Le monde réagit à la mort de l’ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe

Le monde réagit à la mort de l’ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe© Jekesai Njikizana Source: AFP
Un jeune garçon se tien devant une peinture murale représentant l'ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe, le 6 septembre 2019 à Harare (image d'illustration).

Robert Mugabe est mort ce 6 septembre à Singapour où il était hospitalisé depuis plusieurs mois. Après 30 ans passés à la tête du pays, il restera comme un leader de la décolonisation en Afrique, malgré des choix politiques parfois contestés.

Il était l’un des pères de l’indépendance du Zimbabwe. Robert Gabriel Karigamombe Mugabe s’est éteint à l’âge de 95 ans, dans la ville de Singapour où il était hospitalisé depuis cinq mois. L’annonce a été faite ce 6 septembre par Emmerson Mnangagwa, président de la République depuis novembre 2017, sur son compte Twitter.

«C’est avec la plus grande tristesse que j’annonce le décès du père fondateur et ancien président du Zimbabwe, le camarade Robert Mugabe. [Il] a été une icône de la libération, un panafricaniste qui a consacré sa vie à l’émancipation et à la prise de responsabilité de son peuple. Sa contribution à l’histoire de notre nation et de notre continent ne sera jamais oubliée. Que son âme repose éternellement en paix», a-t-il déclaré.

«Un leader exceptionnel sur le continent africain»

Plusieurs dirigeants africains ont immédiatement réagi à cette disparition. Dans un long message de condoléances mis en ligne sur le site de la présidence kényane, Uhuru Kenyatta a décrit Robert Mugabe comme «un homme de courage qui n'a jamais eu peur de se battre pour ce en quoi il croyait même quand contre l’avis général», précisant que «les mots» ne pouvaient «exprimer l’ampleur de la perte».

De son côté, Hage Geingob, président de Namibie, a salué sur le même réseau social un «extraordinaire combattant révolutionnaire et tenace qui a énormément contribué à la cause de la liberté de l’Afrique et de la Namibie».

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a lui publié une vidéo sur Twitter dans laquelle il a loué «un chef de file de la lutte pour l’indépendance du peuple zimbabwéen» mais également «un leader exceptionnel sur le continent africain». «Le président Mugabe nous manquera beaucoup, car il était l'un de ces présidents qui ont également contribué à la liberté du peuple sud-africain jusqu’à atteindre l’indépendance», a-t-il ajouté.

La Chine s’est également exprimée par la voix du porte-parole de sa diplomatie Geng Shuang. «Durant sa vie, il a fermement défendu la souveraineté de son pays, s'est opposé aux ingérences étrangères et a activement promu l'amitié et la coopération entre la Chine et le Zimbabwe et la Chine et l'Afrique», a-t-il affirmé, rappelant que Robert Mugabe avait été «un dirigeant politique et un dirigeant du mouvement de libération nationale exceptionnel».

Vladimir Poutine a de son côté souligné «la grande contribution personnelle» de Robert Mugabe dans l’indépendance du Zimbabwe. «Beaucoup de dates importantes dans l'histoire moderne du Zimbabwe sont liées au nom de Robert Mugabe. Il a apporté une grande contribution personnelle à la lutte pour l'indépendance de votre pays, pour construire les institutions de l'Etat zimbabwéen», a-t-il jugé.

Enfin, Londres, ancienne puissance coloniale au pouvoir dans le pays, s’est montrée plus nuancée. «Nous exprimons nos condoléances à ceux qui sont en deuil après le décès de Robert Mugabe. Toutefois, les Zimbabwéens ont souffert trop longtemps sous son règne autocratique», a expliqué le secrétariat d’Etat des Affaires étrangères dans un communiqué.

De libérateur à autocrate ?

Né en février 1924 dans le village de Kutama, en Rhodésie du Sud – qui deviendra Zimbabwe – à moins de 100 kilomètres à l’ouest d’Harare (alors Salisbury), la capitale du pays, Robert Mugabe est issu d’une famille de paysans. Après des études à l’étranger, notamment en Afrique du Sud,  puis des passages par la Rhodésie du Nord – devenue la Zambie – et le Ghana, il rentre dans sa région natale au début des années 1960. Converti au marxisme, il s’engage au sein du Parti national démocratique au côté de son fondateur Joshua Nkomo. Interdit par le gouvernement de Ian Smith, le parti est alors renommé Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU). Mais en 1963, à la suite de différends, Robert Mugabe fonde son propre mouvement : l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) dont il devient le secrétaire général.

Emprisonné pendant dix ans, entre 1964 et 1974, il mène dès sa sortie une lutte armée contre le pouvoir en place après une réconciliation avec la ZAPU. Alors que le Zimbabwe accède l’indépendance le 17 avril 1980, Robert Mugabe en devient le Premier ministre et Joshua Nkomo ministre de l’Intérieur. Moins de deux ans plus tard, en février 1982, celui-ci est limogé et accusé d’organiser un complot. En décembre 1987, après une révision de la Constitution, Robert Mugabe supprime le poste de Premier ministre et prend seul la tête de l’Etat.

En mars 2008, après plus de 20 ans passés à la tête du pays, il est battu au premier tour de l’élection présidentielle par Morgan Tsvangirai. Mais face aux pressions et aux violences que subissent ses partisans, l'opposant se retire. Robert Mugabe sera reconduit au poste en 2013. En novembre 2017, l’armée, qui ne comprend pas le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa, prend le contrôle de la capitale, et force le dirigeant zimbabwéen à la démission. Décrié pour avoir mené des répressions sanglantes, réduit les libertés individuelles et mis en place une politique d'expropriation des fermiers blancs dans les années 2000, Robert Mugabe restait pour beaucoup un des pères de l’indépendance en Afrique au côté d’Ahmed Sekou Touré, Leopold Sédar Senghor ou Félix Houphouët-Boigny.

Alexis Le Meur

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