Grèce : comprendre le référendum en 5 points

Le premier ministre grec Alexis Tsipras vote, à l'occasion du référendum du 5 juillet 2015.© Alkis Kostantindinis Source: Reuters
Le premier ministre grec Alexis Tsipras vote, à l'occasion du référendum du 5 juillet 2015.

C'est un vote historique pour la Grèce. Voici le pourquoi, le comment et les conséquences du référendum.

Les Grecs sont appelés aux urnes, dimanche 5 juillet. Ils s'expriment, dans le cadre d'un référendum, sur l'acceptation ou le refus du dernier programme d'aide de l'Eurogroupe. Mais quels sont les enjeux exacts du vote ?

La question posée : «oui» ou «non» au dernier programme d'aide de l'Eurogroupe

Les négociations entre la Grèce et la troïka (UE, Banque Centrale Européenne – BCE et Fonds Monétaire International - FMI) étaient entrées dans une phase critique, au mois du juin 2015. Pris au piège d'une dette qui représente 180% de son PIB, la péninsule hellène s'était vu soumettre une proposition de sortie de crise par les ministres des finances de la zone euro, réunis en Eurogroupe.

Dans le détail, ce programme d'aide exigeait de la Grèce le remboursement de 12 milliards d'euros en quatre versement, avant la fin du mois de novembre 2015. Un nouveau plan d'austérité figurait également dans les conditions, avec, entre autre, la hausse des taux de TVA et le recul de l'âge de départ à la retraite.

Des exigences difficiles à accepter pour le peuple grec, déjà écrasé par les réformes drastiques mises en place par les gouvernements successifs depuis le début de la crise, en 2009. Les conditions de vie se sont en effet considérablement dégradée dans le pays, depuis l'application des premières réformes. Le chômage concerne maintenant plus de 25% de la population active et le taux de pauvreté dépasse les 23%. Un chiffre terrifiant : la Grèce recense deux suicides par jour, révélateurs du désespoir qui s'est emparé du pays.

Pourquoi un référendum ?

Face à aux conditions du programme d'aide de la troïka, le premier ministre grec Alexis Tsipras s'est montré inflexible. Élu en janvier 2015, le leader du parti Syriza avait fait campagne autour d'un retour de la souveraineté grecque, symbolisé par une dureté dans les négociations avec l'Eurogroupe.

Des promesses difficiles à tenir, alors que le pays connaît un besoin vital de fonds pour stabiliser son économie. Le Premier ministre et son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, ont des difficultés à imposer leurs conditions au reste de l'eurozone. En face d'eux, les ministres des Finances des autres pays européens ne changent pas de discours : seule l'austérité en Grèce sera synonyme d'aide européenne.

Coincé dans les négociations, l'exécutif grec a alors joué son va-tout, en annonçant, vendredi 26 juin, la mise en place d'un référendum pour laisser le peuple décider souverainement de son avenir. Un choix stratégique, qui permet au pouvoir de repousser les échéances de ses différents paiements (le pays, qui devait 1,6 milliard d'euro au FMI, s'est retrouvé en défaut de paiement, mardi 1er juillet) et de mettre une pression inédite sur l'Eurogroupe.

Les partisans du «Oxi» («non») face à ceux du «Nai» («oui»)

Depuis l'annonce du référendum, deux camps s'affrontent en Grèce. Les partisans du «oui», qui craignent une sortie de la Grèce de la zone euro, et ceux du «non» qui estiment que le pays ne pourra pas supporter de nouvelles réformes d'austérité.

Le débat existe déjà au niveau politique. Dès l'annonce du référendum, les principaux partis d'opposition avaient vivement critiqué une décision que beaucoup trouvent destructrice. La droite, représentée par l'ancien premier ministre Antonis Samaras, le parti de centre-gauche Potami et les socialistes de Pasok se sont unanimement prononcé contre le référendum. Néanmoins, ce dernier a été validé par le parlement hellène, dont les sièges sont majoritairement occupés par des membres de Syriza, le parti au pouvoir (162 sièges sur les 300 de l'hémicycle). Le vote aura donc lieu, mais une grande majorité de la classe politique fait campagne pour le «oui» et souhaite ainsi une validation par le peuple grec du programme d'aide européen.

En faveur du «non», les membres de Syriza, qui sont isolés politiquement mais que le peuple a porté au pouvoir, en janvier. Dans la même allocution au cours de laquelle le premier ministre annonçait la mise en place du référendum, Alexis Tsipras signifiait son intention de faire campagne pour le «non». Qualifiant le plan d'aide de l'Eurogroupe d'«ultimatum», le chef du gouvernement annonçait son refus personnel d'un plan que «sape la relance de la société économique grecque».

