Spectre de l'ingérence russe dans les élections midterm : l'obsession américaine ne faiblit pas

Spectre de l'ingérence russe dans les élections midterm : l'obsession américaine ne faiblit pas
Capture d'écran Twitter @krasivoo/Newsweek

Deux ans après la présidentielle, le battage visant à rendre crédible une interférence dans les élections américaines est monté d'un cran. Si les accusations restent sans preuves, elles pourraient justifier des cyberattaques... contre la Russie.

Déjà vu. A la veille des élections de mi-mandat aux Etats-Unis (les «midterms»), l'ingérence russe supposée dans le processus électoral est de nouveau brandie par plusieurs acteurs : médias, plateformes de réseau sociaux ou encore think tanks sont en première ligne.

Un communiqué du FBI, endossé par plusieurs membres de l'exécutif, ainsi que par les chefs d'autres agences du renseignement américain, ont mis en garde les électeurs américains le 5 novembre, veille du scrutin. Selon les auteurs du communiqué, des entités étrangères pourraient tenter de perturber les élections. Tout en assurant qu'il n'y avait ni preuve, ni même d'indication, à ce stade, que l'infrastructure de vote, elle-même, ait été compromise. «A ce stade, nous n'avons pas d'indication que l'infrastructure de vote de notre nation a été compromise à des fins d'empêcher de voter, de modifier le décompte des voix ou de perturber la capacité de compter les voix», ont-ils néanmoins concédé.

Mais en quoi consisterait donc cette ingérence ? Comme à l'accoutumée, et selon une narration établie dès janvier 2017, les auteurs du communiqué détaillent : «Ils peuvent faire ça en diffusant de fausses informations sur le processus politique et les candidats [...] en disséminant de la propagande sur les réseaux sociaux et par le biais d'autres tactiques.» En clair : faute de piratage technique avéré des urnes électroniques, le renseignement américain s'en prend, encore une fois, à des contenus éditoriaux et à l'utilisation des réseaux sociaux pour leur diffusion.

Après deux ans de battage médiatique et politique permanent, le grand public est donc prié de croire le storytelling du renseignement américain : l'ingérence russe, serait non seulement avérée dans la campagne présidentielle américaine de 2016, mais d'actualité dans les élections de mi-mandat. Et dans la validation de cette narration, les médias ont joué, et jouent encore et toujours un rôle déterminant. Prenant part au feu roulant – tantôt anti-Trump, tantôt anti-russe – des médias historiques, le pure player américain Newsweek tirait le signal d'alarme dès juillet 2017, avec le titre anxiogène : «Le piratage russe des élections américaines de 2018 a déjà commencé, prévient Microsoft».

Newsweek se faisait alors le relais d'une intervention d'un responsable du géant du logiciel, Tom Burt, qui s'exprimait dans le cadre du forum sur la sécurité de l'institut Aspen. «Presque tout le monde s'accorde à dire que la Russie a interféré avec l'élection présidentielle de 2016, et les experts en sécurité s'accordent à dire que [la Russie] interfère dans les élections de mi-mandat», affirme d'autorité, dans une vidéo de présentation, l'institut qui compte parmi ses membres des néoconservateurs tels que l'ex-secrétaire d'Etat Condoleezza Rice. Think tanks, médias institutionnels : l'assertion, «tout le monde s'accorde à dire», d'une ingérence russe devient ainsi un élément indiscutable de la narration mainstream.

Inversion accusatoire et cyberguerre préventive

Et c'est sur ce terreau que le renseignement américain et le Pentagone poussent leur avantage, quitte à empiéter sur les plate-bandes de l'exécutif, en l'espèce, Donald Trump.  

Plusieurs médias, le site Business Insider, le Daily Beast, et l'organisation de journalistes d'investigation Center for Public Integrity – se sont ainsi fait l'écho le 2 novembre d'un «plan secret» du Pentagone.

Son principe : si la Russie s'emploie à pirater, interférer et s'ingérer dans les élections américaines, comme semblent l'attendre médias et services de renseignement, la Défense américaine serait en droit de lancer des attaques cybernétiques contre la Russie. «Si la Russie interfère électroniquement dans les élections de mi-mandat du 6 novembre», rapporte le Daily Beast, utilisant le terme vague «électroniquement». Et le site d'information d'expliquer que les hackers de l'armée américaine avaient reçu le feu vert pour pénétrer, de façon préventive, dans les «systèmes cybernétiques» russes qu'ils jugeraient opportuns. Afin, précise encore la publication, de pouvoir exécuter une attaque avec rapidité.

Faisons porter le chapeau à la Russie

En tout état de cause, Donald Trump a signé le 12 septembre dernier un décret présidentiel abandonnant aux agences de renseignement le pouvoir de déterminer si une ingérence étrangère avait eu lieu. Une décision risquée, reflet possible d'un rapport de force défavorable au président américain qui est engagé dans une confrontation avec les agences de renseignement depuis son élection. Pour autant, le locataire de la Maison Blanche, tout en cédant du terrain, s'est saisi de la thématique anxiogène de la supposée ingérence russe pour tenter de la retourner à son avantage. En campagne dans l'Etat du Montana le 3 novembre, Donald Trump vantait lors d'un meeting son bilan économique et la façon dont, selon lui, les démocrates cherchent à le dénigrer. «Comment vont-ils contrer ça ? Ils penseront à quelque chose comme... la Russie. Faisons porter le chapeau à la Russie», a-t-il ironisé.

En cas de défaite, ou de victoire mitigée des démocrates à la chambre des représentants, faut-il s'attendre à un nouveau déferlement antirusse dans les médias et à de nouvelles enquêtes à charge du renseignement américain ?

Alexandre Keller

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