«C’était beau» ? Les autorités polonaises divisées sur la marche nationaliste du 11 novembre

«C’était beau» ? Les autorités polonaises divisées sur la marche nationaliste du 11 novembre© Agencja Gazeta Source: Reuters
La marche des nationalistes à Varsovie, le 11 novembre 2017

Un membre du gouvernement polonais a salué la «beauté» du rassemblement nationaliste à Varsovie – émaillé de slogans antisémites et anti-islam – avant que le président ainsi qu'une porte-parole du parti au pouvoir ne décident de condamner ce défilé.

«Nous sommes fiers qu’autant de Polonais aient décidé de participer aux célébrations liées à la journée de l’Indépendance. […] C’était très beau,» a déclaré le 12 novembre le ministre polonais de l’Intérieur Mariusz Blaszczak lors d'une conférence de presse à propos de la grande marche nationaliste qui avait eu lieu la veille dans la capitale polonaise. Il a en outre ajouté que ceux qui étaient descendus dans les rues de Varsovie avaient pu exprimer sans entraves leur point de vue au moyen de leurs slogans et drapeaux ; une preuve, selon le ministre, de la vitalité de la démocratie en Pologne.

Mais à quels slogans Mariusz Blaszczak faisait-il référence ? Le 11 novembre, presque 60 000 personnes ont participé à une marche organisée par des groupes nationalistes sous le slogan «Nous voulons Dieu», tiré d’un ancien chant polonais. Il s'agissait d’une des manifestations nationalistes les plus importantes de ses dernières années en Europe ; y ont d'ailleurs pris part des dirigeants de mouvements d’extrême droite d'autres pays européens, tels que l’Italie et le Royaume-Uni.

La majorité des participants avait le visage masqué et portait des drapeaux polonais, des symboles nationalistes et des slogans racistes ont été proférés. Parmi les slogans brandis ou criés pendant la marche figuraient : «L’Europe blanche des nations sœurs», «L’Europe sera blanche ou vide», «Non à l’islam» ou encore «Les juifs hors de Pologne».

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Les pancartes des manifestants reprenaient, entre autres, la «falanga», symbole nationaliste polonais datant des années 1930, représentant un bras tenant une épée. Des croix celtiques, appréciées notamment des suprématistes blancs, étaient également présentes lors de la marche.

Des manifestants auraient en outre attaqué un petit groupe de quelque 2 000 contre-manifestants et porté des coups à des activistes brandissant des pancartes «Non au fascisme».

Le gouvernement minimise les incidents

Une magnifique célébration des Polonais unis autour des valeurs communes de liberté et de fidélité à leur patrie indépendante

Selon le ministère des Affaires étrangères, ces manifestations de racisme au cours de la marche étaient «occasionnelles» et ne devraient pas porter préjudice à l'ensemble de l'événement qu'il a qualifié d’«expression de sentiments patriotiques». «[C’était] une magnifique célébration des Polonais unis autour des valeurs communes de liberté et de fidélité à leur patrie indépendante», a déclaré le service de presse du ministère.

De même, selon Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti au pouvoir Droit et justice (PiS), seuls quelques «incidents déplorables» ont été à déplorer, ajoutant que le problème était selon lui «marginal». «Ceux qui veulent nuire à la Pologne savent comment s’y prendre», a-t-il poursuivi, supposant que les slogans racistes étaient une «provocation».

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Condamnation par le président et la porte-parole du PiS

Par la suite, d'autres représentants des autorités polonaises ont fait entendre un son de cloche différent ; peut-être en raison de la diffusion par la presse internationale des slogans racistes formulés et brandis durant la manifestation et de l'indignation que ceux-ci ont pu susciter.

Dans notre pays, il n’y a ni place ni consentement pour la xénophobie, pour un nationalisme maladif, pour l’antisémitisme

Ainsi, deux jours après la marche nationaliste, le président polonais, également membre du parti PiS au pouvoir, a condamné la façon dont s'est déroulée la manifestation. «Ce message est inacceptable pour toute personne honnête en Pologne, parce qu’on ne peut pas mettre un signe d’égalité entre le patriotisme et le nationalisme. […] Dans notre pays, il n’y a ni place ni consentement pour la xénophobie, pour un nationalisme maladif, pour l’antisémitisme», a-t-il déclaré le 13 novembre, cité par RFI, un jour après avoir balayé les critiques estimant que «le plus important est l’attachement à la patrie, au peuple».

De même, Beata Mazurek, la porte parole du PiS a esquissé une critique, notant qu'une telle situation «n’aurait pas dû avoir lieu».

A l'étranger, Israël s'est indigné des événements du 11 novembre à Varsovie, qualifiant ses participants d'«éléments racistes dangereux». «Nous espérons que les autorités polonaises prendront des mesures contre les organisateurs. L’histoire nous apprend que les manifestations de racisme et de haine doivent être combattues rapidement et de manière décisive», a déclaré Emmanuel Nahshon, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères.

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Le 11 novembre, le jour où la Pologne a retrouvé son indépendance après la Première guerre mondiale, est devenu une fête annuelle célébrée au moyen de défilés, de mises en scènes historiques et d’autres activités. Mais ces dernières années les nationalistes Polonais se sont mis à profiter de cette occasion pour faire entendre leur opinion sur plusieurs sujets : en 2016, une manifestation semblable à celle de 2017 avait rassemblé 75 000 participants.

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