Nigel Farage : la stratégie de l'homme qui avait prédit le Brexit et l'élection de Donald Trump

Nigel Farage : la stratégie de l'homme qui avait prédit le Brexit et l'élection de Donald Trump Source: Reuters

Nigel Farage avait prévu le Brexit et l'élection de Donald Trump, qu'il a soutenu. Son secret : tenir le cap malgré les sondages et profiter du jeu de ceux-ci pour mobiliser les électeurs. Une stratégie novatrice qui pourrait faire des émules...

Le chef de file ad interim du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), Nigel Farage, semble avoir été de toutes les victoires cette année. Porte-parole médiatisé des partisans du Brexit, puis conseiller officieux de Donald Trump dans sa course à la Maison Blanche... l'eurodéputé de 52 ans enchaîne les succès politiques.

Engagé de longue date pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'ex-leader du parti souverainiste UKIP était déjà sorti galvanisé de la victoire du Brexit le 23 juin dernier, avec près de 51,9% des suffrages : il avait alors décidé d'apporter son aide à Donald Trump. Auprès de ce dernier, il a promu la stratégie qu'il avait appliquée en Grande-Bretagne. Selon lui, le Brexit pouvait «inspirer les partisans de la révolution Trump».

Le «triomphe» du BREXIT, envers et contre tous les sondages

La caractéristique de Nigel Farage est sans nul doute d'avoir toujours refusé d'infléchir ses positions en fonction des sondages d'opinion. Alors que la campagne autour du Brexit était sur le point de s'achever, les dernières estimations donnaient encore une confortable avance aux partisans du maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne. Ceux-ci étaient en effet crédités de 52% des intentions de vote à quelques jours du scrutin, de quoi décourager les «Brexiters».

Or, Nigel Farage a toujours refusé d'adapter l'orientation politique de son discours aux tendances de l'opinion. «Nous verrons», se contentait-il de répondre aux journalistes qui l'interrogeaient sur une défaite prétendument courue d'avance. En mai, quelques semaines avant le vote, il avait confié avoir l'assurance d'un «triomphe» à venir.

Le refus de remettre en cause une stratégie en cas de publication de sondages négatifs est une constante de toujours chez cet ancien membre du Parti conservateur. Dès 2006, date à laquelle il a pris la tête de UKIP, il déclarait qu'il ne fallait pas «écouter la rumeur» des sondages. En 2014, suite aux premiers grands succès électoraux inattendus de son parti dans la ville de Rochester, il expliquait : «La clef de notre succès? Nous écoutons le peuple.»

Brexit - Trump : un rapprochement qui n'allait pas de soi

Tous les membres de UKIP n'étaient pas favorables à ce que Donald Trump s'affiche aux côtés des partisans du Brexit. La personnalité du futur président des Etats-Unis étant jugée trop excentrique au Royaume-Uni, certains ont redouté les conséquences négatives qu'un tel rapprochement pourrait provoquer. A l'instar de Jane Collins, députée UKIP du Yorkshire, qui avait estimé que «Farage défend[ait] l'indéfendable», plusieurs cadres du parti refusaient l'immixtion du candidat républicain sur la scène politique britannique et se sont vivement opposés à une alliance Trump-Farage.

Eux-mêmes en position défavorable dans les sondages, la plupart des élus de UKIP se sont montrés sensibles aux études selon lesquelles, même au sein de son propre parti, Donald Trump ne récolterait que 25% des voix en décembre 2015. En effet, la peur de voir la défaite annoncée du candidat républicain handicaper la campagne du Brexit prédominait largement chez les partisans de ce dernier. Nigel Farage, lui, a délibérément choisi d'ignorer ces prévisions et de chercher à s'attacher le soutien du candidat américain.

La ligne Farage a été perçue avec hostilité au sein de son propre camp. William Dartmouth, député de UKIP, avait été jusqu'à désavouer son leader : «Nigel est le dirigeant actuel de notre parti, et lorsqu'il s'exprime, il est supposé le faire au nom du parti. Sur la question Trump, tel n'est pas le cas. Cela ne devrait pas, du moins. Cela ne peut pas l'être.»

