Berlin et Facebook s'affrontent sur la censure des «fake news» et des incitations à la haine

Berlin et Facebook s'affrontent sur la censure des «fake news» et des incitations à la haine Source: AFP
Devanture du Facebook Innovation Hub à Berlin

Alors que le ministère allemand de la Justice a présenté un projet de loi contraignant Facebook à supprimer en 24 heures les fausses informations et les propos incitant à la haine, le réseau social l'accuse de se «défausser de ses responsabilités».

Le réseau social Facebook s'apprête-t-il à engager un bras de fer avec l'Etat allemand au sujet de la censure des contenus litigieux publiés par les internautes ? Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, membre du Parti social-démocrate (SPD), vient de déposer un projet de loi au Parlement visant à contraindre l'entreprise californienne à supprimer en moins de 24 heures les publications incitant à la haine, ainsi que les «fausses informations». Facebook s'inquiète et renvoie les autorités allemandes à leurs propres responsabilités.

Fait suffisamment exceptionnel pour être souligné, Facebook a même diffusé un communiqué en allemand, dont l'hebdomadaire Wirtschaftswoche a publié le 29 mai plusieurs extraits sur son site internet. La firme américaine à choisi ce moyen pour réagir au texte qui sera prochainement discuté par les députés. Estimant que ce dernier est «inadapté» pour combattre les incitations à la haine sur internet, l'entreprise rappelle qu'«un Etat de droit ne doit pas se défausser de la responsabilité de ses propres échecs sur des entreprises privées». «La lutte contre les "fake news" et les incitations à la haine est une prérogative publique dont l'Etat n'a pas le droit de se désengager», affirme l'entreprise.

Le montant des amendes prévues en cas de non-respect des délais imposés suscite également l'indignation de Facebook. Pouvant s'élever jusqu'à 50 millions d'euros, elles seraient en effet «sans aucun lien avec les comportements sanctionnés» – et par conséquent injustifiées, selon le réseau social. «Nous faisons bien plus que n'importe quelle autre entreprise pour essayer de supprimer ces publications», s'était déjà défendu Richard Allen, directeur des relations publiques de Facebook en Europe, en 2016, alors que le projet de loi était déjà évoqué. 

Une loi votée avant l'été ?

De son côté, le ministère allemand de la Justice semble bien décidé à «augmenter la pression sur les réseaux sociaux». Dans un communiqué de presse, le ministre Heiko Maas explique la nécessité d'instaurer des «règles contraignantes» pour inciter ces médias à traiter les plaintes des utilisateurs. Le gouvernement justifie la nécessité de cette loi par les conclusions d'une étude parue il y a quelquesquelques. Cette dernière constatait que 70% des contenus signalés par des utilisateurs comme relevant de l'incitation à la haine n'étaient pas retirés du site dans les 24 heures suivantes.

Le projet de loi doit encore être voté par les députés, ce qui ne devrait pas poser problème, la coalition liant le SPD à l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel dispose en effet d'une large majorité au Parlement. Heiko Maas a déjà fait part de son ambition de parvenir à faire passer son texte avant l'été. En revanche, si le texte n'est pas adopté lors du vote, il pourrait ne pas l'être du tout, le mandat de quatre ans des députés se terminant au début de l'automne.

L'Allemagne interdit la diffusion de contenus faisant la promotion du nazisme et punit sévèrement les incitations à la haine mais la question de la censure demeure un sujet de débat sensible. 

Lire aussi : «Qui décide de ce qui est une fausse information et de ce qui ne l'est pas ?»

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