L'antidopage, instrument de pression politique des Etats-Unis et du Canada sur le CIO

L'antidopage, instrument de pression politique des Etats-Unis et du Canada sur le CIO Source: Reuters

Plusieurs courriers échangés entre les agences antidopage américaine et canadienne révèlent leur agacement à la suite du refus du CIO d'exclure la Russie des Jeux de Rio, ainsi que la limite ténue entre la lutte antidopage et le lobbying politique.

Le groupe de hackers Fancy Bears publie mardi 13 décembre différents documents établissant que l'Agence antidopage américaine (USADA) et son équivalent canadien, le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES), auraient «tenté de prolonger leurs intérêts politiques dans un prétendu combat pour une pratique exemplaire du sport», en tentant notamment de court-circuiter le Comité international olympique (CIO), qui se refusait à exclure les athlètes russes des Jeux olympiques de Rio à l'été 2016.

Une série de documents mis en ligne par Fancy Bears est issue d'une correspondance entre différents membres de l'USADA qui établirait leur intention de contraindre le CIO à accepter des conditions éthiques différentes de celles en vigueur. «Le CIO veut mettre en place une organisation pour l'intégrité dans le sport : quelle blague !», écrit William Bock, l'un des principaux avocats de l'USADA, visiblement agacé par le fait que l'instance internationale organisant les Jeux olympiques n'ait pas exclu les sportifs russes. «Si cela se fait, nous devrions proposer un traité à l'Unesco sur l'intégrité dans le sport qui engagerait les gouvernements dans une structure dédiée à l'intégrité et ayant autorité sur le CIO : les pays signataires devront s'engager à rejeter l'organisation des Jeux olympiques chez eux tant que le CIO n'amende pas leur charte pour adopter les conditions de ce traité», poursuit-il.

D'autres courriers révèlent par la suite le lancement conjoint par l'USADA et le CCES du «projet Olympian», opéré grâce au soutien du cabinet d'avocats canadien Davies Ward Phillips & Vineberg, dont les Fancy Bears se sont notamment procuré le courrier de facturation. «Le cabinet d'avocat a aidé l'USADA et le CCES a monter un dossier en vue d'attaquer en justice le CIO», expliquent les hackers de Fancy Bears. 

Un courrier daté du 22 juillet, explicitement intitulé Et si le CIO n'exclut pas les athlètes russes de Rio ? révèle également que les deux agences nord-américaines ont tenté de convaincre plusieurs agences antidopages d'autres pays, parmi lesquels la Pologne, l'Espagne, la Corée du Sud, le Japon, la Norvège, l'Autriche et la Finlande, de s'associer à leur plainte. «Plus vous générerez individuellement l'intérêt de l'opinion dans vos pays sur la décision du CIO [d'autoriser la Russie à participer aux Jeux olympiques], le mieux ce sera», indique l'auteur du courrier, qui précise par ailleurs : «Nous avons IMPERATIVEMENT BESOIN de contacter des sportifs individuellement pour soutenir notre initiative».

Face au refus des agences nationales de se joindre à l'action menée par l'USADA et le CCES contre le CIO, les instances américaine et canadienne ont donc dû prendre en charge la totalité des coûts de l'opération. 

En dépit de l'échec de la plainte contre le CIO, le «projet Olympian», visant à créer une instance parallèle établissant ses propres règles d'éthique, est «toujours d'actualité» selon les Fancy Bears, qui notent que «l'USADA et le CCES veulent jouer un rôle politique au lieu de défendre une pratique saine du sport, avec pour objectif principal d'empêcher le CIO de prendre des décisions». Les hackers de Fancy Bears ont d'ores et déjà annoncé qu'ils publieraient d'autres documents concernant le CIO et la politique antidopage.

Si l'équipe olympique de Russie a pu en partie participer aux Jeux de Rio, son équipe paralympique a, elle, été privée de compétition par des sanctions du CIO qui ont d'ailleurs été prolongées le 7 décembre dernier. La Russie, tout en affirmant mettre en place une politique de lutte d'envergure contre le dopage, pointe régulièrement du doigt des objectifs politiques qui s'immisceraient dans la conduite des affaires sportives internationales. «Ce serait formidable si l'Agence mondiale antidopage [en partie dépendante du CIO] sondait les problèmes de dopage dans les autres pays avec autant de vigueur qu'elle le fait pour la Russie», a déclaré début décembre le ministre russe des Sports, Pavel Kolobkov, après la parution d'un rapport accablant sur la pratique du dopage en Russie.

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