauré

Le centre historique de la ville yéménite de Jibla © Khaled Abdullah Source: Reuters
Le centre historique de la ville yéménite de Jibla

Les frappes saoudiennes détruisent l’héritage culturel arabe inestimable que l’on pouvait trouver au Yémen et les pays occidentaux ferment les yeux.

Même si le temple de Nakrah, au Yémen, venait d’être restauré par des archéologues italiens, la rénovation n’a pas résisté aux bombes larguées par les avions saoudiens sur un site pourtant estampillé par l’UNESCO. Depuis le 26 mars 2015 et le début des frappes aériennes de la coalition de pays arabes emmenés par l’Arabie saoudite pour chasser les Houthistes du pouvoir, les vestiges de l’histoire de l’humanité dont le pays regorgeait ont été sérieusement endommagés lorsqu’ils n’ont pas été réduits en poussière.

Le temple de Nakrah n’est pas le seul dans la liste des antiquités détruites. Le barrage de Marib, l’ancienne capitale de la légendaire reine de Saba, construit au VIIIème siècle avant J.-C. n’aura pas résisté à quelques mois de guerre moderne. 

La veille ville de Sanaa paie elle aussi un lourd tribut aux bombardements de la coalition. Ses maisons-tours, souvent d’une dizaine d’étages, en pisé ou en briques cuites, décorées de frises géométriques en blanc de chaux ont été détruites, sans autre forme de procès.

L'ancienne citadelle d'Al-Sharif dans la ville de Bajel, dans la province de Hodeida, a elle aussi été la cible des attaques saoudiennes.

Le musée de Dhamar, qui contenait plus de 10 000 objets de la civilisation Himyarite, s’est effondré sous les missiles saoudiens. 

Le château d'Al-Qahera qui surplombait la ville de Taïz a lui aussi fait les frais d’un raid aérien saoudien.

Des dégâts considérables qui consternent Anna Paolini. La représentante de l’UNESCO redoute qu’il soit impossible de restaurer tous ces sites, dont beaucoup font partie du patrimoine de l’humanité.

«Je crois qu’il s’agit de l’héritage de toute l’humanité. On m’a déjà posé cette question à de nombreuses reprises qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Irak ou d’autres pays et je pense qu’il s’agit d’un héritage qui dépasse la valeur nationale ou celles d’une communauté locale. Ce sont des sites qui témoignent du développement des civilisations dans le monde. Je dis toujours qu’un héritage culturelle est une ressource non renouvelable. Une fois qu’il est endommagé, c’est pour toujours», a-t-elle confié à RT.

En savoir plus : L’UNESCO condamne les raids aériens saoudiens sur le site patrimonial de Sanaa au Yémen

L’Arabie Saoudite a commencé à bombarder le Yémen le 26 mars 2015. Depuis, plus de 2 000 civils ont été tués, plus de 5 000 autres, blessés, et des dizaines de monuments historiques ont été détruits. Malgré cela, les pays occidentaux n’affichent pas leur volonté de vouloir s’impliquer pour essayer de préserver ce qui peut encore l’être et pour le chef de l’Institut des Affaires des pays du Golfe, Ali Al-Ahmed, la raison de cette conduite est évidente.

«La coalition dispose des meilleures technologies disponibles. Les Etats-Unis lui fournit la position GPS exacte de ses cibles grâce à leurs satellites sophistiqués et leurs systèmes de drones. Cela prouve qu’il y a un ciblage délibéré. Les pays occidentaux sont en général silencieux à propos des destructions du patrimoine culturel au Yémen parce qu’ils sont membres de cette coalition. S’ils blâmaient la destruction du Yémen, de son patrimoine culturel, ils se condamneraient eux-mêmes», a-t-il précisé.

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