Ghouta : après avoir compromis l'évacuation de la poche de Douma, Jaïch al-Islam veut négocier

Convoi de bus emmenant des combattants de Jaïch al-Islam et leurs familles hors de la poche de Douma le 5 avril, photo ©Nazeer al-Khatib / AFP

Tenant encore une ultime poche dans la Ghouta, les rebelles islamistes sont parvenus à bloquer les couloirs humanitaires, empêchant les habitants et leur familles de fuir. Le groupe armé Jaïch al-Islam profite-t-il de facto de ce bouclier humain ?

En raison de tirs rebelles, Damas a dû suspendre l'évacuation des civils, des combattants et de leurs familles ce 6 avril. Dernière poche dans la poche, Douma est l'ultime théâtre de combats violents entre armée syrienne et rebelles islamistes dans la Ghouta orientale. Le groupe armé Jaïch al-Islam a pilonné les couloirs humanitaires ouverts le 2 avril dernier, qui devaient permettre l'évacuation de cette enclave résiduelle. L'un de ces corridors mène au camp d'al-Wafidine, tandis que l'autre permet d'atteindre la localité d'Harasta. D'après Reuters, les rebelles ont demandé à renégocier les conditions afin de parvenir à une «solution juste et logique».

Un correspondant de l'AFP rapporte qu'environ 20 bus affrétés par le gouvernement syrien ont dû rebrousser chemin après avoir tenté de pénétrer dans la zone de Douma. Les véhicules restent stationnés pour l'heure aux abords de l'enclave.

D'après l'agence de presse syrienne Sana, Damas explique le retrait des bus d'évacuation par la nécessité de «s'éloigner des divergences entre terroristes» et de les laisser régler leurs différends «par eux-mêmes».

Les civils comme moyen de négocier ?

Le controversé Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) basé au Royaume-Uni, cité par l'AFP, rapporte pour sa part qu'une grande partie des combattants de Jaïch al-Islam, 4 000 sur un total estimé à 10 000, s'opposent toujours à l'évacuation. Selon l'AFP, les rebelles n'auraient d'ailleurs jamais confirmé l'accord d'évacuation conclu avec la Russie : pourtant, le 1er avril dernier, le Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie déclarait dans un communiqué qu'«un accord préliminaire [avait] été conclu afin que les extrémistes du groupe Jaïch al-Islam quittent la Ghouta orientale.»

Comme en février dernier, les habitants de la Ghouta semblent être la variable d'ajustement des rebelles, le levier permettant d'espérer faire plier l'armée syrienne. A tel point que les groupes islamistes semblent avoir intégré l'éventualité de victimes collatérales à leur logique de guerre. Celles-ci sont en effet inévitables en milieu urbain dense et les décès, bénéficiant d'une très large couverture médiatique en Occident, permettent aux rebelles de nourrir leur rhétorique antirusse et anti-Damas.

Afin de tenter de rétablir ces couloirs, l'aviation russe, en appui des forces syriennes, a en effet procédé à plusieurs frappes visant les rebelles islamistes. Malgré la confusion régnant sur le terrain, l'OSDH a aussitôt fait état de la mort de quatre personnes et d'«au moins» 25 blessés dans ces bombardements.

Malgré les sursauts de Jaïch al-Islam, toutefois, le dernier bastion rebelle de la Ghouta orientale semble en passe d'être intégralement repris par les forces syriennes. 

D'après la télévision syrienne citée par Reuters, la Garde républicaine a pénétré ce 6 avril les abords de Douma, où les exploitations agricoles sont nombreuses, approchant du centre urbain de cette agglomération du nord de la Ghouta. Réduisant d'autant la marge de manœuvre des rebelles.

Lire aussi : L’autoroute de la Ghouta orientale libérée après un blocus de sept ans (IMAGES PAR DRONE)

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