Partis pour toujours ? Ces Soviétiques qui ne sont jamais rentrés d’Afghanistan

© Alexeï Nikolaev

Des dizaines de soldats soviétiques, détenus lors de la guerre d’Afghanistan il y a plus de 25 ans, ne sont jamais revenus au pays. Le photographe Alexeï Nikolaev qui s’est rendu dans le pays pour les interviewer a partagé son expérience avec RT.

Des centaines de milliers de soldats soviétiques ont pris part à la guerre d’Afghanistan qui a duré une décennie, jusqu’à ce qu’en 1989, l’URSS décide de retirer ses troupes du pays. Cependant, certains otages des moudjahidines sont restés dans le pays, faute d’avoir réussi à rentrer chez eux, et se sont intégrés à la société afghane.

Le nombre des Soviétiques qui ne sont jamais rentrés d’Afghanistan diffère. D’après les statistiques officielles, 130 des 417 portés disparus ont été libérés avant que l’Union soviétique ne se disloque, a fait savoir le photographe Alexeï Nikolaev sur son blog Taki Dela, précisant que près d’une centaine étaient morts, que huit avaient été recrutés par les moudjahidines et que 21 avaient fait défection.

«Le sort de dizaines de soldats reste inconnue», reconnaît le photographe avant d’ajouter : «Cela veut dire que l’Afghanistan reste pour nous un point chaud».

Pour son projet photographique «Toujours détenu», il a passé un mois à interroger d’anciens prisonniers soviétiques. C’est là qu’il a appris que plusieurs d’entre eux avaient refait leur vie en Afghanistan. Certains se sont même convertis à l’islam ou se sont mariés.

© Alexeï Nikolaev

«Chacun de ceux qui figurent dans mon projet a suivi une voie différente», a confié Alexeï Nikolaev à RT. «Mon impression générale, c’est que les prisonniers qui sont restés en Afghanistan et qui sont toujours en bonne santé, vivent et se sentent mieux que ceux qui sont revenus. Parce que ceux qui sont revenus semblent être largués, puisque [une fois de retour], ils n’ont pas pu être réintégrés complétement», a constaté le photographe.

Un des héros de son projet, Sergueï Kransopyorov qui a pris le nom Noormomad après son intégration à la nouvelle société, lui a parlé de son expérience dans le pays.

«Quand ils m’ont capturé, leur chef était engagé dans des combats dans une autre province. Et dès que la guerre s’est terminée, il est revenu et a dit : "Si cet homme est venu ici de lui-même, il a également le droit de partir, alors ne l’enchaînez pas et ne le surveillez pas”. Mais s’il regagne son unité, alors quelqu’un d’autre le tuera sur la route», a-t-il expliqué, assis à côté de sa petite fille.

«Pendent trois ou quatre mois je ne pouvais pas parler la langue afghane, mais après quatre mois, j’ai commencé à parler, au moins je comprenais ce qu’ils disaient et ils me comprenaient aussi», se rappelle Sergueï Kransopyorov.

© Alexeï Nikolaev

Un autre ex-soldat soviétique habite dans la province d’Hérat, dans l'ouest de l'Afghanistan, et il s’appelle désormais Sheikh Abdullah. Au cours de la guerre, il a été blessé à la tête, ce qui entraîné chez lui des pertes de mémoires et des confusions lorsqu’il s’agit d’associer certaines dates à certains événements.

«J’avais 18 ans lorsque j’ai rejoint [l’armée], et directement pris la direction de l’Afghanistan», a relaté Abdullah qui est d’origine ouzbek. «J’ai servi à Kandahar et à Hérat pendant deux ans, et j’ai ensuite vécu un an à Shindand. C’est là que j’ai été blessé, une balle m’a atteint à la tête. Quand j’ai ouvert les yeux, je me suis retrouvé dans une maison en bois qui tombait en ruines. Je me souviens des enfants et d’une femme et de deux médecins locaux qui nettoyaient mon sang. Comme il n’y avait aucun véhicule, ils ont trouvé un cheval et m’ont envoyé vers deux médecins français. Moi, j’ai pensé qu’ils allaient me tuer ou me mettre en prison. Mais deux mois plus tard, je me suis converti à l’ islam», a résumé Abdullah.

D’après Alexeï Nikolaev, le peuple afghan a une attitude positive envers les Russes, y compris ceux qui sont restés et ont été intégrés. Même envers les soldats qui ont servi au sein de l’Armée rouge et participé aux campagnes militaires, a-t-il ajouté.

«Les afghan se souviennent bien que ce sont les Soviétiques qui ont construit les routes et les hôpitaux de leur pays», a-t-il encore fait remarquer noté.

«Je ne crois pas que les [soldats soviétiques] ont considéré le peuple afghan comme un ennemi et vice versa. Du point de vue historique, les Afghans se battaient depuis très longtemps, même avant l’arrivée des troupes soviétiques dans le pays en 1979, il y avait d’autres forces là-bas. Et après que les Soviétiques sont partis, d’autres forces ont apparu», a ajouté le photographe. «Il y a toujours une guerre là-bas», conclut Alexeï Kikolaev.

Cherchant à publier son livre «Toujours détenu», le photographe a lancé une campagne de financement participatif qui a recueilli 3 500 euros alors qu’il lui en faut 17 000, mais il lui reste encore un mois pour atteindre la somme nécessaire.

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