Tour d'horizon de l'euroscepticisme

Euroscepticisme© Susana Vera Source: Reuters
Euroscepticisme

Partout en Europe, scrutin après scrutin, monte depuis quelques années un sentiment eurosceptique. RT France fait le point sur la propagation et l’interprétation de l’euroscepticisme à travers les pays concernés.

L’euroscepticisme ne s’est pas installé en Europe de façon uniforme. Cela varie en fonction du pays et de multiples critères historiques, culturels, économiques et politiques.

Tout au long de la construction européenne, des pays ont choisi de s'unir pour tisser des liens forts autour d'une même idée rassembleuse. En partant du couple franco-allemand, l'Europe s'est bâtie en agrégeant de nouveaux pays avec le temps. Il est intéressant de constater l'état de l'euroscepticisme dans ces pays en suivant cette chronologie.

La carte ci-dessous détaille, pays par pays, les résultats électoraux des partis dits «eurosceptiques» lors des dernières élections auxquelles elles ont participé.

France et Allemagne

La France et l’Allemagne (RFA à l'époque) sont à l’origine de la construction européenne. De par leur histoire respective, l’euroscepticisme n’est pas implanté de la même façon dans les deux pays.

En ce qui concerne la France, le Front National est le parti qui a le plus profité de la vague eurosceptique déferlant sur l’Europe. Depuis son arrivée à la tête du parti, Marine Le Pen a eu la volonté de dédiaboliser la formation héritée de son père en tentant de gommer la ligne trop marquée «extrême-droite», non sans heurts en interne. La dirigeante frontiste a ainsi parfaitement exploité l’anti européanisme français. De l’autre côté de l’échiquier politique, on trouve le parti de gauche et le parti communiste. Bien qu’en perte de vitesse, ils continuent d’exister, en utilisant une rhétorique prêtant à l’Europe une grande partie des maux dont la France souffre.

L’Allemagne quant à elle, commence tout juste à voir émerger l’euroscepticisme. Le parti Alternative pour l’Allemagne a obtenu 4,7% des voix lors des élections fédérales, après seulement quelques mois d’existence et une couverture médiatique limitée. Il a ensuite confirmé cette performance en obtenant 7 sièges au Parlement européen lors des élections de 2014.

Elargissement de 1957 - Bénélux et Italie

En Belgique, seul le parti flamand Vlaams Belang est ouvertement eurosceptique, mais il a vu lors des dernières élections ses voix siphonnées par le parti nationaliste flamand NW-A, qui revendique l’indépendance de la Flandre. Un Front National belge a longtemps existé en Wallonie, mais a disparu en 2012.

Au Pays-Bas, Geert Wilders et son Parti pour la Liberté (PVV) a connu une ascension fulgurante dès sa création en 2006. Il s’est imposé comme troisième force politique du pays lors des élections législatives de 2010, même si il a marqué le pas lors des élections suivantes de 2012.

Au Luxembourg, le Parti politique Réformé pense que les paroles de la Bible doivent être suivies au pied de la lettre. Parti théocratique d’extrême-droite, ils ont obtenu un siège au Parlement de Strasbourg.

En Italie, après le parti de droite radicale de la Ligue du Nord ayant participé au gouvernement Berlusconi IV entre 2008 et 2011, c’est au tour du Mouvement 5 étoiles, le parti de l’humoriste Beppe Grillo de recueillir les faveurs des électeurs. Il parvient à faire élire 17 députés aux élections européennes de 2014, deuxième formation politique derrière le Parti Démocrate de Matteo Renzi.

 

Elargissement de 1973 - Royaume-Uni, Irlande et Danemark

Le parti eurosceptique britannique Ukip a recueilli lors des élections générales de 2015 un score honorable de 12,6%, mais n’a réussi à faire élire qu’un seul député, desservi par le mode de scrutin. Lors des élections européennes de 2014, le parti était arrivé en tête, devant les tories et le labour, situation inédite et historique.

Contrairement à ses voisins britanniques, l’Irlande ne cultive pas de sentiment eurosceptique. Seuls les socialistes s’y étaient essayés en 2011 lors d’élections nationales, mais cela leur avait coûté la victoire. Lors des européennes de 2014 le Sinn Fein, parti nationaliste irlandais, a adopté un discours populiste proche du FN français par exemple, mais sans tout le volet anti-immigration, bien au contraire.

Le Parti populaire danois, est devenu le premier parti du Danemark en nombre de voix à la faveur des élections européennes de 2014, envoyant quatre parlementaires à Strasbourg. Issu de la campagne pour le non à l’entrée du Danemark dans l’UE en 1972, le Mouvement populaire contre l’UE a continué son effort et compte aujourd’hui un député au Parlement européen.

Elargissement de 1981-1986 - Espagne, Portugal et Grèce

Avec la très forte poussée de Podemos lors des élections générales de mai, les électeurs espagnols ont pour leur part envoyé un signal fort à destination des dirigeants nationaux et européens, confirmant une fois de plus le sentiment de malaise des peuples européens.

