Mariage du prince Harry et de Meghan Markle : que reste-t-il des républicains britanniques ?

Mariage du prince Harry et de Meghan Markle : que reste-t-il des républicains britanniques ?© Tolga Akmen Source: AFP
Supporters enthousiastes de la Couronne britannique devant le château de Windsor le 18 mai.

A l’heure des noces du Prince Harry et de sa dulcinée Meghan Markle le 19 mai, le mouvement antimonarchiste Republic est plus inaudible que jamais et la frange jadis républicaniste du Labour a mis de l'eau dans son vin.

Après le mariage du prince William et de Kate Middleton en 2011, c’est au tour de l’enfant terrible de la Couronne, le prince Harry, de convoler en justes noces avec l'actrice Meghan Markle, le 19 mai dans le château des Windsor dans le Berkshire. Alors que le pays en émoi s’apprête à célébrer l’événement, la cause dite républicaniste ne fait plus beaucoup d’éclats. Un des derniers sondages sur la monarchie, mené en 2016 par Ipsos, en témoigne : 75% des Britanniques interrogés pensent que la monarchie a un rôle important à jouer pour le futur du pays. 

Le principal mouvement antimonarchiste Republic, qui dit reposer sur une base de 30 000 membres, a bien du mal à se faire entendre. A l'image d'un tweet récent qui s'élève contre le financement par le contribuable du mariage princier, leurs publications ne récoltent actuellement que quelques maigres likes.

Ce mouvement, institué en groupe de pression en 2006, s’est fait remarquer par ses contre-événements organisés lors des grandes célébrations de la Couronne et par des enquêtes et des révélations d’affaires défavorables à la famille royale. Il a su s’attirer à sa création le soutien de députés conservateurs, travaillistes, libéraux-démocrates ou verts. Mais leur soif de révolution institutionnelle ne trouve aujourd’hui que peu d’écho. Leur dernière pétition pour que la BBC assure une couverture fiable et objective des noces princières n’a rassemblé que moins de 5 000 signatures au 18 mai.

Les antimonarchistes lâchés par Jeremy Corbyn

Même un des plus farouches opposants à la monarchie, le leader travailliste Jeremy Corbyn, s’est dédit au fil des années. Pourtant, il avait bien appuyé la proposition de loi sur l’abolition de la monarchie, le Commonwealth of Britain Bill, proposé par le député travailliste Tony Benn en 1991. 24 ans plus tard, en 2015, dans une déclaration au tabloïd anglais Mirror, il faisait cette fois profil bas et revoyait ses ambitions à la baisse. Entendant toujours réformer la chambre des Lords ou placer un citoyen à la tête du Commonwealth, il n’affichait plus la volonté de se battre contre le statut de la reine.

Un sondage de YouGov montrait la même année que 68% des Britanniques pensaient que la reine était une bonne chose pour le pays. Sans doute ces chiffres auront-ils eu raison de sa position. «Ecoutez, je suis profondément républicain, comme vous le savez», déclarait ainsi le leader travailliste. «Mais ce n’est pas le combat que j’entends mener, ce n’est pas un combat qui m’intéresse. Je suis plus intéressé par la réduction des inégalités, à gérer les problèmes, à protéger l’environnement», avait-il expliqué.

Le désintérêt des Britanniques pour le mouvement républicain n’est pas une surprise, à la suite d’une série de coups médiatiques orchestrés par le palais de Buckingham pour redorer son blason après les années de désamour consécutives à la mort de Diana, marquées par un pic d’impopularité en 1997. Les déconvenues de cette princesse, objet de la ferveur populaire, avec la famille royale, avaient révélé les failles et la dureté de la dynastie. Dès lors, la reine s'est privée de son yacht le Britannia, a accepté de payer des impôts, de réduire son train de vie, et a supprimé le financement des membres de la famille royale. De son côté, le prince Charles a officialisé sa liaison avec Camilla Parker Bowles et l’a épousée. Les grandes célébrations comme le Jubilé d'or en 2002, la commémoration de la victoire contre le nazisme et le Japon, et les funérailles de la reine-mère en 2002 ont aussi aidé la monarchie à regagner un soutien populaire.

La monarchie, sans cesse contestée depuis Cromwell, garde le cap

Le glas de la monarchie britannique n’a sonné qu’une fois, en 1649, sous l’impulsion du militaire Oliver Cromwell, qui avait alors proclamé la République et créé un nouveau parlement. Agissant lui-même tel un monarque aux pouvoirs iniques, dissolvant trois parlements successifs, il fut contesté par la troisième assemblée qui lui demanda de rétablir la royauté. Il avait souhaité confier les rênes du pouvoir à son propre fils, Richard. Mais Charles II, fils du défunt roi décapité, avait vite repris la Couronne en 1661, soutenu par le gouverneur d’Ecosse.

Depuis, l’opinion britannique oscille entre désamour vis-à-vis de la famille royale et affection pour une monarchie qui assure une forme de stabilité et de continuité. Le sentiment républicaniste a culminé dans les années 1840, au moment de la seconde révolution française de 1848, mais n’a jamais véritablement menacé les monarques.

Aujourd'hui, si les républicanistes britanniques contestent les privilèges héréditaires, ils dénoncent aussi la nature de la constitution britannique. Elle s'appuie sur un recueil de textes et de traités servant de base aux principes et lois en cours dans le pays. Les républicains souhaitent la rédaction d’une constitution unifiée composée d’un seul document. Ils se battent aussi pour que cesse l’influence de la Couronne qui, censée n’occuper que des fonctions symboliques, interfère avec le pouvoir politique. La reine est ainsi chargée de la nomination du Premier ministre (non pas de son choix), et signe les traités internationaux. Elle ouvre les sessions du Parlement, tient des réunions hebdomadaires avec le Premier ministre, qui s’entretient avec elle de questions de politique intérieure et extérieure. 

Les opposants à la monarchie souhaitent en outre que les finances royales soient examinées par un organisme indépendant. Si en 2009, le palais de Buckingham prétendait que les frais de la monarchie s’élevaient à 41,5 millions de livres, le mouvement Republic a fait une réévaluation en estimant le chiffre réel à 334 millions, en tenant compte des dépenses de sécurité. Mais il faut mettre ce chiffre en balance avec les profits réalisés par la Couronne et reversés à l’Etat. Elle possède et administre des biens qui forment le Crown Estate, et touche 15% de ces revenus, dit le Sovereign Grant. Grâce à la gestion de ce patrimoine, le Trésor britannique a réalisé un profit de 329 millions de livres en 2016. Cette dotation devrait être augmentée pour atteindre 25% afin de financer les nombreux travaux du palais de Buckingham.

En outre, les bénéfices engrangés par l'activité économique liée au mariage princier promettent d'être colossaux. La manne touristique est notamment estimée à 2 milliards de livres par VisitBritain, l'Office du tourisme britannique. 

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