Nike choisit une égérie qui a boycotté l'hymne américain, les conservateurs brûlent leurs baskets

Nike choisit une égérie qui a boycotté l'hymne américain, les conservateurs brûlent leurs baskets Source: Reuters
Le footballeur américain Colin Kaepernick, choisi pour célébrer l'anniversaire du slogan «Just do it».

Nike a révolté la frange patriote de ses clients américains en choisissant le footballeur Colin Kaepernick pour célébrer les 30 ans de son célèbre slogan «Just do it». Le joueur avait boycotté l’hymne américain pour dénoncer les violences policières.

Jamais l’expression galvaudée «les réseaux sociaux se sont embrasés» n'a été aussi pertinente que depuis le 3 septembre : des clients américains de Nike se sont mis à diffuser des images de leurs paires de baskets en flammes, afin d'exprimer leur colère contre la marque. L’équipementier américain a déclenché leur ire en choisissant le sportif contestataire anti-Trump, Colin Kaepernick, pour célébrer le trentenaire du slogan «Just do it», faisant ainsi un pied de nez aux conservateurs américains.

Le joueur a posté sur son compte Twitter le 3 septembre sa photo ornée de la formule éminemment politique, réalisée par Nike pour célébrer les 30 ans de son fameux slogan «Just do it» : «Croyez en quelque chose, même si cela signifie que vous devez tout sacrifier.»

Les autres champions à avoir rejoint la famille Nike pour célébrer ce 30e anniversaire sont le basketteur James LeBron et la joueuse de tennis Serena Williams. Néanmoins, malgré leurs positions militantes, ils font bien plus consensus que le jeune Colin Kaepernick (30 ans), qui s’illustre depuis 2016 par des coups d’éclat contestataires qui lui valent autant d’admiration que d’inimitiés.

En août 2016, l'ancien quarterback des San Francisco 49ers avait en effet mis un genou à terre durant la diffusion de l'hymne américain, joué avant les matchs, pour protester contre la recrudescence des violences policières contre les Afro-Américains. Son militantisme avait fortement déplu à une partie de l'opinion publique américaine. Ces citoyens patriotes, attachés aux vétérans qu'ils estiment humiliés par le geste du sportif, protestent aujourd'hui contre le choix de Nike en brûlant leurs paires de baskets et en publiant sur les réseaux sociaux des images de leur acte.

Campagne anti-Nike sur les réseaux sociaux et réactions moqueuses

Une de ces vidéos a cumulé plus de quatre millions de vues. Son auteur estime avoir eu à «choisir entre son sport favori et son pays», et il affirme avoir tranché en faveur de «son pays».

«En tant qu'Américain, je ne peux plus cautionner votre société», dénonce cet utilisateur de Twitter, en référence à la campagne de Nike.

«Pour ceux qui soutiennent les militaires et les vétérans», écrit ce patriote américain en commentaire de photos montrant des casquettes Nike en feu.

Des réactions hilares à ces bûchers vestimentaires ont afflué, de nombreux internautes priant les acheteurs pyromanes de leurs confier leurs produits Nike pour qu'ils puissent eux aussi les détruire, mais en les portant, ou les donner aux vétérans sans-abris. 

Un vétéran américain s'est même exprimé sur les réseaux, demandant aux brûleurs de produits Nike de cesser. «Ne prétendez pas brûler votre équipement pour moi, qui suis vétéran ! La seule chose que Kap [Colin Kaepernick] ait faite est d'exercer ses droits et sa liberté.»

 

«Comment osez-vous brûler des baskets Nike et des vêtements pour protester contre l'affront fait aux vétérans quand vous pourriez donner ces articles au 1,8 million de vétérans qui vivent dans la pauvreté ?», dénonce encore une internaute.

Enfin, des auteurs de «memes» relayés sur internet ont imaginé la réaction hilare de la marque à la campagne de combustion de ses produits, déjà achetés.

Le mouvement anti-hymne américain initié par Colin Kaepernick

En posant un genou à terre au moment où l'hymne national a rententi en août 2016, Colin Kaepernick souhaitait faire référence à des drames survenus durant l'été. En Louisiane, un jeune vendeur à la sauvette afro-américain, Alton Sterling, s'était fait abattre le 5 juillet à bout portant par deux policiers blancs. Des manifestations s'en étaient suivies dans plusieurs villes des Etats-Unis. Le 6 juillet, lors d'un simple contrôle de routine, Philando Castile, également afro-américain, avait été tué par balles dans sa voiture devant sa compagne et la fille de cette dernière. 

Considérant la trop longue liste d'Afro-Américains tués par la police, le sportif avait à l’époque déclaré au média de la ligue de football américain, la NFL, ne pas vouloir «afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs et les gens de couleur».

Son geste a par la suite été imité par des centaines d'autres joueurs. Mais cette attitude considérée comme anti-patriote a choqué une frange importante de l’opinion publique américaine. Elle a aussi déclenché la fureur du président Donald Trump, qui avait déclaré en septembre 2017 qu’il fallait «virer» les sportifs qui ne respectaient pas l’hymne national. A la fin de son contrat en 2016, le talentueux Colin Kaepernick a été mis à l'écart, aucune autre équipe de NFL n'a cherché à le recruter. S'estimant victime de discrimination, il poursuit actuellement les propriétaires de la ligue en justice.

Lire aussi : Sanctions : l'Iran saisit la FIFA après que Nike a refusé de fournir des chaussures à ses joueurs

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