Des organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme sur l’épidémie de choléra au Yémen

Des organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme sur l’épidémie de choléra au Yémen© ABDULJABBAR ZEYAD Source: Reuters
Des Yéménites infectés par le choléra

Des organisations internationales, dont la Croix Rouge, ont pointé du doigt le développement d'une épidémie de choléra au Yémen, qui a déjà ôté la vie à 180 personnes. Un fléau qu'aurait notamment provoqué le blocus imposé par Riyad.

La situation au Yémen, où 11 000 cas de choléra ont été confirmés et 180 personnes ont succombé, est «la crise humanitaire la plus grave depuis 1945», a affirmé à RT Dominik Stillhart, directeur des opérations du Comité internationale de la Croix Rouge (CICR). Dans les hôpitaux saturés qu’il a visités à Sanaa, la capitale, nombres de patients doivent partager le même lit.

Selon Dominik Stillhart, 160 hôpitaux et autres installations médicales ont été détruits, principalement par des bombardements de la coalition menée par l’Arabie saoudite qui tente de mettre fin à la rébellion chiite au Yémen depuis 2015.

Le haut responsable du CICR estime que le blocus naval imposé par Riyad a contribué à l’aggravation de la famine et de la pauvreté dans le pays, qui ont favorisé le développement de l’épidémie de choléra.

«Les gens ne subissent pas seulement les conséquences directes du conflit, l’économie a aussi ralenti considérablement : il est très coûteux de transporter des biens à travers le pays via les lignes de front. De plus, avec le blocus aérien, il est difficile de transporter des vivres depuis certains aéroports», a déclaré Dominik Stillhart, ajoutant que le CICR avait appelé les parties impliquées dans le conflit à faciliter les livraisons des convois humanitaires. Plus de 17 millions de Yéménites, soit les deux tiers de la population, ont besoin d’une aide humanitaire et dix millions font face à une urgence alimentaire des plus critiques.

En raison de l’effondrement de l’économie, les fonctionnaires, et notamment les travailleurs sanitaires, ne sont pas payés depuis huit mois. Par conséquent, «l’eau polluée coule dans les rues de Sanaa quand il pleut», créant les conditions idéales à la prolifération de cette maladie qui a été éradiquée dans les pays développés, selon Sara Tesorieri, membre du Norwegian refugee council et actuellement au Yémen.

«Le choléra est évitable. S’il y a des systèmes de santé on peut contrôler sa propagation, mais les systèmes ont été ici détruits. Et les autorités ne sont pas à même de régler ce problème», a-t-elle confié à RT.

D’après Sara Tesorieri, les organisations internationales humanitaires doivent elles surmonter d'énormes difficultés pour travailler au Yémen. «Les importations sont perturbées. Cela à des conséquences sur l’aide humanitaire. Le Yémen importe 90% de ses produits alimentaires, donc tout obstacle aux importations met le pays en danger. Nous rencontrons des obstacles de la part des autorités et nous rencontrons des obstacles parce que les combats continuent. Il est difficile d’atteindre certaines régions», a-t-elle révélé.

Le coordinateur humanitaire au Yémen Jamie McGoldrick a confié à RT que la population ne pouvait se procurer d'eau potable. «Il n’y a plus de temps à perdre, parce que le choléra n’attend pas», a-t-il déploré.

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Les trois experts accusent les puissances internationales d’avoir échoué à dédier les ressources diplomatiques et financières nécessaires pour mettre fin à ce conflit. «Tout ça est tout à fait évitable. Les morts et les souffrances induites par le choléra et la famine potentielle sont les conséquences du conflit et des choix que les parties au conflit et celles les soutenant font [...] menant à l’effondrement du Yémen», a ainsi affirmé Sara Tesorieri.

Dominik Stillhart avertit que la catastrophe humanitaire pourrait s'aggraver dans les mois à venir. «Ma plus grande crainte est que la situation ne cesse de s’aggraver. Il est absolument crucial que la communauté internationale prête plus d’attention à ce conflit et y trouve une résolution. En l’absence de solution, il faut [au minimum] respecter la loi humanitaire internationale», a-t-il dit à RT.

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