Une chercheuse franco-iranienne emprisonnée à Téhéran, Paris demande des clarifications

Une chercheuse franco-iranienne emprisonnée à Téhéran, Paris demande des clarifications© Lisi Niesner Source: Reuters
Le drapeau iranien flotte devant le siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne, en Autriche, le 10 juillet 2019. (image d'illustration)
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Une éminente chercheuse en sciences politiques franco-iranienne a été arrêtée en Iran. C'est ce qu'a confirmé l'Autorité judiciaire iranienne. La France, qui a demandé un accès consulaire à sa ressortissante, n'a pas reçu de «réponse satisfaisante».

L'Autorité judiciaire iranienne a confirmé ce 16 juillet l'arrestation de l'anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, annoncée la veille par le Quai d'Orsay.

Spécialiste de l'Islam chiite et associée à plusieurs réseaux scientifiques, la chercheuse est actuellement détenue en Iran dans un contexte de vives tensions internationales entre Téhéran et les pays occidentaux.

«Elle fait partie des suspects qui ont été arrêtés récemment», a déclaré le porte-parole de l'Autorité judiciaire, Gholamhossein Esmaïli, lors d'une conférence de presse à Téhéran, sans préciser la date exacte de son arrestation.

«Ce qui s'est passé me préoccupe beaucoup, nous en sommes informés depuis plusieurs jours», a commenté le 15 juillet devant la presse le président Emmanuel Macron au cours d'une visite en Serbie. «J'ai exprimé mon désaccord et demandé des clarifications au président [iranien Hassan] Rohani. J'attends des retours et des clarifications», a-t-il poursuivi, regrettant qu'«aucune explication» n'ait été fournie «de manière valable».

«La France a effectué des démarches auprès des autorités iraniennes pour obtenir de leur part des informations sur la situation et les conditions de l'arrestation de Mme Adelkhah et demander un accès consulaire» à sa ressortissante, explique dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères, qui précise n'avoir reçu «aucune réponse satisfaisante» à ce jour.

Le Quai d'Orsay n'a pas précisé la date de l'arrestation de Fariba Adelkhah mais, d'après son confrère et ami Jean-François Bayart, joint par l'AFP, celle-ci remonte au 5 juin et la chercheuse est depuis détenue à la prison d'Evin, dans le nord de Téhéran.

Le professeur à l'Institut des Hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève assure que la chercheuse «a pu recevoir la visite de sa famille et n'est pas maltraitée». Il s'est cependant dit «inquiet» car sa consœur «n’est pas de constitution très robuste», a-t-il déclaré, ajoutant que cette détention est «totalement inadmissible et inacceptable».

Agée de 60 ans, Fariba Adelkhah est directrice de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) à Sciences Po Paris. Le célèbre établissement a jugé son arrestation «inadmissible et révoltante». «Nous sommes [...] en contact étroit et régulier avec la cellule de crise du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères», précisent les présidents de la FNSP et de Sciences Po, Olivier Duhamel et Frédéric Mion, dans un communiqué publié ce 16 juillet. «Nous mettons et continuerons de mettre tout en œuvre pour que notre collègue Fariba soit libérée dans les plus brefs délais et les meilleures conditions», ajoutent-ils.

Fariba Adelkhah est également docteur en anthropologie de l'École des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) de Paris. Elle collabore avec plusieurs revues scientifiques comme «Iranian Studies» et «La Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée». Elle est l'auteur de très nombreux ouvrages de référence et étudie en particulier les relations des clergés chiites d'Iran, d'Afghanistan et d'Irak, trois pays dans lesquels elle se rend régulièrement.

Elle est arrivée en 1977 en France pour ses études «et pas du tout comme immigrée politique», insiste Jean-François Bayart, qui précise qu'elle «a toute sa famille en Iran ; elle a toujours refusé de condamner le régime de la République islamique, ce qui lui a valu d’être mal comprise de la diaspora et aussi de prendre des coups des deux côtés», insiste-t-il, saluant «une chercheuse libre, indépendante, extrêmement talentueuse, avec son franc-parler».

Les tensions actuelles entre les Etats-Unis et l'Iran inquiètent la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne, qui ont produit le 14 juillet un communiqué commun appelant à la désescalade.

Lire aussi : Donald Trump prêt à une guerre contre l'Iran ? La chambre des représentants dit non

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