Obama est en Alaska pour parler réchauffement climatique... et stratégie anti-russe

© Jonathan Ernst Source: Reuters

A trois mois maintenant de la Conférence de Paris sur le climat, le président américain a orchestré une visite très symbolique dans les terres lointaines d'Alaska. Au menu des discussions: fonte des glaces...et manoeuvres russes.

«Salut tout le monde, c’est Barack. Vue incroyable à l’approche d’Anchorage» peut-on lire sur le compte Instagram de la Maison Blanche. Le président américain, qui poste donc des photos depuis son Air Force One, a entamé lundi 31 août une visite de trois jours en Alaska. A trois mois de la rencontre cruciale de Paris, visant à conclure un accord mondial pour tenter de limiter à 2°C la hausse des températures pour éviter un emballement climatique, il est évidemment question de changement climatique mais en Alaska, la géopolitique n'est jamais très loin.

«La saison des feux en Alaska est aujourd'hui un mois plus longue qu'en 1950. La fonte de permafrost (sous-sol gelé) déstabilise une terre sur laquelle vivent 100 000 habitants, menaçant leurs maisons, endommageant les infrastructures de transport et d'énergie» a détaillé le président américain dès sa descente d'avion avant de déplorer que «le climat change plus rapidement que nos efforts pour y répondre». Un discours offensif de la part du président américain, qui appelle d'ailleurs la communauté internationale à «un sursaut» et ce bien que le pays demeure le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète derrière la Chine !

Mais ce séjour de trois jours en Alaska est aussi l'occasion pour Barack Obama d'évoquer les questions économiques et stratégiques liées à cette terre glacée américaine.

La zone en rose est celle que revendique la Russie auprès de l'ONU© Capture d'écran réalisée sur le site de Wikipédia
La zone en rose est celle que revendique la Russie auprès de l'ONU

En effet, selon certaines estimations, 25% des ressources non-exploitées en gaz et en pétrole de la planète se trouverait au fond de l'océan arctique. Un territoire, qui en terme de droit international, n'appartient pourtant à personne mais que se disputent depuis de longues années les cinq pays qui bordent la zone: Etats-Unis, Canada, Norvège, Danemark, et Russie. Moscou vient d'ailleurs de déposer une requête à l'ONU afin d'être autorisée à étendre sa souveraineté au-dela des 200 miles nautiques, tout le long de son plateau continental.

En savoir plus: La Russie revendique plus d'un million de kilomètres carrés de terre dans l'Arctique auprès de l'ONU

Par ailleurs, avec la fonte des glaces en Arctique, la «route maritime du Nord» devient également un enjeu stratégique majeur. Le potentiel économique que représente cette voie de navigation, qui est le plus court chemin reliant l'Europe à l'Asie, attise de plus en plus les convoitises. La route, qui n'est pour le moment navigable essentiellement l'été, est ouverte depuis des années par les puissants brise-glace nucléaires russes. Un juteux gâteau dans lequel les Etats-Unis aimeraient également pouvoir croquer. Selon Fox News, cette visite en Alaska devrait donc être l'occasion pour Barack Obama d'annoncer son souhait de fabriquer de «nouveaux navires brise-glace pour protéger les intérêts américains». 

«Le rideau de glace» est toujours là

Mais au-delà de son intérêt économique, la zone arctique semble également cristalliser les tensions et attiser les peurs.

Le sénateur de l'Alaska, Dan Sullivan s'inquiète ainsi ouvertement «des manoeuvres russes» dans la région. «En ce moment, les Russes jouent aux échecs dans l'Arctique et notre administration semble toujours penser qu'on joue au morpion» déclarait-il à Fox News le mois dernier. Une crainte partagée par le gouverneur de l'Etat, Bill Walker.«Ils [les Russes] ont ré-ouverts dix bases militaires et s'apprêtent à en construire quatre supplémentaires. Et nous voilà au milieu du gué dans une situation inconfortable» s'alarmait-il lundi 31 août dans les colonnes du Times.

Pour le chercheur Rob Huebert, du Centre d'études militaires et stratégiques, interrogé par RT, le «rideau de glace» n'a en effet jamais vraiment disparu: «Je pense que cela relevait un peu de la pensée magique lorsque nous avons dit qu'il avait totalement disparu à la fin de la guerre froide. Les Américains ont toujours maintenu leurs bases militaires navales de l'Alaska. et la Russie celle de Mourmansk. Il y a ici des réalités géopolitiques telles que le rideau de glace n'a jamais cessé vraiment».

D'ailleurs, le 26 juillet dernier, le vice Premier-ministre russe, Dmitri Rogozine, annonçait l'adoption par Moscou d'une nouvelle doctrine navale afin de mieux faire face «au développement actif de l'Otan, ainsi que son rapprochement des frontières russes». Une feuille de route qui met justement l'accent sur les deux zones majeures de demain: l'Atlantique et l'Arctique.

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