Le Portugal ne compte pas de parti d'extrême-droite, le souvenir de la dictature a apparemment vacciné les portugais. Il existe néanmoins deux partis de gauche radicale que sont le Parti communiste portugais et le Bloc de gauche, mais restent largement minoritaires, ayant envoyé trois parlementaires à Strasbourg à eux deux.

Mais c’est en Grèce qu’un gouvernement de gauche radicale ouvertement eurosceptique est en place depuis le début de l’année. Arrivé en tête lors des élections législatives de janvier 2015, le parti Syriza a été investi pour mettre un terme à l’austérité et au train de réformes drastiques imposés par Bruxelles et les créanciers internationaux.

Elargissement de 1995 - Autriche, Suède et Finlande

En Autriche, le FPO dirigé par Jorg Haider a dirigé le pays au début des années 2000. Le parti a souhaité revenir à la neutralité du pays, considérant l’UE comme un obstacle à sa liberté. Le FPO, ainsi que le BZO, issu d’une scission avec le premier nommé, continuent de faire de bons scores aux élections, le FPO ayant encore envoyé 4 députés au Parlement européen en 2014.

En Suède le Parti de l’environnement – les Verts s’opposent à la politique libérale de l’UE, mais défend une politique d’ouverture concernant l’immigration. Le Parti de gauche suédois, issu du Parti communiste, cultive également une vision anticapitaliste et antilibérale. Il ne compte qu’un seul député européen.

On observe en Finlande l’émergence depuis le début des années 2000 d’un courant ouvertement populiste et eurosceptique nommé les vrai Finlandais, qui s’est ancré dans le paysage politique du pays et représente maintenant la troisième force politique.

Elargissement de 2004 - Pays baltes et Europe centrale

Il existe en Estonie le Parti de l’indépendance estonienne, hostile à l’UE et au FMI, mais il n’a recueilli que 0,6% et 0,2% aux dernières élections. Quant à la Lettonie, le parti de l’Alliance nationale, né de deux partis de droite et d’extrême droite, compte 17 sièges au parlement national, et un siège au Parlement européen. La Lituanie, qui vient de rentrer dans la zone Euro en début d’année, ne compte pas de réel parti politique eurosceptique.

Le Parti démocratique civique tchèque est un parti conservateur et libéral, très proche des tories britanniques. Jusque 2013, Vaclav Klaus, issu de ce parti était président de la Tchéquie, ayant toujours fait de la lutte contre l’UE un «combat personnel». Le parti se retrouve aujourd’hui dans l’opposition et a récolté deux sièges au Parlement européen.

En Slovaquie, le Parti national slovaque, nationaliste et populiste, a recueilli moins de 2% lors des élections européennes de 2014, et perd de son influence sur la scène locale depuis les années 90 où cette formation comptait plusieurs députés au Parlement slovaque.

En Hongrie, le parti d’extrême droite Jobbik est défavorable à la construction européenne et à l'immigration. Une particularité néanmoins ; elle ne suit pas une politique pro-Israélienne, contrairement à la majorité des partis de droite radicale d’Europe.

Principal parti d’opposition depuis 2007, le parti polonais Droit et Justice est désormais à la tête du pays avec Andrzej Duda, président eurosceptique se déclarant favorable à la tenue d’un référendum portant sur la sortie de l’Union européenne.

Le Parti national slovène, qui manifeste une sympathie pour l'ancien régime communiste yougoslave de Tito, est un parti marginal qui n’a réuni que 2,21% aux européennes de 2014.

 

Elargissement depuis 2007 - Bulgarie, Roumanie et Croatie

Les partis nationalistes Ataka et VMRO sont minoritaires en Bulgarie et ont obtenu moins de 3% aux dernières élections européennes.

Le parti nationaliste Romania Mare n’a réussi à réunir que 2,7% de voix, ne leur permettant pas d’envoyer un parlementaire à Strasbourg.

Le Parti croate du Droit et le Parti croate du Droit - Ante Starčević sont deux partis nationalistes situés tout à droite de l'échiquier politique croate, mais ils n'ont pas reçu plus de 3% chacun lors des dernières élections.

En savoir plus : La progression de l'euroscepticisme est-elle inexorable ?

L’adhésion à l’UE étant vue positivement dans la plupart des Etats candidats, il existe peu de sentiments eurosceptiques dans les pays comme la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et l’Albanie.

La Turquie, également en cours de négociations pour adhérer à l’Union, a vu l’opinion publique changer dans le bon sens : l’opposition à l’adhésion est passé de 31% à 21% en l’espace de deux ans.

On observe que la majorité des partis eurosceptiques obtiennent leurs meilleurs scores en Europe de l’Ouest et du sud, pays européens depuis de nombreuses années et fondateurs historiques, touchés par la crise économique et le chômage. En opposition, ces partis obtiennent des résultats moins importants dans les pays ayant récemment adhéré à l’Union européenne, ou en instance de l’être, pour qui le rêve européen veut encore dire quelque chose.

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