Avec l'accord tacite des Etats-Unis, des centaines de terroristes auraient fui Raqqa avant sa chute

Avec l'accord tacite des Etats-Unis, des centaines de terroristes auraient fui Raqqa avant sa chute
Rues de Raqqa après les bombardements de la coalition arabo-occidentale fin octobre 2017, photo ©Erik de Castro/Reuters

Selon de nombreux témoignages recueillis par la chaîne d'information britannique BBC, des centaines de combattants de Daesh auraient été évacués de Raqqa quelque jours avant la conquête de la ville, ex-capitale de facto de l'organisation terroriste.

Le caractère très meurtrier des bombardements de la coalition arabo-occidentale menée par Washington afin de venir à bout des djihadistes de Daesh à Raqqa, en octobre dernier, a sans doute pesé dans la balance. Après une enquête de terrain, la BBC a révélé que des centaines de terroristes auraient été exfiltrés de Raqqa avec l'accord tacite de la coalition internationale, avec femmes et enfants, afin de précipiter l'issue inéluctable de cette bataille – la défaite de Daesh. «Nous avons transporté environ 4 000 personnes, dont des femmes et des enfants», témoigne ainsi un des nombreux chauffeurs réquisitionnés pour l'opération qui a eu lieu le 12 octobre 2017, soit cinq jours avant la libération totale de la ville.

Une telle évacuation des terroristes fondus dans le reste de la population de Raqqa, réduite à l'état de bouclier humain, aurait sans doute accéléré la fin des combats. Mais elle aurait permis à ces membres de Daesh, voués à une mort certaine, de fuir l'ex-capitale de facto de l'Etat islamique et de rejoindre possiblement d'autres théâtres de guerre. Certains seraient parvenus jusqu'en Turquie, d'après la BBC, qui a réuni de nombreux témoignages.

Un autre des chauffeurs, du nom d'Abu Fawzi, rapporte la façon dont ceux-ci auraient été mis devant le fait accompli, croyant n'avoir qu'environ 200 civils à évacuer et quelques heures de travail. Les chauffeurs auraient finalement mis trois jours à effectuer leur tâche, apprenant par surprise qu'ils auraient à convoyer des combattants de Daesh en lieu et place de simples civils.

Poids lourd évacuant des djihadistes de Raqqa vers le 12 octobre 2017, capture d'écran vidéo ©BBC

Selon les termes de l'accord initial, les djihadistes n'étaient au départ autorisés à n'emporter qu'une arme personnelle. Les chauffeurs auraient finalement eu à convoyer d'importantes quantité d'armement et de munitions. «Un essieu [de camion] s'est cassé sous le poids des munitions», se rappelle ainsi Abu Fawzi.

Un autre chauffeur interrogé par la BBC estime la taille du convoi (djihadistes et civils compris) à six ou sept kilomètres de long, progressant dans les rues dévastées de Raqqa. Selon ce même témoin, 50 camions, 13 bus, ainsi qu'une centaine de véhicules appartenant aux terroristes auraient été nécessaires pour mener à bien l'évacuation. Aux commandes des opérations militaires contre Daesh dans la ville et ses environs – sans l'accord de Damas – la coalition arabo-occidentale menée par les Etats-Unis ainsi que les Forces démocratiques syriennes (FDS), ses alliés rebelles à dominante kurde, ne seraient pas intervenus. Les chauffeurs auraient reçu des milliers de dollars pour leurs services. Mais aussi en échange de leur silence. 

Pour le porte-parole de la coalition, il est «possible» que des djihadistes se soient mêlés aux civils

Interrogé à ce sujet lors d'une téléconférence au Pentagone le 14 novembre, le porte-parole de la coalition internationale menée par Washington, le colonel Ryan Dillon, a de fait reconnu que «sur les 3 500 civils qui ont quitté Raqqa à ce moment-là, moins de 300 ont été identifiés comme de possibles combattants de l'Etat islamique», selon l'AFP.

Selon lui, l'accord entre la coalition et les FDS était que les photos et les empreintes digitales de tous les hommes en âge de combattre seraient vérifiées pour éviter que des djihadistes connus puissent s'échapper. Or, a-t-il ajouté : «Je ne peux pas dire avec 100% de certitude que chaque combattant ait été identifié à son départ de Raqqa.» 

«Que certains de ces combattants aient pu évoluer parmi les civils [...], c'est possible», a-t-il également déclaré.

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