Puce RFID, la recette allemande pour rester incognito, passer ses papiers d'identité au micro-ondes

Puce RFID, la recette allemande pour rester incognito, passer ses papiers d'identité au micro-ondes© Thomas Peter Source: Reuters
Un spécimen d'une carte d'identité allemande, dans laquelle des puces RFID ont été introduites en 2010
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Cela a tout l'air d'une astuce de geek, mais c'est la façon qu'ont trouvé de plus en plus de citoyens allemands pour protéger leur droit à l'anonymat. La puce RFID des papiers d'identité, une fois passée au micro-onde, est en effet ainsi désactivée.

C'est l'arrestation d'un Allemand à l'aéroport de Francfort qui a mis en lumière ce phénomène. La puce des papiers d'identité étant complétement muette, l'homme a simplement expliqué aux policiers l'avoir désactivée grâce à ce procédé étonnant conseillé sur internet.

Selon lui, les informations contenues sur la puce étant hors de son contrôle et de sa volonté, il protégeait ainsi son droit au respect de sa vie privée et empêchait toute possibilité d'espionnage. Surtout, il entendait se soustraire à un quelconque contrôle par les autorités.

Seulement voilà, selon la loi allemande, si les papiers d'identités sont personnels, ils restent toutefois propriété de l'Etat. Les passer au micro-onde constitue donc un délit pour modification illégale de documents officiels, avec une possible amende à l'appui.

Une pratique généralisée dans une Allemagne post-Snowden

De plus en plus de citoyens allemands entreprennent la même démarche dans le secret de leur cuisine, alertés qu'ils sont par les révélations portant sur l'espionnage généralisé des citoyens par les gouvernements ou les agences gouvernementales.

Pour ces citoyens, la puce RFID ( Radio Frequency IDentification), qui permet de mémoriser et de récupérer des données à distance, est le «big brother» portatif qui laisse entrevoir la possibilité d'une surveillance de masse. Carte d'identité, mais également carte bancaire, de transport, de santé, l'espionnage orwellien généralisé semble à la portée immédiate. Et dans un pays marqué par les méthodes de la Stasi, cette possibilité n'a rien d'illusoire. 

En savoir plus: Activiste allemande : les poursuites des journalistes de Netzpolitik.org menacent notre démocratie

Par ailleurs, les révélations d'Edward Snowden ont eu en Allemagne un grand retentissement. Ainsi, pour l'anecdote, une place de la ville de Dresde a été baptisée «Place Edward Snowden».

Plus sérieusement, la vente des machines à écrire s'est littéralement envolée dans le pays, signe de la méfiance latente envers les courriers électroniques à l'inviolabilité désormais douteuse. De façon symptomatique, Patrick Sensburg, rapporteur de la commission parlementaire allemande qui a enquêté sur l'espionnage commis par la NSA, avait pensé rédiger son rapport sur une machine à écrire. 

 L'affaire Snowden a également affecté le comportement des Allemands sur les réseaux sociaux. En Allemagne, seuls 29% de la population sont sur Facebook. Un chiffre à comparer avec les 38% en France. Twitter connaît les mêmes difficultés pour se développer auprès des internautes allemands. 

Très sourcilleux sur la vie privée, les Allemands veillent sur leurs données personnelles. En août 2011, la province fédérale du Schleswig-Holstein avait ainsi interdit l'utilisation du bouton «like» sur Facebook car son usage enregistre de fait l'adresse IP. Or, dans la législation allemande, cette adresse est considérée comme une donnée privée. 

Et la France dans tout ça?

Si les puces RFID ont été introduites dans les papiers allemands en 2010, la France reste encore réticente à une telle pratique. La carte d'identité électronique avait failli être adoptée en 2011. Mais l'eID (entendez les papiers d'identité électroniques) avait été censuré par le Conseil constitutionnel.

Sous prétexte de lutter contre les usurpations d'identité, cette loi de 2011 aurait instauré la conservation des données biométriques dans un fichier, le TES (titres électroniques sécurisés) géré par le ministère de l’Intérieur. Ce TES baptisé à l'époque «fichier des honnêtes gens» avait été jugé «contraire à la Constitution», l’ampleur des données collectées ainsi que leur emploi possible dans le cadre policier ou administratif étant selon lui disproportionnés et contraires au respect à la vie privée.

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