Ces oppositions parlementaires se retrouvent dans la rue. Depuis l'annonce du référendum, les Grecs se sont déplacés massivement pour manifester en faveur de l'un ou l'autre des choix. Ils étaient près de 50 000 dans les rues d'Athènes, samedi 4 juillet, à porter leurs couleurs. Une légère majorité de manifestants marchant en faveur du «non» : 25 000 face au 22 000 partisans du «oui».

En savoir plus : «Finis les pillages»: des milliers de manifestants en Europe expriment leur solidarité avec la Grèce

L'Europe tremble

Si le continent tout entier a les yeux rivés sur la Grèce, c'est parce que le choix que va faire le peuple hellène aura vraisemblablement des conséquences sur l'ensemble de la zone euro.

Un refus signifierait en effet un recul dans les négociation entre le pays et ses créanciers. Une situation qui n'est voulue ni par le FMI, ni par la BCE, ni par les ministres des Finances. Les discussions en cours, qui avaient été brièvement interrompues par l'annonce du référendum, doivent permettre aux belligérants d'aboutir à un accord conduisant à la réduction de la dette grecque et la restructuration du pays. Dans le cas contraire, c'est un risque d'effondrement fiscal qui guette la péninsule, avec une possibilité de contagion auprès d'autres pays de la zone euro, notamment les pays du sud, tels que l'Italie et l'Espagne.

Autre crainte européenne : la possible sortie de l'euro de la Grèce. Cette option, qui paraît de plus en plus crédible à mesure que le pays s'enfonce dans la crise, serait une première depuis l'instauration de la monnaie unique. Une perspective contre laquelle l'exécutif européen met en garde, arguant qu'un retour au drachme pour les grecs signifierait une déroute économique grave pour le pays et pourrait provoquer un effondrement des banques européennes.

Enfin, c'est vers les marchés financiers que l'inquiétude est dirigée. Les bourses du monde entier, à commencer par celles de Paris et de Francfort, s'étaient ouvertes sur des fortes baisses, lundi 29 juin, après l'annonce du référendum. Une tendance qui s'était vérifié à l'échelle mondiale, Rome, Shanghai et Tokyo affichant des chiffres similairement négatifs. Les taux d'emprunt s'étaient envolés sur le marché obligataire, synonyme de frein à l'investissement. Les cours de pétrole avaient également été affectés, avec entre 50 cents et un dollar de chute sur les prix du baril, partout dans le monde.

La Grèce confiante

Malgré ce scepticisme affiché dans le reste de l'Europe, la Grèce pourrait moins souffrir dans l'éventualité d'une victoire du «non».

Tout d'abord, la possible sortie de la zone euro est vraisemblablement écartée. Les appels à la reprise des négociations se sont fait entendre de tous bords, montrant que les résultats au référendum ne seront pas synonymes de rupture définitive des discussions en cours. Le FMI, représentée par sa directrice générale Christine Lagarde, l'Eurogroupe par son président, le Hollandais Jeroen Dijsselbloem et la BCE, à travers Mario Draghi, se sont tous montré favorable à la continuité des négociations. Une perspective rassurante pour la Grèce qui peut ainsi voter – et éventuellement refusé le programme d'aide de la troïka – sans présumer d'un cataclysme fiscal.

Ensuite, l'éventuelle victoire du «non» ayant été étudiée, des «plans B» sont déjà en chantier, au sein de l'Eurogroupe. Le premier ministre grec Alexis Tsipras, sans remettre en question la mise en place du référendum, continue à placer ses pions face aux créanciers de son pays. Le chef du gouvernement grec a ainsi appelé de ses vœux, vendredi 3 juillet, les créanciers à l'indulgence sur des mesures précises. En détail, c'est «une décote de 30%» de la dette grecque et «une période de grâce de 20 ans» qui ont été requises auprès de la troïka. Fort du soutien du FMI, dont les derniers rapports vont dans le même sens, Tispras a montré par sa requête que les discussions étaient toujours ouvertes et que la Grèce disposait toujours d'une marge de manœuvre en Europe, malgré l'imminence du référendum.

Sinon fiscales, le référendum aurait toutefois des conséquences politiques indéniables. Alors que les derniers sondages prédisaient une légère avance du «oui», le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a annoncé qu'il quitterait son poste si le «non» ne l'emportait pas. Le ministre, qui avait qualifié de «terrorisme» les injonctions au «oui» des créanciers, à la veille de référendum, démontre que la stabilité politique du pays est encore aussi fragile que la stabilité économique.

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