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Quito évoque l'«ingratitude» d'Assange et rappelle son droit de mettre fin à son asile

Considérant que Wikileaks avait «falsifié la vérité» en diffusant des informations sur le président équatorien Lenin Moreno, Quito a évoqué l'«ingratitude et l'irrespect» du lanceur d'alerte et rappelé son droit de mettre fin à l'asile de ce dernier.

Compliquée depuis des mois, la relation entre le lanceur d'alerte Julian Assange et l'Equateur, qui lui accorde l'asile dans son ambassade à Londres depuis 2012, s'est encore détériorée ce 5 avril. Quito a de nouveau fait part de son agacement suite aux informations diffusées par Wikileaks la veille, selon lesquelles un accord avait été passé avec le Royaume-Uni pour que, dans «les heures ou les jours» qui viennent, l'Australien de 47 ans soit expulsé de l'ambassade équatorienne et remis aux autorités britanniques.

«En diffusant des informations qui falsifient la vérité, le réfugié et ses associés expriment une fois de plus ingratitude et irrespect envers l'Equateur, au lieu de témoigner de la gratitude au pays qui l'accueille depuis presque sept ans», a ainsi déclaré le ministère équatorien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le ministère a par ailleurs précisé que concéder l'asile diplomatique était une «prérogative souveraine de l'Equateur», et que Quito avait donc «le droit de l'octroyer ou d'y mettre fin quand il l'estime justifié». Selon WikiLeaks, l'attitude menaçante déployée par les autorités équatoriennes seraient dues à la diffusion de photographies, vidéos et conversations privées du président équatorien Lenin Moreno.

Quito a en effet dénoncé devant un rapporteur de l'ONU la diffusion de ces éléments par WikiLeaks, ainsi que sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook. Le portail web inapapers.org dénonce en effet des faits présumés de corruption attribués à Lenin Moreno, qui les a rejetés, renvoyant la balle à son prédécesseur et ancien allié Rafael Correa (2007-2017).

Moreno et son «problème hérité»

Contrairement au précédent gouvernement dirigé par Rafael Correa, qui avait accordé la citoyenneté au lanceur d'alerte, Lenin Moreno a très clairement changé de cap, et tient à se distancer de Julian Assange depuis son arrivée au pouvoir. Le président équatorien n'a jamais caché son désir de se débarrasser de ce qu'il qualifie lui-même comme un «problème hérité».

Depuis octobre dernier, Quito a fortement durci les conditions de séjour de l'Australien, avec une longue liste de restrictions qui régule ses visites, communications et conditions de salubrité – allant jusqu'à menacer de lui retirer son chat – en réaction à ce que le gouvernement considère comme ses ingérences dans les affaires internes de l'Equateur et d'autres pays. Le document précisait que son non-respect aboutirait à l'«interruption de l'asile». Lenin Moreno a affirmé le 2 avril que Julian Assange avait «réitéré ses violations» du protocole.

A Paris, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade d'Australie (pays de naissance de Julian Assange) le 5 avril pour exprimer leur soutien au lanceur d'alerte.

Initialement, Julian Assange s'était réfugié dans l'ambassade d'Equateur à Londres pour échapper à une extradition vers la Suède où il était recherché pour des accusations de viol et d’agression sexuelle qu’il a toujours niées. Si les poursuites suédoises ont été abandonnées en mai 2017, un mandat d’arrêt court toujours contre lui en Grande-Bretagne. Les autorités britanniques estiment depuis 2012 qu’il n’a pas respecté les conditions de sa liberté sous caution.

L’Australien redoute qu'il ne s'agisse que d'un prétexte pour l'arrêter et l'extrader vers les Etats-Unis où il pourrait être jugé pour la publication par WikiLeaks en 2010 de nombreux secrets militaires et documents diplomatiques américains.

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