Le journaliste de RT arrêté en couvrant une manifestation anti-Trump risque dix ans de prison

Le journaliste de RT arrêté en couvrant une manifestation anti-Trump risque dix ans de prison© Adrees Latif Source: Reuters
Un policier américain devant une limousine incendiée à Washington

Plusieurs organisations internationales pour la liberté de la presse exigent l’abandon des charges qui pèsent contre six journalistes, dont un reporter de RT arrêté alors qu'il couvrait les manifestations contre Donald Trump le 20 janvier dernier.

Le reporter de RT America Alexander Rubinstein a été arrêté avec six autres journalistes lors d'une manifestation anti-Trump qu'il couvrait. La police n'a pas prêté attention à leurs cartes de presse. Il risquent aujourd'hui une très lourde peine. 

Accusés d’outrage et de violences, les six journalistes attendent actuellement leur procès, à l'issue duquel ils pourraient écoper de dix ans de prison et de 25 000 dollars d'amende (23 000 euros) s'ils sont reconnus coupables. Des audiences préliminaires sont prévues pour les mois de février et mars, selon les documents déposés par les tribunaux en charge du procès. 

Une grave atteinte à la liberté de la presse

Immédiatement, l'histoire a provoqué une vague d'indignation dans les milieux journalistiques. Dans un communiqué officiel, le service de presse de RT a critiqué les accusations portées contre son journaliste. 

«L'arrestation et la poursuite en justice que subit notre journaliste pour avoir simplement fait son travail en couvrant les manifestations à Washington DC lors de l'investiture de Donald Trump sont une aberration et représentent une violation flagrante de la liberté journalistique, de surcroît, dans un pays qui se targue d'être le champion de la liberté de la presse», indique le communiqué.

«RT va tout mettre en œuvre pour venir en aide à son journaliste et est convaincu qu'un examen approfondi de l'affaire par le bureau du procureur des Etats-Unis confirmera qu'Alexandre, qui avait en permanence en sa possession sa carte de presse, a été arrêté injustement», ajoute le service de presse de la chaîne.

La représentante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur la liberté des médias, Dunja Mijatovic, a appelé le 24 janvier les autorités américaines à respecter le droit des journalistes à couvrir les manifestations publiques.

«Les médias ont un rôle essentiel à jouer dans les démocraties en assurant la transparence et la responsabilité de l'exercice du pouvoir étatique. Cette fonction publique de surveillance est particulièrement importante durant les élections et les changements de gouvernement, y compris au moment de l'investiture. Tant qu'il n'est pas prouvé que les journalistes ont pris une part directe et active dans les hostilités elles-mêmes, on ne devrait pas s'occuper de leurs activités lors de manifestations publiques», a-t-elle déclaré dans un communiqué publié sur le site web de l'OSCE.

La responsable a ajouté que les droits des journalistes sont garantis par le Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, ainsi que par l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils, ratifié par les Etats-Unis.

Reporters sans frontières (RSF) a également appelé à la libération des journalistes, affirmant que l'organisation était «alarmée par les attaques répétées de la nouvelle administration contre les médias et le mépris flagrant des faits dans les trois premiers jours de la présidence de Donald Trump. RSF appelle Trump et son équipe à arrêter de saper le Premier amendement et à commencer à le défendre», selon une déclaration sur son site internet officiel.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une ONG basée à New York, a également exhorté les autorités américaines à cesser de persécuter des journalistes accusés «injustement».

Parmi les six journalistes accusés figurent Jack Keller, un producteur de documentaires pour la web-série Story of America ; Shay Horse, journaliste-photographe indépendant ; le live-streamer Matt Hopard et le journaliste freelance Aaron Cantu, ainsi que le journaliste de Vocativ, Evan Engel et Alexander Rubinstein de RT America. Ce dernier a souligné qu'il avait bien présenté sa carte de presse lorsque la police l'avait arrêté, mais que les agents n'y avaient prêté aucune attention. 

«J'ai reçu une grenade dispersante en plein visage. Mes oreilles ont sifflé un bon moment et je ne voyais plus rien pendant plusieurs minutes. Au moment où j'ai retrouvé mon ouïe et ma vue, j'ai réalisé que nous [lui et les journalistes arrêtés avec lui] étions encerclés par les forces de police qui nous ont hurlé que tout le monde allait être arrêté et que le fait que nous soyons journalistes n'avait aucune importance», a expliqué le reporter de RT.

RT America avait envoyé un nombre important de ses journalistes couvrir les événements liés à l'investiture de Donald Trump. Alexander Rubinstein suivait pour sa part la marche anti-capitaliste du mouvement black-bloc DisruptJ20. Au total, plus de 200 personnes ont été arrêtées durant les émeutes

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