Région de Donetsk : déjà dix morts de civils 24 heures après la signature de l'accord de Minsk

Un passant près de l'hôpital municipal de Donetsk après un bombardement de la ville Source: RIA NOVOSTI
Un passant près de l'hôpital municipal de Donetsk après un bombardement de la ville

Au moins 10 civils dont trois enfants ont péri au sud-est de l’Ukraine dans les 24 heures qui ont suivi la signature du traité de paix prévoyant un cessez-le feu à Minsk. L’OSCE rapporte l’emploi de bombes à sous-munitions.

Kiev entend convoquer une réunion extraordinaire du Conseil de l’Europe si le cessez-le-feu n’est pas établi dimanche, a annoncé le président ukrainien Petro Porochenko vendredi à l'issue d'un entretien avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Le traité de Minsk «offre la possibilité d’arriver à une solution complète, durable et pacifique» de la crise ukrainienne, ont dit les leaders du G7 dans une déclaration publiée par l'Elysée vendredi. Le groupe est prêt à entreprendre «les mesures appropriées» contre ceux qui violeront l’accord de paix, lit-on dans la déclaration.

Quatre personnes dont trois enfants ont trouvé la mort lors du bombardement de la ville de Gorlovka dans la région de Donetsk, trois autres ont péri à Donetsk même et 15 personnes au moins ont été blessés dans la journée qui a suivi la signature du nouveau document à Minsk, a annoncé vendredi Edouard Bassourine de la république autoproclamée de Donetsk. «Trois enfants ont péri hier dans le bombardement d’un immeuble habité à Gorlovka dont un garçon d’un an et deux filles de six et douze ans », a signalé Bassourine.

Le ministre de l’Intérieur ukrainien, à son tour, mentionne trois morts de civils et dix blessés lors d'un bombardement de Donetsk qu'il attribue aux forces antigouvernementales, RIA Novosti rapporte.

Des explosions et des salves d'artillerie ont été entendues à Donetsk vendredi matin. Un obus a atteint le territoire d’un jardin d’enfant local, une femme a été blessée mais aucun enfant ne se trouvait à l’intérieur du bâtiment.

On rapporte également trois morts et quatre blessés dans les alentours de Lougansk pendant la journée d'hier. Le bombardement de la ville de Stchastye dont les forces gouvernementales ont accusé les insurgés a fait encore quatre morts et cinq blessés selon Interfax. Le ministère des situations d’urgence de la république de Lougansk a recommandé aux citoyens de ne pas sortir de chez eux, surtout pendant la nuit, à cause des risques de pilonnage.

Un rapport de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) publié ce vendredi indique que des bombes à sous-munitions ont de nouveau été utilisées dans une opération de bombardement de Lougansk ce jeudi.

«Les dégâts causés aux bâtiments (fenêtres, toits et clôtures inclus) ont été évalués en tenant compte de la petite taille des éclats et du grand nombre de traces sur les murs, la mission spéciale de l’OSCE en a déduit que les dégâts causés aux bâtiments (fenêtres, toits, clôtures inclus) sont dûs à l’emploi de bombes à sous-munitions », lit-on dans le rapport. Il est ajouté que les projectiles venaient du nord-ouest.

Sans surprise, les deux parties au conflit s'accusent mutuellement à chaque incident. Selon le ministre de la Défense de la république populaire autoproclamée de Donetsk, 42 tirs du côté ukrainien ont été enregistrés en 24 heures. Les militaires ukrainiens, quant à eux, affirment qu’ils n’ont fait que répondre aux tirs des milices locales qui les auraient pris d'assaut plus de 40 fois pendant la nuit.

Huit soldats ukrainiens ont été tués et 30 blessés depuis jeudi matin d'après le porte-parole de l'Etat-major Vladislav Seleznev cité par Interfax vendredi.

Le représentant permanent de la Russie au sein de l’OSCE Andreï Kelin a annoncé que le nombre de représentants de l’organisation en Ukraine sera porté à 350 dimanche. «Le travail a commencé presque immédiatement pour accomplir les points les plus urgents [de l’accord de Minsk]», a-t-il dit vendredi.

Les représentants de la mission de l’OSCE en Ukraine ont déclaré qu’ils exigeront un accès sûr et illimité à toutes les zones frappées par la guerre, et notamment aux zones frontalières avec la Russie.

Alors que la communauté internationale suit de près le déroulement de la situation dans l’est ukrainien et attend le cessez-le-feu prévu pour dimanche, les réactions diffèrent de part et d'autre de la ligne de front.

Alors que, si l'on en croit les autorités de la république populaire autoproclamée de Donetsk, «c’est le premier pas réel vers la fin de la guerre», le président Porochenko, lui, se montre plutôt sceptique. «Je veux que personne ne vive dans un monde illusoire et me voie comme une personne naïve : nous sommes toujours très loin de la paix», a-t-il mis en garde selon Reuters tandis qu'il visitait un camp d'entraînement militaire.

«Personne n’est sûr que les conditions de la paix signée à Minsk seront strictement accomplies», a dit Porochenko.

Ses commentaires ont été repris par le ministre ukrainien des Affaires étrangères dans une intervention à la Rada suprême : «Nous travaillons actuellement sur le contrôle constant de chaque point [de l’accord]», a-t-il dit avant d'ajouter qu’il n’excluait pas la possibilité d'un «recul» sur l’accord.

Le traité a été signé après 16 heures de négociations dans la nuit de mercredi à jeudi 12 février par le «groupe de contact» composé des leaders des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, d'un représentant de l’OSCE, de l’ex-président ukrainien Leonid Koutchma et l’ambassadeur de la Russie en Ukraine. Le nouvel accord de paix s'est accompagné d'une déclaration conjointe des participants aux rencontres au «format Normandie» - le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko.

Pour mettre un terme au conflit interne dévastateur qui a éclaté dans l’est ukrainien en avril 2014 et qui a déjà causé 5 300 morts selon les données de l’ONU, l'accord signé à Minsk prévoit la création d'une zone de sécurité séparant les parties en conflit. Le retrait de l’artillerie lourde devra commencer dimanche en même temps que le cessez-le-feu et devra être exécuté sous 14 jours.

L’OSCE est chargée de veiller au respect du cessez-le-feu sur le terrain et pourra utiliser des drones pour vérifier si Kiev et les insurgés suivent les termes de l’accord.

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