Migrants, Mali, Daesh, Libye : les hésitations d'une Europe qui se cherche

L'Union trébuche dès qu'il s'agit de politique étrangère et de relations internationales© Yannis Behrakis Source: Reuters
L'Union trébuche dès qu'il s'agit de politique étrangère et de relations internationales

La pression migratoire que connaît actuellement l'Europe aurait pu être l'occasion pour les «28» pays de l'Union de se montrer forts, solidaires, et inventifs. Mais à l'évidence le rendez-vous semble manqué. Et ce n'est pas la première fois.

Avec les migrants, l'Europe semble bégayer. Au printemps dernier pourtant, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, voulait encore y croire. Son «Agenda sur la Migration» était en effet ambitieux : plus de solidarité contre plus de sécurité. Au final, nous n'avons eu ni l'un, ni l'autre.

Le naufrage du mois d'avril - plus de 800 morts - avait secoué les esprits. Réunis en urgence au Luxembourg, les ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères, voulaient, disaient-ils, «agir ensemble». Ont été évoqués pêle-mêle une campagne militaire contre les bateaux de passeurs libyens, une coopération des renseignements européens, ou encore un vaste plan d'aide pour soulager l'Italie et la Grèce. Mais quelques semaines plus tard, ce n'était déjà plus le même son de cloche. L'idée d'instaurer des quotas d'accueil de migrants par pays fait «pschitt», tout comme les actions de surveillance et de captation d'envergure qui devaient être menées en Méditerranée. Aucun pays n'étant finalement prêt à mettre la main au portefeuille pour assumer le fardeau.

Face aux grandes crises internationales, l'Europe des «28» apparaît donc hésitante -ses Etats-membres continuant de jouer leurs partitions en solo - et incapable de porter une politique communautaire claire. Résultat : le concert donné est toujours dissonant. Pour le meilleur, comme pour le pire.

  • 2011 : les printemps arabes, la crise libyenne... allô Bruxelles ?

Lorsqu'en 2010-2011, le mouvement des «printemps arabes» agite l'Afrique du Nord, l'Europe reste étrangement silencieuse pendant plusieurs semaines. Pourquoi Catherine Ashton, la Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité européenne, est-elle aux abonnés absents ? Essentiellement parce que celle qui est censée incarner le visage de la politique extérieure de l'Europe, doit, avant toute prise de parole, consulter les 28 ministres des Affaires étrangères pour tenter (?) avec eux de dégager une position commune. 

Et lorsque la crise libyenne survient, le problème devient alors patent. Alors que les chefs de gouvernements les plus «va-t-en-guerre», Nicolas Sarkozy et David Cameron, donnent de la voix dans les médias et dans les instances internationales, les autres ne peuvent que s'agacer, ou se taire. L'Allemagne, lors du vote au Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur l'usage de la force contre le régime de Kadhafi, ne pouvant froisser publiquement ses partenaires européens, préfère s'abstenir. On connaît la suite.

  • 2013 : Mali, Centrafique: des paroles, des paroles, des paroles 

«La France n’est pas seule au Mali et le sera de moins en moins» déclare François Hollande mercredi 17 janvier 2013 alors quil vient de déclencher l'opération Serval, et d'envoyer 2 500 soldats français combattre les islamistes radicaux qui menaçaient Bamako.

Quid de l'Europe ? Si Catherine Ashton déclare que «l'UE va jouer un rôle clé et actif dans les semaines et mois à venir pour résoudre la crise malienne», dans les faits, outre deux Transall allemands, deux hélicoptères médicalisés belges, quatre avions britanniques plus un danois, la moisson française auprès de ses partenaires européens est bien maigre. La France a beau plaider que la lutte contre AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) était un enjeu majeur pour la sécurité de demain, l'Europe fait la sourde oreille, se contentant d'assurer la formation de l'armée malienne. 

Idem quelques mois plus tard, en décembre 2013, lorsque la France intervient en Centrafrique pour éviter au pays de sombrer dans une guerre civile meurtrière. François Hollande soucieux de partager le coût de cette nouvelle opération militaire avec ses partenaires européens devra patienter... quatre bons mois ! En avril 2014, les «28» ministres de Affaires étrangères approuvent à l'unanimité la mise en place d'une force opérationnelle dirigée par l'Union européenne, Eufor RCA. Des soldats espagnols, finlandais, italiens, géorgiens, et polonais viendront ainsi prêter main forte aux Français - qui demeurent le plus gros contingent - mais aucun Allemand ni Britannique ne foulera le sol centraficain.

  • 2014-2015 : Daesh, et toujours rien ?

Le 29 juin 2014, premier jour du mois du ramadan, Abou Bakr al-Baghdadi, inconnu du grand public, se proclame calife de l'État islamique en Irak et au Levant, vaste zone courant entre l'Irak et la Syrie. Et depuis cette date, le groupe islamique radical n'a cessé de gagner du terrain semant sur son passage terreur et misère. Ainsi, plus de 3 000 jeunes européens auraient déjà quitté leurs foyers pour grossir les rangs de cette armée terroriste.

Engagée au sein de la coalition internationale anti-Daesh, l'Europe se montre toujours aussi chancelante dans sa stratégie. «Je pense que c’est [la situation actuelle] un échec pour tout le monde. En paroles, tout le monde veut aider l’Irak, mais en réalité, on nous aide très peu» a lancé début juin le Premier ministre irakien, Hïder al-Abadi, lors de la grande conférence de Paris. Un appel à l'aide qui n'a pas porté ses fruits, puisque la stratégie des raids militaires est aussitôt confirmée par les Européens. Un mois plus tard, la Belgique annonce qu'elle se «désengage partiellement» de la coalition, officiellement, faute de moyens. L'Europe politique à «28» ne semble pas prête de voir le jour.

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