Finalement, en mai 2016, Donald Trump a officialisé son soutien au Brexit. «Le Royaume-Uni se portera bien mieux sans l'Europe», a-t-il déclaré à la presse, avant de préciser que le résultat ne changerait rien pour les Etats-Unis. Son intervention a provoqué de vives réactions en Grande-Bretagne. Là encore, alors que plusieurs personnalités politiques s'inquiétaient d'un soutien encombrant, Nigel Farage a répondu positivement : «Pour la première fois depuis longtemps, les Américains scrutent les tendances politiques au Royaume-Uni», s'était-il réjoui.

Le pari risqué et réussi du «Trumpxit»

La victoire du Brexit en dépit des sondages a constitué un premier succès d'envergure pour Nigel Farage. Aussitôt, il a annoncé sa démission de la direction de l'UKIP, estimant que sa «mission» était achevée. Peu de temps après, il déclarait vouloir s'investir dans la campagne de Donald Trump, afin de lui apporter son expérience d'outsider victorieux. Rapidement intégré à l'équipe de campagne à l'été 2016, l'eurodéputé a même tenu plusieurs discours de soutien au candidat républicain.

Nigel Farage a misé dès le début sur un parallèle entre le Brexit, succès contre toute attente «du peuple contre l'establishment», selon ses propres mots, et la victoire de Trump, «candidat réellement libre». «Cette élection est simple : comme le Brexit, ou vous votez pour le changement, ou vous votez pour que tout reste comme c'est. C'est aussi simple que ça», avait-il résumé en octobre dernier, devant une foule de supporters de Donald Trump visiblement très enthousiastes.

Cette stratégie du «Trumpxit», visant à établir un parallèle entre les deux campagnes et à insister sur l'opposition entre électeurs et caste politico-médiatique, a finit par être assumée par Donald Trump lui-même. «Ma victoire sera un Brexit plus plus plus», a affirmé ce dernier lors d'un meeting conjoint avec Nigel Farage. Ce dernier a d'ailleurs tweeté, le jour de l'élection : «Est-ce le jour du Brexit américain ? Je l'espère !», avant de mettre en garde les sondeurs contre un probable «choc».

Après l'annonce de la victoire de Donald Trump, Nigel Farage, contrairement à de nombreux observateurs et journalistes, n'a pas dû vivre l'annonce du résultat comme une surprise. Tout s'est en effet déroulé comme il l'avait prévu, et les sondages ont été sévèrement démentis par les électeurs.

Signe de l'apport précieux de sa participation à la campagne républicaine, Nigel Farage faisait d'ailleurs partie des personnalités que le futur président américain a remercié le plus chaleureusement après son succès. «Je te passe le flambeau, tu a livré une campagne courageuse», a-t-il lancé à Donald Trump, non sans une touche de prétention, comme pour rappeler que ses conseils avaient été décisifs.

En effet, cette nouvelle victoire électorale pour Nigel Farage lui ouvre de nouveaux horizons politiques. S'il est redevenu leader de l'UKIP en octobre 2016, pour en assurer l'intérim, il semble que ses ambitions le portent plus loin. «M'offrira-t-il un job ? Je l'espère», a-t-il déclaré en plaisantant à la presse, le 9 novembre, à propos de Donald Trump. Il a immédiatement ajouté, sur un ton un peu plus sérieux : «Il aura besoin d'un ambassadeur auprès de l'Union européenne qui soit un véritable eurosceptique.» Un avis que semblent partager d'autres experts, qui estiment que la victoire de Trump rend «Nigel Farage de nouveau actuel», en raison de «ses liens avec le nouveau président.»

Au-delà du succès de Nigel Farage, il se pourrait bien que ce soit une nouvelle stratégie politique qui vienne de triompher à nouveau avec l'élection inattendue de Donald Trump. La tactique du Brexit et celle du «Trumpxit» ont ceci en commun qu'elles parviennent à jouer de la position d'outsider afin de mobiliser les électeurs. L'objectif est de les convaincre de rejeter, entre autres, un système politico-médiatique qui incarne, parfois même en l'assumant, le rôle de l'adversaire.

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