Etats-Unis : un journaliste d’un média russe fait une erreur ? C’est un complot de Poutine

Décidément, pour une partie de la presse américaine, Vladimir Poutine est vraiment responsable de tous les maux Source: Reuters
Décidément, pour une partie de la presse américaine, Vladimir Poutine est vraiment responsable de tous les maux

Bill Moran, désormais ex-employé de Sputnik à Washington, s’est retrouvé au cœur d’une polémique. Auteur d’une erreur d’appréciation dans un article, il s’est fait accuser de favoriser l’influence de la Russie sur l’élection présidentielle.

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont au plus mal. Ce n’est un secret pour personne. La confrontation prend plusieurs formes : diplomatique, économique, technologique. Mais le premier champ de bataille entre les deux puissances reste celui de l’information. Le dernier à avoir fait les frais de la guerre médiatique russo-américaine est Bill Moran.

Ce jeune journaliste de 29 ans était encore récemment le responsable du site américain de l’agence d’information russe Sputnik, dont les bureaux sont basés à Washington. Diplômé de l’université de Georgetown, il a par le passé travaillé sur plusieurs campagnes présidentielles. Bill Moran a même participé à des levées de fonds pour Hillary Clinton.

Celui qui se décrit comme «un gars de 29 ans à l’ambition moyenne qui a toujours secrètement rêvé de devenir journaliste papier» a vu sa carrière basculer le 10 octobre, jour de l’hommage à Christophe Colomb aux Etats-Unis. Ce jour là, comme il le raconte sur le site de Sputnik, Bill Moran est seul au bureau. Tout le monde est en congé. Ou presque. «J’ai écrit douze articles durant un shift de douze heures, édité cinq autres papiers de deux rédacteurs qui travaillaient à distance, géré la page d’accueil du site, surveillé les informations chaudes et posté toutes les dix minutes sur Twitter et toutes les 20 minutes sur Facebook», a-t-il expliqué. C’est dans ce contexte que Bill Moran a fauté.

De la faute d'inattention au complot poutino-trumpien

«J’ai remarqué une série de tweets viraux qui attribuaient certaines déclarations concernant le scandale de Benghazi à Sidney Blumenthal [ex-conseiller et proche d’Hillary Clinton]. J’ai jeté un oeil au document original de WikiLeaks dont provenaient ces informations. Il était volumineux, 75 pages. Je les ai survolées trop vite», se rappelle-t-il.

C’est au moment de sortir fumer une cigarette que le journaliste s’interroge : «Pourquoi est-ce que personne d’autre ne reprend ces informations ?» Il reprend alors la lecture des documents concernés. Cette fois de manière plus attentive. Il réalise son erreur. Les propos attribués à Sidney Blumenthal ont en réalité été prononcés par Kurt Eichenwald, célèbre journaliste écrivant notamment pour Newsweek.

Après s’être rendu compte de sa bévue, Bill Moran a immédiatement retiré la publication du site. Elle est restée en ligne 19 minutes et a comptabilisé 1 061 vues. Mais le mal était fait. Quelques heures à peine plus tard, Kurt Eichenwald publiait un article sur Newsweek intitulé : «Chers Donald Trump et Vladimir Poutine, je ne suis pas Sidney Blumenthal.»

L'éditorialiste de Newsweek ne s’embarrasse pas de finesse : «Je suis Sidney Blumenthal. Du moins, c’est ce que Vladimir Poutine et en quelque sorte Donald Trump semblent croire. Et ceci devrait soulever des inquiétudes, non seulement à propos des tentatives de Moscou de manipuler les élections mais également sur la manière dont Trump pousse les Russes à désinformer les électeurs américains.»

Selon Bill Moran, l’article de Kurt Eichenwald est truffé d’erreurs et de contre-vérités. C’est dans cette optique qu’il a tenté de le contacter par la suite afin de l’informer de ces inexactitudes. En guise de réponse, l’ex-journaliste de Sputnik a vu son compte Twitter bloqué par Kurt Eichenwald. Il a par la suite été licencié par son employeur.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Grâce à l’insistance de l’un de ses collègues, Bill Moran a enfin pu rentrer en contact avec son contradicteur. Après un échange de courriels, les deux hommes se parlent au téléphone. Et dans un mail envoyé le 17 octobre par Kurt Eichenwald, Bill Moran se voit même proposé un poste de journaliste politique dans le bimensuel The New Republic

Rétablir la vérité

Malgré les menaces «sur la carrière» et «la vie» de Bill Moran qu'aurait proférées Kurt Eichenwald dans une de leurs dernières communications, l'ex-journaliste de Sputnik a préféré prendre la plume une dernière fois pour lister les erreurs et approximations dont le papier de Kurt Eichenwald serait truffé. 

Malgré plusieurs mises à jour de l'article de Newsweek, Bill Moran en a noté plusieurs :

  • Dans une version mise à jour, Newsweek prétend avoir appelé la rédaction de Sputnik avant que l’article ne soit retiré, ce que conteste Bill Moran.

  • Dans la version actuelle, Newsweek parle de «tentative de contact» par email mais Bill Moran assure n’en avoir aucune trace.
  • L’article de Kurt Eichenwald représente Sputnik comme une agence contrôlée par le Kremlin pour mener une guerre de propagande. Si l’agence d’information reçoit bien son budget de l’Etat russe, Bill Moran assure que «personne ne lui a jamais dit quoi écrire».

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Le journaliste, qui a écrit 813 articles pour Sputnik, ressort très marqué par cette affaire. Si le média russe lui a offert de reprendre son poste, Bill Moran a refusé. Il s’attend maintenant à affronter les réactions que vont provoquer son dernier coup de clavier sur le site d'information russe. «Ensuite, je vais prendre de bonnes et longues vacances», a-t-il fait remarquer. 

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