«Son visage était totalement brûlé» : la veuve d’un sous-marinier de Koursk s’est confiée à RT

Alexeï Danichev Source: RIA NOVOSTI
Alexeï Danichev

Le jour du naufrage du sous-marin nucléaire Koursk qui a coulé en mer de Barents, lors d’exercices navals en août 2000, a été un vrai drame pour toute la nation. RT s’est entretenu avec la veuve d’un des marins qui a péri lors de cette tragédie.

Le 12 août 2000 un sous-marin russe, de la classe Oscar, le Koursk K-141, effectuait des exercices navals en mer de Barents, près de la côte nord de la Russie. 118 marins et officiers, dont la plupart âgés moins de 30 ans, étaient à bord au moment de la catastrophe.

L’un des marins qui est mort à bord du sous-marin nucléaire s’appelait Sergueï Erakhtin, âgé de 22. Sa femme, qui est restée seule avec une fille de 19 mois, a décrit à RT tout le cauchemar auquel elle a fait face après avoir appris cette terrible nouvelle.

«J’ai vu un corps sur un lit superposé [dans une morgue] recouvert par un drap blanc», a confié Natalia Erakhtina à RT. Elle a ajouté qu’elle était déterminée à identifier le corps de son mari, peu importe à quel point cela serait difficile pour elle.

Natalia a confirmé qu’elle avait subi une crise d’hystérie quand les médecins de la morgue ont soulevé le drap pour qu’elle puisse voir la tête de son mari.

«Son visage n’avait pas été conservé. Il était totalement brûlé. L’expression du visage montrait qu’il avait souffert», s’est-elle souvenue, des larmes dans les yeux. «Je fixais mon regard sur les orbites oculaires vides de mon mari». 

Les médecins lui avaient pourtant dit d’éviter de regarder ses yeux, mais elle n’a pas pu s’en empêcher en se répétant: «Ce n’est pas lui. Ce n’est pas mon mari». «[Les médecins] ont soulevé un autre drap. Et quand j’ai vu son corps, avec son tatouage sur le bras, j’ai compris immédiatement que le pire était arrivé», a poursuivi la veuve.

Vasilï Botanov Source: RIA NOVOSTI
Vasilï Botanov

Natalia n’a pas voulu dire à sa fille Kristina que son père était mort, mais l’enfant a tout de même senti qu’il lui était arrivé un malheur. «Une fois, nous regardions les nouvelles, Kristina s’est approchée du téléviseur sur lequel défilaient les images du sous-marin en disant : «Papa, papa est là». A mon avis, l’enfant a senti que quelque chose d’épouvantable s’était passé», a reconnu Natalia.

Quinze ans après, Kristina n’a que peu de souvenirs de son père. A l’âge de six ans, elle a appris par hasard le destin tragique de son père. Elle a trouvé une boîte avec un journal, dont un article racontait la tragédie du Koursk. Et après ça, sa mère lui a tout raconté.

«Il restera toujours un héros pour moi. J’ai senti cette sorte de fierté à partir de ma première enfance. Je crois toujours qu’il est quelque part pas loin et [qu’il] me protège», a confié Kristina, en ajoutant que, lorsqu’elle est seule, elle imagine qu’il est près d’elle et qu’elle lui raconte alors tout ce qui s’est passé dans la journée.

«Je crois qu’il m’écoute et je lui tout raconte... Je lui aurai raconté tous mes secrets, tout ce qu’un enfant dirait à son père s’il ne l’avait pas vu depuis longtemps», a poursuivi l’adolescente.

L’opération internationale de sauvetage du navire a duré dix jours, mais personne à bord n’a été sauvé. Les hommes ont été pris au piège d’un cercueil d’acier totalement immergé. Les plongeurs qui ont pénétré dans le sous-marin une semaine après la tragédie n’ont découvert que des cadavres.

Vasilï Botanov Source: RIA NOVOSTI
Vasilï Botanov

«Si vous lisez cette lettre, cela signifie que je suis mort»

C’est un an plus tard que le Koursk a été ramené à la surface. 115 corps ont été ramenés et enterrés en Russie. Les corps de trois officiers n’ont pas été retrouvés. Les enquêteurs ont aussi trouvé des lettres que des marins avaient écrit à leurs proches dans leurs derniers instants.

«Il fait trop noir pour écrire, mais je vais essayer de le faire à tâtons. On dirait qu’il n’y a plus de chances. 10% ou 20%, peut-être. Nous avons l’espoir qu’au moins quelqu’un lise ça. Voici une liste de l’équipage par sections. Ceux qui sont dans 9ème section, ils vont chercher à sortir. Salutations à tous, personne ne doit perdre espoir», a écrit le lieutenant Dimitri Kolesnikov, âgé de 27 ans.

D’autres membre de l’équipage, Andreï Borisov a adressé ses derniers mots à sa femme et à son fils.

«Mes chers Natacha et Sacha !!! Si vous lisez cette lettre, cela signifie que je suis mort. Je vous aime tant tous les deux. Natacha, excuse-moi pour tout. Sacha, deviens un vrai homme. Je vous embarrasse fort», leur a-t-il écrit.

«Nous nous sentons mal. Nous sommes affaiblis par les rejets d’oxyde de carbone, nous luttons pour survivre. Nous ne pourrons pas survivre à la décompression en surface. Nous ne tiendrons pas plus d’un jour», a résumé un autre sous-marinier dans les derniers instants de sa vie.

Un journaliste se rappelle du moment où Vladimir Poutine a parlé aux proches des sous-mariniers

La tragédie du Koursk est considérée comme l’un des drames les plus tragiques de la présidence de Vladimir Poutine au poste de président de la Russie. Elle s’est déroulée lors de son premier mandat présidentiel, trois mois seulement après son élection. L’échec de l’opération de sauvetage a provoqué la colère et la frustration des familles des disparus, après l’agitation nationale et mondiale suscitée par ce drame.

Le journaliste Andreï Kolesnikov qui a assisté à la conférence de presse lors de laquelle le président Poutine s’est adressé au public, se rappelle qu’il n’avait jamais ressenti une telle atmosphère de toute sa vie. «A franchement parler, j’ai cru qu’ils allaient le mettre en pièces… L’atmosphère était tellement lourde, il y avait un condensé de haine, de désespoir, de douleur… Je n’ai jamais senti quelque chose de semblable de toute ma vie... Toutes les questions n’étaient adressées qu’à cet homme», a-t-il déclaré dans le film documentaire Le président. Ce film dédié aux 15 années de pouvoir de Vladimir Poutine est sorti en avril dernier

Des parents criaient, une femme est même tombée dans les pommes, s’est souvenu Andreï Kolesnikov, mais dès que Vladimir Poutine a commencé à parler, il est parvenu à calmer la tempête.

«Si cela ne dépendait que de moi, j’aurais plongé moi-même, si j’avais pu, je l’ai fait une fois et vous le savez. Ni nos spécialistes, ni ceux de l’étranger n’ont pu atteindre la 8ème section [du sous-marin]. J’aurais pu arriver ici, «vous raconter un tissu de mensonges» et partir rapidement... Au lieu de ça, je vous raconte les choses telles qu’elles sont», leur a dit le président russe.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales